OBSERVATION VII
Parry (Collection from the writings, 1825) rapporte, dans sa propre observation, au milieu de plusieurs attaques, d'aspect classique, de scotome excentrique à bordirréguliers et scintillant, des attaques de scotome central transitoire sans scintillement. « L’ombre, dit-il, me semblait généralement située au milieu de l’objet, pendant que ma vue, pouvant embrasser les contours, était claire et nette comme d’habitude. En conséquence, si je désirais voir un objet, j'étais obligé de regarder à côté. »
OBsERVATION VIII (personnelle).
Madame X., 40 ans, arthritique, nerveuse. Lorsque cette dame passe toute une journée au grand air, ou après une grande fatigue ou une émotion, elle est sujette au scotome.
L'accès débute souvent par une sensation de gon-
re flement dans le bras et le côté gauche. Puis l’avantbras et le poignet gauches sont atteints de tremblement; en même temps un voile descend peu à peu devant son œil gauche, qui devient totalement aveugle. La malade, n’a jamais ni scintillement ni photopsies d'aucune sorte. Au bout d’une ou deux minutes la vue revient progressivement très nette. L'accès passé laisse la patiente mal à l'aise et abattue. Parfois un grand frisson marque la fin de l’accès,
Sur mon conseil, la malade a pris depuis quelque temps, au moment des accès, un peu d’eau de mélisse ou du café très chaud. Il semble que son malaise consécutif en est très abrégé.
Ce cas rentrerait plutôt dans la catégorie des migraines ophtalmiques accompagnées. Je l’ai cité surtout à cause de la forme monoculaire du scotome et parce que cette malade a souvent aussi des accès de scotome sans autre symptôme concomittant et sans malaise consécutif.
OBsERVATION IX (personnelle).
M. X., 25 ans, arthritique.
Il y a deux ans, un matin vers 9 heures, toute la partie inférieure du champ visuel s’est obscurcie, puis a disparu. Le malade était dans la rue, il ne voyait plus que l’impériale des omnibus, la tête des cochers.
Au bout d’une centaine de mètres faits, la tête pen-
chée en avant pour apercevoir le sol sous ses pieds la partie inférieure de son champ visuel s’est éclaircie peu à peu et la vue est revenue.
Le malade n’a eu de scintillement d'aucun genre, il a ressenti une certaine sensation de vide dans latête, qui s’est bientôt dissipée, et il a pu arriver à son bureau à 9 h. 1/2 comme d’habitude.
Quelques mois après, un soir, au café-concert, un trouble de la vue avertit le malade qui, fermant son œil gauche avec la main se trouve dans une obscurité absolue, malgré l'éclairage intense de la salle. L’œil gauche voit parfaitement. Au bout d’une minute, la vue revient progressivement dans l'œil droit.
Le malade n’a eu ni scintillement, ni malaise d’aucun genre. |
Depuis, il a eu des accès de scintillement, il voit des étoiles en plein jour, mais sans scotome; il n’a pu me dire si ce scintillement se passait dans les deux yeux ou un seul.
OBSERVATION X (Quaglino, 1871).
M. de R., 64 ans. Accès multiples à des époques indéterminées, sans cause appréciable. Un gros nuage envahit graduellement le champ visuel de bas en haut, jusqu’à intercepter toute lumière.
Au bout d'une demi-heure, le nuage disparaît en sens inverse.
L’acuité de la vue, en dehors des accès est normale. Migraines fréquentes et indépendantes des accès. Quaglino constate une dilatation des veines rétiniennes; mais le malade est emphysémateux et la gêne de la circulation est constante chez lui.
OBsERVATION XI (M. Dianoux).
M. C. a éprouvé depuis onze ans, à diverses reprises, des phénomènes d'hémiopie très marquée; c'était toujours la moitié supérieure ou inférieure de la rétine qui devenait insensible, de sorte que la moitié supérieure ou inférieure des objets disparaissait.
Ces phénomènes se sont reproduits une douzaine de de fois avec une durée et une intensité variable. La première attaquea été pluslongue que les autres, et s'est accompagnée de symptômes cérébraux inquiétants, perte de la mémoire, difficulté de la marche, vertige. La durée des troubles visuels a été d'environ une demi-heure, les troubles généraux ont duré plusieurs heures. Les autres fois l’attaque d’hémiopien'a duré qu’une dizaine de secondes. Le point de départ de l'affection a été un accès de dyspepsie.
Dans ces diverses observations, lescotome présente bien les caractères que nous avons attribués au scotome scintillant : insidieux et progressif, transitoire et de courte durée. Mais ces attaques de scotome, pur de tout scintillement, sont relativement rares, et en tout
ip cas ont été rarement observées et signalées. Dans les quelques cas que nous avons cités, l'observation VIII rentrerait même plutôt dans la catégorie des migraines ophtalmiques accompagnées de Charcot. Malgré cela, elles existent, et sielles sont si rarement décrites, c'est que justement l’absence du scintillement enlève le symptôme qui attire surtout l’attention du malade, et la brève durée du scotome, avec le retour presque immédiat à la vision normale, ne lui fait pas attacher d'importance au trouble visuel auquel il vient d’être sujet.
