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II. — Mode d'application générale des lois évolutives

Si l'on étudie le mode d'application générale des lois évolutives de Progrès, & Effort et de Solidarité, on constate qu'il varie conformément aux phases de l'Évolution.

Au début de l'Évolution, l'Intelligence est inappréciable ; le monde créé est inconscient. L'application des lois évolutives est donc purement mécanique. La progression forcée s'effectue conformément au milieu ambiant.

Lorsqu'apparaît un rudiment de conscience, à une certaine période de l'évolution, l'application des lois n'est plus seulement mécanique, elle devient instinctive. Les êtres inférieurs s'y soumettent instinctivement, en même temps qu'ils y sont contraints parla nécessité.

L'apparition de cet instinct facilite l'application des lois évolutives, parce que la satisfaction de l'instinct est déjà un plaisir.

A une période plus avancée encore, l'application des lois devient morale. Les êtres assez élevés (animaux supérieurs, hommes) s'y soumettent non seulement par nécessité et par instinct, mais aussi par devoir.

Les trois lois de progression, d'effort, de solidarité sont la base de la morale naturelle.

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Malheureusement, cette base est souvent méconnue. L'homme ne comprend ni l'origine ni le but vrais du devoir, ni le devoir lui-même.

De là les déviations de la morale, les préjugés encombrants, les restrictions et obligations inutiles ou nuisibles. De là une conception faussée du châtiment et l'idée des sanctions surnaturelles. (Nous avons vu quelles sont les véritables sanctions.)

A une phase très avancée de l'évolution, l'application des lois naturelles devient consciente et libre.

Les êtres élevés ont compris leur origine et leur fin ; ils savent et sont libérés proportionnellement à leur développement conscient.

Ils échappent, dès lors, dans une large mesure, à l'idée pénible de l'obligation, à la conception relativement inférieure et douloureuse du devoir.

C'est librement qu'ils se conforment aux lois évolutives, parce qu'ils savent que la progression, l'effort et la solidarité sont les conditions naturelles de leur bonheur.

La phase du devoir a fait place, pour eux, à la phase de conscience, c'est-à-dire de liberté et d'amour.

Cette conception de la liberté assimilée à la connaissance nous amène forcément à la discussion du libre arbitre et du déterminisme.

Comment peut-on envisager la question dans un esprit conforme aux idées que j'ai exposées?

Tout d'abord, il faut admettre le déterminisme absolu (Lins l'ensemble, si l'évolution se fait suivant des lois immuables.

Si l'on entend par liberté la possibilité d'échapper

aux lois naturelles, d'ajouter ou de retrancher quelque chose à la nature, on fait de liberté le synonyme de faculté surnaturelle, ce qui est absurde.

Si, au contraire, on assimile la liberté à la connaissance, la liberté est possible : connaître les lois naturelles et leurs modes d'action, c'est être capable de les mieux utiliser pour le progrès général et le bonheur individuel. Plus la connaissance s'étend, plus augmente la liberté.

Conscience et liberté sont inséparables l'une de l'autre. A la base de l'évolution, la liberté est nulle, parce que la conscience est nulle.

A la phase moyenne de l'évolution, la* liberté est relative et proportionnelle à l'étendue de la conscience.

Appliquée à cette phase, la vieille comparaison classique est toujours juste : l'être est libre dans une certaine mesure, comme l'oiseau dans sa cage ou comme le prisonnier enchaîné. La cage peut être plus ou moins vaste, la chaîne plus ou moins longue. Le degré de sujétion dépend du degré d'ignorance.

A la phase supérieure de l'évolution, on peut supposer idéalement la connaissance complète, l'omniscience. Dès lors la liberté serait absolue.

Mais le raisonnement nous amène alors à une déduction intéressante : c'est que liberté complète n'est pas contradictoire avec déterminisme absolu.

Cette opinion, d'apparence si paradoxale, n'est qu'une simple application de la théorie des extrêmes :

Liberté absolue et déterminisme absolu se confondent, parce que, de toute évidence, un être omniscient se déterminera toujours et sans hésitation dans le sens

le meilleur, lequel, bien entendu, sera toujours conforme aux lois naturelles.

En résumé, l'application des lois évolutives oie progression, d'effort, de solidarité, est d'abord mécanique, puis instinctive, puis morale, puis consciente et libre.

Nécessité, instinct, devoir : tels sont les échelons nférieurs de l'évolution.

Conscience, avec ses dépendances, liberté, amour, bonheur, tel est le sommet que l'évolution permettra d'atteindre.

Les incarnations et désincarnations successives de l'être obéiront à ces grandes lois. Inconscientes et forcées au début, elles deviennent conscientes et libres dans les phases supérieures.

Les êtres supérieurs ne se réincarnent plus par nécessité ou par instinct ; mais librement, soit pour leur propre progression, soit pour celle de leurs frères ; soit dans les humanités des planètes avancées, soit dans les humanités inférieures, porteurs de vérités essentielles, précurseurs et souvent martyrs.

