DORE
étouHante et pendant un violent orage, il vit subitement devant ses yeux, une série d'ondes lumineuses vibrant très rapidement et traversées par instant par des éclairs plus brillants. Cette première attaque ne dura que quelques secondes, et M. G... reprit son travail. Une heure après, le même fait se reproduisit, mais plus prolongé et plus violent. M. G... eut le temps de se renverser sur le dossier de sa chaise et de se passer à plusieurs reprises la main sur les yeux avant de voir disparaître cette succession d'ondes brillantes et d’éclairs ; le phénomène se dissipa aussi bien moins vite. Quand la perception des objets redevint possible, la vue était trouble et de temps à autre quelques points brillants ou obscurs entourés d'une auréole brillante apparaissaient encore.
Le D' Danioux fit à M. G..la description d’un accès typique de scotome scintillant, et celui-ci confirma l’étroite ressemblance avec ce qu’il venait d'éprouver. Depuis, l'attaque ne s’est jamais reproduite.
Il faut rechercher ces formes très soigneusement ; car ces petits accès paraissent aux malades si peu de chose à côté de l’amblyopie ou de l'hémiopie qui accompagne leurs grandes attaques qu'ils négligent d'en parler, et cependant ces photopsies sont fréquentes chez eux,
Il y a dans cette recherche un écueil à éviter. Tout le monde connaît la tendance des alcooliques, des hystériques, des neurasthéniques aux sensations subjectives et, en particulier, à se représenter sans cesse, et
jusque dans leur sommeil, des étincelles, des flammes, du feu. Mais ces phénomènes se différencient facile: ment de ceux du scotome scintillant. Comme toutes les images que nous évoquons, ces étincelles, ces flammes, ce feu, au dire de ceux qui les voient sont toujours un peu ternes ; au contraire, les photopsies de l’amblyopie temporaire ont un éclat extraordinaire ; lorsqu'elles accompagnent le scotome, celui-ci est déjà constitué et sur le fond sombre, ou noir, les étincelles éclatent semblables à des feux d'artifices.
Ces photopsies ont beaucoup préoccupé les auteurs qui ont cherché à déterminer la physiopathologie du scotome scintillant. Cependant, la question du scintillement était restée très vague jusqu’au jour où le D' Dianoux entreprit ses expériences pour déterminer dans quelle mesure il diffère des photesthésies qui accompagnent le début du sommeil chloroformique ou leur ressemble. Dans ce but cet auteur se soumit luimême à des inhalations de chloroforme et nous ne saurions mieux faire que de rapporter ses expériences telles qu’il a eu l’extrême obligeance de nous les communiquer, ce dont nous lui témoignons toute notre reconnaissance.
« Quand on se soumet dans un but d'expérience à des « inhalations de chloroforme, on éprouve une série de « sensations plus ou moins rapides, suivant que la dose « absorbée est plus ou moins massive, mais qui sur la « même personne se succèdent toujours dans le même « ordre et sont tellement comparables d’une expérience « à l’autre qu’on pourrait les dire superposables.
« Pour moi la série est la suivante :
« D'abord, après quelques inspirations profondes, 3 ou 4, pas plus, une sensation auditive sous forme de sifflements bruyants, puis tout de suite après Îles photopsies.
« Ce sont d’abord deux cercles étroits et rouges comme ceux décrits par un brandon vivement agité ; l’un vers le milieu, l’autre près de la périphérie du champ visuel. Ces deux cercles tournent autour de l'axe visuel dans le sens contraire des aiguilles d’une montre, avec une rapidité qui devient vertigineuse, tranchant d’abord vivement sur le fond sombre ; mais bientôt celui-ci s’éclaire et se divise en une foule de losanges à grand axe vertical, tous identiques comme couleur, mais exactement délimités par deslignes d'or très brillantes. Des points brillants parsèment bientôt le fond de ces losanges dont la couleur change et devient bientôt éblouissante, en même temps ils se mettent à tourner suivant des cercles et toujours de plus en plus vite. Il arrive ainsi un moment où le chaos [lumineux devient inextricable ; mais la principale difficulté d'observation tient à ce que, en ce moment, du moins en ce qui me concerne, la faculté d'analyse est très émoussée et qu'il n'est que temps de cesser les inhalations.