Scintillement sans scotome.
Nous venons de voir dans le chapitre précédent que le scotome pouvait se produire sans être accompagné de scintillement, fait que Wollaston, Arago, Pravaz, M. Dianoux avaient reconnu, il y alongtemps. Nous allons nous occuper maintenant du scintillement sans scotome et de sa signification.
M. Dianoux, dans son observation personnelle, rapporte qu'après avoir eu trois attaques de scotome scintillant typique au moment de son concours d'internat, il n'a jamais ressenti de nouvelles attaques ; mais qu'à la suite de veilles ou de troubles gastriques, il a eu en même temps que quelques douleurs névralgiques, la sensation d’étincelles brillantes et instantanées. Il ne dit point s’il rapporte ces photopsies à son scotome scintillant.
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Notre observation personnelle ne nous laisse aucun doute: les accès peuvent être constitués uniquement par des photopsies. Nous avons vu souvent devant notre œil gauche, qui est toujoursseul atteint dans nos attaques de scotome scintillant, les objets se couvrir de lueurs violacées et des éclairs ou des étincelles traverser notre champ visuel. Au bout d’un temps fort court la vision,qui était devenue très légèrementconfuse, redevenait nette, et l'accès se bornait à ces symptômes rudimentaires qui auraient pu passer inaperçus si notre attention n'avait été éveillée par les accès complets que nous avions subis antérieurement et la connaissance de notre disposition à cette affection.
Chez d’autres personnes le seul symptôme consiste dans l’apparition soit d’un point lumineux sous forme d'étoile, soit d’une tache lumineuse en forme de roue. fixe ou mobile, soit enfin dans celle d’éclairs en plus ou moins grand nombre. Nous publions plus foin quelques observations de ces diverses formes.
Comme toutes ces photopsies sont aussi bien perçues les yeux fermés que lorsque les paupières sontouvertes, la difficulté de se rendre compte si elles proviennent d’un œil ou des deux yeux est extrêmement grande. Dans notre observation personnelle, où le scotome n'existait qu'à gauche, nous croyons pouvoir affirmer que le scintillement aussi n'existait qu'à gauche, mais nous ne pouvons apporter aucune autre preuve que notre sensation subjective, à l'appui de notre dire.
OBsERvVATION XII (personnelle).
M. X., oculiste, arthritique, a souffert autrefois de migraines extrêmement violentes. Ses deux enfants sont sujets l’un: au scotomescintillant, l’autre à la migraine ophtalmique.
I1 y a deux ans, au mois de juillet, pendant une période de grandes fatigues, étant étendu sur une chaise longue après une journée de consultations ininterrompues, il a vu danser du côté gauche devant son journal une étoile lumineuse que ni les mouvements, ni les changements de position n’ont fait disparaitre. La vision n’en était nullement gênée et il pouvait continuer sa lecture. Cette photopsie s’est éteinte au bout de deux minutes environ sans autre symptôme.
M. X. a immédiatement attribué ce phénomène à une forme fruste de scotome scintillant.
Depuis, le même fait s’est reproduit une seconde fois dans les mêmes conditions.
OBsERVATION XIII (personnelle).
Mademoiselle de B., 19 ans, nerveuse et anémique, est assez sujette aux photopsies. Les points lumineux, qui viennent danser dans son champ visuel, affectent des formes variables, tantôt points, tantôt pluie d'étincelles, tantôt éclairs en zig-zag. Dernièrement, par un temps très orageux, cette jeune fille vit tout à coup glisser sur son livre « des poignées d'épingles toutes
Er neuves el très brillantes ». Surprise, elle passa {a main sur son livre sans rien rencontrer, puis sur ses yeux, les épingles brillaient toujours sur le blanc du papier. Un peu inquiète, elle se leva en secouant la tête à plusieurs reprises et les épingles disparurent.
Il n’y a jamais aucun autre symptôme, ni migraine, ni malaise consécutif.
Ces photopsies sont de date récente et postérieures au début de son anémie. Elles apparaissent surtout aux périodes menstruelles, qui sont longues et douloureuses chez cette jeune fille. La malade présente, en outre, deux souffles extra-cardiaques à siège variable et le temps orageux détermine chez elle une tachycardie extrêmement pénible.
OBsERVATION XIV (personnelle).
