LE ROLE SOCIAL DES ÉTRUSQUES
Un poêle italien a dit :
Parlan le tombe ove la storia è mulo, La tombe par!o où Thistoire est muette.
Si jamais cette citation fut applicable à un peuple, c'est bien aux Étrusques, dont les annales sont perdues, dont l'histoire que l'empereur Claude s'était plu à écrire, a pour jamais disparu, et dont la langue est restée jusqu'ici indéchiffrable. Et cependant les
Étrusques ont été les gyands initiateurs de Rome dans la science
de la guerre, de la politique, de la religion, des lois, du commerce. Ce sont eux qui ont également initié les Romains à la connaissance des beaux arts : la sculpture, l'architecture, la peinture, la gravure des pierres fines. L'art étrusque ménage la transition entre l'art asiatique, oriental, et l'art hellénique et latin. Ce n'est
pas la Grèce, comme on ne Ta que trop souvent répété, c'est
TÉtrurie qui, en tout, a été la maîtresse et la directrice de la
grande ville naissante. Les relations de Rome avec les Grecs sont venues fort tard ; celles avec les Étrusques ont commencé dès le temps de Romulus*.
1. CVst dans les lettres, non dans les arts, que les Grecs ont inspiré les Romains. Ainsi l'on ne peut nier que Cicéron n'ait étudié l'éloquence dans Démosthène; Sal-
Des sept rois qui (l'abord gouvernent Rome, quatre au moins sont Etrusques, ils font Mtir à Rome un cirque,.y introduisent
les jeux des gladiateurs, et, ce qui vaut mieux, dotent la ville d'un
grand égout que l'on admire encore aujourd'hui.
Qui donne à Rome une religion et ses premières lois? Numa Pompihus, un Etrusque. Qui jette en bronze les premières statues des dieux? des artistes étrusques. Qui apprend à Rome l'art de nayiguer? Ce n^est pas, comme dit la fable, une trirème punique échouée à 1 embouchure du Tibre ; mais bien les marins étrusques ces maîtres de la mer Tyrrhénienne, rivaux des Phéniciens de Tyr
et de Carthage, et des Phocéens de Massilie.
Plus tard, les relations des Étrusques avec Rome, d'amicales
qu elles étaient d'abord, devinrent hostiles, et l'Étrurie dut suc comber après une lutte de deux siècles. Elle succomba, parce qu'elle n était pas une nation guerrière comme les Romains; elle succomba parce qu ell. avait jeté son plus grand éclat avant même la fondation de Rome, et qu'elle entrait dans une période de décadence, de iuxe et de corruption, alors que les Romains en étaient encore au temps des vertus antiques et patriarcales ; mais elle ne tomba point sans une certaine grandeur, et elle opposa aux conquérants une
des plus longues et des plus énergiques résistances dont Ihistoire fasse mention. Soumise, mais toujours vivace, éternellement jalousee par Rome, elle se vengea noblement en lui donnant une partie de ses plus illustres citoyens, et il suffît de citer au hasard les noms de Plaute, Properce. Mécène, Perse, pour montrer combien l Etrurie contribua à la gloire du monde romain.
De ce passé si glorieux, qui commence dès Taurore de l'histoire Italienne, à fépoque des Pélasges tyrrhéniens et de l'arrivée d Enée en Italie, et qui se continue jusqu'aux derniers siècles de 1 empire, nulles annales écrites n'ont consacré le souvenir. G est à l'aide de la tradition que nous ont transmise les Latins, et qu'ils
ont souvent défigurée avec intention, c'est à l'aide des monuments que nous ont laissés les Étrusques, surtout des monuments funéraires, qu'il faut refaire cette histoire perdue. Ce n'est pas ici le cas de pousser plus avant ces considérations;
îuste, rhistoire d.ns Thucydide; Lucrèce, la pnilosophie dans Épicure; Catulle la poésie lyrique dans Anacrt^on et Sapho. Théo. rite et Ilomèr. ont in.piré Virgile' .t
Aristophane semble avoir été le -naître de Plaute et de Térence. I.h ^>..t hornée l'in-
nuprifc do h Gr^cp .ur Rome, er l'i part ^st ouccn-^ .^.^7 hoUo.
l'ai voulu seulement indiquer la véniablc place qu'il faut donner aux Étrusques dans riiistoire de lUalie. Je voudrais aussi réveiller
un instant Tattention sur ce pays favorisé, qui a joui, dès l'époque
du moyen âge et jusqu'au commencement des temps modernes, d'une seconde jeunesse, d'une sorte de renouveau.
