IV. — Conclusion
Qu'il nous soit permis de nous en tenir à cette ébauche métaphysique, sans nous faire d'illusion, je le répète, sur sa valeur scientifique, et bien convaincus du caractère chimérique que revêt la poursuite obstinée, par l'intelligence humaine, de vérités encore inaccessibles.
Qu'importe après tout, notre impuissance actuelle,
si nous gardons du moins l'espoir d'arriver un jour,
par le développement ininterrompu de la conscience
iminoi telle, à connaître tout ce qu'il y a de vrai, de
Gelkv. Lu
beau et de bien dans notre monde et dans l'univers !
Or, nous l'avons vu, pareille espérance n'est plus une chimère ; à moins toutefois qu'il n'y ait qu'erreur dans l'étude et la recherche des phénomènes psychiques; à moins que le domaine de la psychologie anor maie soit purement et simplement le domaine du mensonge et de l'illusion !
Cela ne me paraît pas possible. Comment n'y aurait-il pas une large part de vérité dans une théorie capable d'expliquer tous les faits obscurs d'ordre psychologique; dans une doctrine qui nous apporte la solution la plus satisfaisante du problème douloureux des inégalités humaines, des souffrances imméritées, de tout le mal universel ?
— Nous sommes bien loin sans doute, de l'époque où cette doctrine arrivera à dominer les systèmes philosophiques et à remplacer les dogmes religieux.
Mais ce qui est beaucoup moins éloigné, j'en ai la ferme et absolue conviction, c'est le moment où sera définitivement prouvée et admise de tous la notion élémentaire, base de toute mon étude :
« Il y a dans l'être vivant des principes dynamiques
ET PSYCHIQUES D'ORDRE SUPÉRIEUR, INDÉPENDANTS DU FONC- TIONNEMENT ORGANIQUE, PRÉEXISTANT ET SURVIVANT AU CORPS. »
Cette certitude sera l'origine de la plus immense révolution qui ait jamais été accomplie dans le domaine de l'activité intellectuelle et morale de l'humanité :
Les positivistes seront alors les premiers à bâtir des théories idéalistes sur cette base scientifique.
Les fidèles des vieilles religions pourront garder encore un souvenir ému des croyances ancestrales ; mais ils comprendront enfin qu'elles ont fait leur temps et terminé leur rôle et ils s'efforceront d'adapter leurs espérances à la conscience moderne et aux vérités démontrées. L'un des fondateurs de religion les plus géniaux n'avait-il pas déjà proclamé lui-même, il y a treize siècles, le caractère relatif des systèmes dogmatiques, — relatif aux époques et aux grandes races humaines?
Le temps est maintenant passé des révélations d'apparence surnaturelle, de même que celui des négations a priori.
Les savants seront désormais, dans toute la force du terme, les prophètes de l'avenir. Seuls, ils nous apporteront la révélation, appuyée sur des preuves, des plus hautes vérités.
Depuis la publication de la seconde édition de cet ouvrage, des travaux intéressants sur la psychologie anormale ont paru ; des faits nombreux ont été rapportés; des théories nouvelles ont vu le jour.
Ni ces travaux, ni ces faits, ni ces théories n'ont modifié en quoi que ce soit ma conception de l'être subconscient
Qu'il me soit permis d'indiquer brièvement pourquoi :
On peut faire, à toutes ces théories, les mêmes objections :
Quelques-unes constituent de véritables pétitions de principes, en ramenant un fait incompris à un autre fait également incompris (quoique plus familier); en s'eflbrçant d'expliquer les uns par les autres des phénomènes qu'il faut en réalité expliquer les uns avec les autres.
Quand elles ne constituent pas des pétitions de principes, les théories récentes sont du moins nettement insuffisantes.
Ce sont des hypothèses incomplètes, ne s'adressant qu'à des phénomènes ou des groupes de phénomènes considère- isolément
Si L'argumentation développée dans Vôtre subconscient e>l jugée rationnelle, ces hypothèses incomplètes apparaissent immédiatement, par le seul fait de leur caractère fragmentaire, comme fausses dans leur principe et ne pouvant conduire qu'à l'illusion et à l'erreur.
Certaines de ces théories, les plus en faveur, hélas! sont d'ailleurs purement verbales.
Si nous considérons, par exemple, ia fameuse hypothèse de la désintégration du moi, accueillie avec tan' d'empressement par la plupart des psychologues actuels pour l'interprétation des cas de personnalités multiples, nous constatons immédiatement son caractère d'insuffisance et de relativité.
Sans doute, dans ces cas étranges, il y a désintégralion du moi, ou plutôt, suivant la doctrine de l'être subconscient, décentralisation momentanée et passagère.
Cela est bien évident ; mais cela n'est qu'une constatation.
Ce qu'il est essentiel de savoir, et cela seulement, c'est comment il peut y avoir désintégration passagère et comment il peut y avoir, par cette désintégration prétendue, manifestation de personnalités autonomes, originales, ignorées de la conscience normale, très différentes de cette dernière, parfois supérieures à elle pourvues même, dans certains cas. de facultés supranormales.
On ne saurait parler d'explication alors qu'on ne formule pas une hypothèse capable de s'adapter à toutes ces constatations.
Les cas nombreux, récemment publiés, de personnalités multiples, tels que ceux de Miss Beauchamp, de Mary Reynolds, d'Arnould Bourne, etc. *, montrent sans doute que la description de ce singulier phénomène de psychologie anormale doit être élargie et moins systématisée ; mais leur étude minutieuse n'infirme en rien, bien au contraire, l'interprétation générale que j'en ai donnée2.
Une autre théorie, actuellement très en vogue, celle de Babinski sur la nature de l'hystérie, est passible des mêmes reproches que ses devancières.
Pour Babinski, on le sait, l'hystérie n'est qu'un état psychopathique spécial relevant d'exagération ou d'écarts de la suggestibilité.
Qu'elle soit exacte ou non, cette conception de l'hystérie n'apporte en réalité aucune lumière.
Le raisonnement que j'appliquais à la suggestibilité