D' D., 40 ans. Père arthritique, mort à 68 ans d’hémorrhagie cérébrale, mère arthritique, rhumatisante, sujette à des gastraloies. Toujours bien portant jusqu’à 28 ans. Attaque de rhumatisme subaigu dans la convalescence d’une conjonctivite purulente double, prise en soignant un malade. Trois ans après, crise de rhumatisme aigu localisé aux deux genoux et aux articulations du pied.
Depuis cette époque, migraines alternant avec des crises gastriques revenant à des intervalles assez rapprochés. Le D' D. se soumit à un régime hygiénique sévère, ne but plus que de l’eau et vit ses crises dimi-
nuer de fréquence ; mais alors apparut le scintillement, le D' D. vit de temps à autre, des éclairs en zig-zags sillonner son champ visuel où la vision se conservait cependant très nette. Ces éclairs finissaient par dessiner la roue dentelée classique. IÎs éclataient toujours dans la partie gauche du champ visuel, sans migraines, ni malaise. Ce phénomène se répétait quelques jours de suite pour disparaître pendant un certain temps ; dans l'intervalle réapparaissaient les crises gastriques.
Le D' D. remarqua que ces crises de scintillement correspondaient à des périodes de travail fatigant.
I y a un an, dans le cours d'une crise de scintillement le D' D. fut pris, à l'heure du diner d’une attaque de diplopie, qui le força à se coucher sur un canapé, le vertige l'empêchant de rester debout ou de marcher. Examiné par le D' C., oculiste, qui était présent au moment de cet accès, l’œil gauche était porté en haut et en dehors, les paupières largement ouvertes, la paupière supérieure rétractée. Cette attaque dura environ 20 minutes et cessa brusquement à la suite d’une crise d’éructations.
Plusieurs crises analogues se produisirent depuis, mais d’une intensité moins forte et d’une durée moindre. Elles alternent avec les attaques de scintillement et les crises de gastralgie, mais ne s’accompagnent jamais de migraine ni de scotome.
Le D' D. prit du repos et se remit à l'usage exclusif de l’eau comme boisson. Les crises devinrent de plus en plus rares. Depuis plusieurs mois, il n'en a pas eu.
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OBSERVATION XV (personnelle).
Madame M., 49 ans, journalière soignée dans le service du D' Potain pour insuflisance aortique et rétrécissement mitral. À eu, à 35 ans, une attaque de rhumatisme, origine de ses lésions cardiaques ; depuis est en proie à de l’arthrite déformante des doigts avec flexion des phalanges.
Depuis son attaque de rhumatisme elle a vu fréquemment (généralement dans les jours qui précédaient ses règles) des points brillants qui dansaient devant ses yeux, Sans cependant troubler la vision générale ; à la suite surviennent des migraines très pénibles avec exacerbation à l’occiput. Depuis 4 mois la malade a des troubles de la menstruation et assez fréquemment des attaques d'amblyopietemporaire qu'elle rapporte ainsi:
La vue disparaît de mes deux yeux, excepté sur le bord de l'œil droit, où je distingue vaguement les grands objets ; de l’œ1l gauche je ne vois plus rien. Au bout de cinq minutes environ, des éclairs électriques passent horizontalement devant moi, puis surviennent des bouquets d’étincelles. La vue revient peu à peu à travers ces étincelles, mais j'ai une migraine atroce.
OBsERVATION XVI (personnelle).
M. X., interne des hôpitaux, 27 ans, arthritique. H y a 4 ans au moment de la période cholérique de
1892, en même temps qu'il préparait le concours de
l'Internat, M. X. a eu cinq attaques en 6 mois, toutes identiques comme évolution et comme aspect, mais variant comme intensité.
Le phénomène débute dans l'œil droit par une sensation de gêne dans les paupières, une coloration générale rouge enveloppe les objets. Des étincelles éclatent à la périphérie du champ visuel, puis se mettent à tourner suivant des cercles concentriques à rayons progressivement plus courts et gênant la vision au point que le malade finit par ne plus voir nettement que droit devant lui «comme à travers un tube ». Arrivé à ce degré d'intensité, à cette période d'état, le phénomène passe dans l'œil gauche et suit une marche identique pendant qu'il s’atténue dans l’œil droit. Il n’arrive jamais dans l'œil gauche à lamêmeintensité que dans l'œil droit. Au bout de quelques minutes, la vision revient.
L’œil ouvert ou fermé, le scintillement est identique et s'accompagne de battements ou sensation de battements dans les paupières, en même temps que celles-ci sont fortement injectées.
Depuis ses premières attaques, le malade n'en a plus eu d'aussi complètes. De temps à autre, surtout aux époques des concours, il ressent seulement une gêne des paupières accompagnées de battements, et quelques étincelles traversent le champ visuel, sans ordre, ni direction précise.
Cette dernière observation présente deux particularités : d’abord la crise est précédée d’une sorte d’aura très courte. Petit spasme de l’orbiculaire, rougeur des paupières, battements, aura que nous avons déjà trouvée