Ce phénomène est sans exemple dans l'histoire, et la nature a refusé cette insigne faveur à tout autre peuple, car on dirait qu'une fois tombé un peuple ne se relève plus. Il n'en a pas été de même de 1 Étrurie. Incorporée au grand empire romain, elle en a suivi toutes les destinées; mais quand l'empire disparaît à son tour sous les coups répétés des barbares, que devient l'Étrurie? L'Étrurie tout à coup se relève, et Thistoirc nous dit ce qu'alors ont été
ses valeureuses républiques, d'abord simples cités municipales, Pise. Sienne, Lucques et Florence fi leur tôto. Dès le treizième siècle, c'est de là que part le réveil des lettres et des arts, ce qu'on est convenu d'appeler la Renaissance, et dont il faut singulièrement avancer l'heure pour l'Étrurie.
La Toscane arrive à son apogée dans les lettres avec Dante, Boccace et Pétrarque , alors que notre langue n'est pas même encorq formée. Jusqu'au siècle des Médicis l'épanouissement continue toujours plus brillant, et Von sait quel éclat il a jeté à l'époque
de Léon X.
Il est des pavs privilégiés, et de même que les trois plus grandes
religions qui se partagent le monde, le judaïsme, le christianisme et le mahométisme, ont pris naissance dans ce petit coin triangulaire qui relie le mont Sinai à Jérusalem et Médine, de même on dirait que tous les arts qui ont initié l'Italie antique et l'Europe moderne à la vie morale et intellectuelle, ont pris naissance en Étrurie. Je viens de dire quelle avait été l'influence de FÉtrurie
desRasènes * sur Rome, quils avaient disciplinée. N'est-ce pas également de rÉtrurie que tous les arts sortent à la fois après la longue nuit du moyen âge : la musique avec Guido d'Arezzo, les belles lettres avec Dante et Boccace, l'a peinture avec cette innombrable phalange de valeureux artistes, depuis Cimabue et Giotto jusqu'à Léonaixl de Vinci, André del Sarto et le divin Raphaël, un Ombrien si l'on veut, mais qui eut pour maître un Étrusque, dont
1 C'est sur ce nom primitif des Tyrrhéniens , à ce qu'il parait disrntahle, (ive so fdSuJeitt les archéo!o2ocs pour les faire vmir de lit Rh(îtic.
il suivit d'abord le sljle, le Pérugin? Que dire de Michel-Ancr^
des CJues. ''"' '"'''^' '' '^"^'^"""^ ^^"-^ Encore
Que dire de Machiavel, de Guicciardini dans la politiaue et n.i^ otre? Des premiers Médicis comme hommes d'É^a . Et de G i" lee le ventable inventeur de l'expérimentation dans la s ience?
J ai ctte ailleurs Cesalpino pour la rénovation de la médëcTne el de la hotamque:je pourrais nommer aussi Accorso qui d"s ' tre z.eme s.ecle, raviva l'étude des lois. Un Florentin Àmelo Vespucc, dispute à Colomb la découverte de l'Amérique et Sa^f narole précède Luther dans la réforme du christianisll' Enfin, c est des Buonaparte de Toscane qu'est issu Nanol-Son a,.
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enfantement ? Ne sortira- t-il pas aujourd'hui que que chos ÎS
S;Ï; Z: ''^' 'T '''' '' ''''' '' ^'^'^ des preuves de Mtahte? N est-ce point par une sorte d'intuition que Florence a été
choisie comme capitale du nouvel État italien? Et n'est ce\t une nouvelle Renaissance qui se prépare? ^
pelle d'une manière s '^^^1.^ '^" ■!" ' ""'""' "" ^""'' ""»« "^ 'yP« rap-
L Simonin.
Extrait de la fievue nationale du l-r octobre
Pans. - Tyiographiert litho-
raphio RENor et Mavlpe, me de Rivoli, 144.