Ils peuvent aussi, désincarnés, échappant à la douleur, libres, conscients, heureux, jouir du progrès accompli.

III. — Adaptation des notions nouvelles à la philosophie monistique.

Pouvons-nous aller plus loin encore sur le terrain métaphysique ?

Sans doute il est facile et logique de tenter une

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adaptation des notions nouvelles à la philosophie moni s tique.:

L'évolution, base de la doctrine moniste est aussi la base delà palingénésie. D'autre part, contrairement à l'opinion banale si répandue, les espérances d'immortalité individuelle ne sont guère logiquement conciliâmes qu'avec le panthéisme; puisque, suivant l'argument de Schopenhauer, on ne peut concevoir d'infini que ce qui n'a, pas eu de commencement, d'immortel que ce qui n'a pas été créé.

Enfin, on se sent d'autant plus porté au panthéisme que l'hypothèse d'une divinité extérieure à l'Univers nous apparaît, dans la doctrine palingénésique, comme aussi inutile au point de vue idéaliste et moral qu'elle l'est au point de vue créateur.

Nous pouvons donc logiquement adopter le monisme; mais à condition qu'il soit bien entendu que nous sommes dans le champ des hypothèses et que les systèmes conçus sur cette base, tout en gardant un caractère rationnel et vraisemblable, ne relèvent déjà plus, à proprement parler, de la philosophie scientifique.

Toute tentative de bâtir un système métaphysique complet sur une base positive est encore vaine et prématurée.

Tout au plus est-il permis d'indiquer quelques points de repère, de tracer quelques traits schématiques, mais sans se faire illusion sur leur caractère d'insuffisance et de relativité.

Si, pour tenter une explication complète de l'univers, nous partons de la notion d'un principe unique, ori-

gine et fin de tout, nous nous trouvons immédiatement en présence d'une difficulté capitale :

Ce principe unique nous est aussi incompréhensible en lui-même que le dieu créateur des déistes.

L'infini, l'absolu n'est pas accessible à l'intelligence Unie.

Aussi, en réalité, ne pouvons-nous concevoir l'absolu que par une première limitation.

Nous supposons une première limitation dans l'absolu ; puis des séries de limitations secondaires constituant la totalité des choses manifestées.

Sous les apparences innombrables des choses, nous ne voyons plus dès lors que des agrégations de monades, c'est-à-dire de parcelles individualisées du principe unique.

Il faut distinguer soigneusement l'essence immortelle et immuable du principe unique des modalités transitoires sous lesquelles il nous apparaît.

Il n'est ni intelligence, ni force, ni matière ; mais intelligence, force et matière sont les modalités essentielles qui nous le représentent.

Aprçs le processus de délimitation créateur ou d'involution, suivant une expression fréquemment employée, ces modalités sont dans le principe unique à l'état potentiel.

Elles sont réalisées par l'évolution et, l'évolution terminée, demeurent dans le principe unique à i'éta résiduel.

Ce ne seront plus alors que des souvenirs, des étais de conscience indélébiles.

Ainsi révolution pourra être considérée comme le

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passage fatal d'énergies potentielles en énergies réalisées ; l'acquisition de la conscience sera son but et sa fin.

Tout ce qui constitue à nos yeux 1* univers matériel, dynamique et intellectuel ne serait donc qu'apparence temporaire. // n'y aurait en réalité que monades immortelles et agrégations transitoires de ces monades immortelles.

Les groupements sont toujours éphémères, se désagrègent à un moment donné, et les monades libérées vont former ailleurs de nouveaux groupements

Mais chacune conserve, gravés en son essence immortelle, le souvenir, l'expérience réalisée pendant chaque groupement et développe ainsi sa conscience.

Les minéraux, les végétaux, les animaux sont des groupements plus ou moins complexes de monades à des phases évolutives différentes.

L'homme comprend une monade centrale, très évoluée, âme ou moi réel, groupant autour d'elle des séries de monades moins évoluées.

Les processus d'incarnation et de désincarnation ne sont autre chose que la constitution ou la rupture (totale ou partielle) d'un de ces groupements complexes et élevés qui représentent l'être vivant,

Par le processus d'association ou d'incarnation, il y a subdivision analytique de l'activité particulière de chaque monade. Chacune doit subordonner son activité propre à l'activité générale du groupe pour l'évolution solidaire.

Par le processus de désagrégation ou de désincarnation, il y a concentration synthétique de l'activité

particulière de chaque monade et assimilation de l'expérience acquise dans le groupement.

Ainsi se développe la conscience particulière des monades.

L'évolution terminée, les modalités transitoires ont disparu.

Le principe unique immortel a développé ses potentialités et acquis la conscience qui les résume toutes.

Les monades perdent, en même temps que cessent les modalités passagères, l'apparence de leur séparation illusoire et se fondent dans l'unité.

Mais la notion de leur individualité n'est pas perdue pour cela : La conscience individuelle réalisée pendant l'évolution fait naturellement partie de la conscience totale. Seulement, arrivée à son maximum, chaque conscience individuelle est devenue la conscience totale elle-même.

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