« Ces photopsies n’ont aucun rapport avec celles du scotome scintillant et il me paraît impossible d'admettre que les éléments anatomiques actionnés soient les mêmes dans les deux cas.
«€ Mais le chloroforme fait-il vibrer les cônes ou bien
TI
mar en
« les cellules de la rétine corticale? C'est cette der- « nière hypothèse qui me paraît le plus vraisemblable « étant donné que l’obnubilation des facultés cérébra- «les suit de si près la production des photopsies qu'il « mest arrivé de ne pouvoir m'arrêter à temps et de « me réveiller longtemps après une expérience per- « due. »
Ainsi,dans cettecommunication, M. Dianoux semble pencher vers la nature rétinienne des photopsies du scotome scintillant, comme il l'avait déjà fait dans sa thèse, où 1l concluait en disant « que manifestement les phénomènes lumineux devraient se passer à l'extrémité des fibres nerveuses ».
Cependant M. Dianoux a bien voulu nous communiquer aussi quelques objections basées sur l’étude des phosphènes que l’on produit en exerçant du bout du doigt une pression sur le globe de l’œil. Ces phosphènes peuvent persister, comme nous avons pu nous en assurer aussi, pendant les accès de scintillement, d’où l’on conclut que la rétine fonctionne normalement du moins à l’endroit de la pression, pendant l'attaque du scotome scintillant. Or, supposons un scotome hémiopique droit avec scintillement, si la pression sur l'hémisphère gauche du globe de l'œil produit un phosphène, il n’est pas admissible de localiser l’origine du scotome et du scintillement dans la rétine.
Brewster et Quaglino étaient précédemment arrivés aussi à faire du scintillement un « phénomène rétinien » dû à « l'hyperesthésie de la rétine ». M. Barait, dans sa thèse, conclut dans le mêmesens, se basant sur
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les expériences de M. Dianoux ; il fait du scintillement un phosphène de nature particulière.
M. Antonelli, après examen et discussion de ces mêmes expériences, arrive à la conclusion contraire et fait du scintillement « ur épiphénomène de l'amblyopie transitoire d'origine corticale comme celle-ci et de l’ordre des hallucinations ».
Voici les raisons données par M. Antonelli pour établir les trois points de sa proposition.
1° Le scintillement résulte d'une lésion corticale, car la description soigneuse de plusieurs cas de scotome scintillant démontre que l’amblyopie et les photesthésies commencent dans des points symétriques du champ visuel des deux yeux. Nous sommes obligés de faire remarquer, tout d'abord, que cette apparition symétrique s'explique tout aussi bien, quand on place l'origine de l'affection dans les bandelettes optiques ou dans les ganglions centraux. En second lieu, l’explication n'est valable que pour les cas de scotome symétrique dans les deux yeux. Cette symétrie n'existe pas toujours, et lorsqu'un seul œil est atteint de scotome scintillant, comme nous en avons rapporté plus haut quelques cas, il est évident qu'il ne peut être question de symétrie. Nous n'ignorons pas que l'existence des cas de scotome scintillant monoculaire a été niée, que Foœrster, en particulier, les considérait comme résultant d'une observation fautive. Pendant des années, il s'était cru atteint descotome monoculaire et,s'apercevant un jour que ses deux yeux étaient atteints, il crut avoir pris jusque-là une observation inexacte. M. Mauthner
on
est dans le même cas. Nous ne sommes pas de cet avis et nous discuterons cette question plus loin, en traitant du siège du scotome scintillant, en nous appuyant sur nos observations personnelles, et plus particulièrement sur celles des formes diverses de scotome scintillant chez le même individu, où une attaque monoculaire succède à une attaque binoculaire (observation IX).
2° Le scintillement, dit M. Antonelli, est un phénomène accessoire ; car il peut chez le même individu se présenter complet ou à l’état rudimentaire (simples étincelles), ou même manquer, tandis que le scotome reste toujours bien constitué et dure encore presque toujours après que le scintillement a disparu. Iciencore, M. Antonelli nous paraît avoir le tort de trop généraliser, car nous venons de voir, au contraire, que le scotome peut entièrement faire défaut et le scintillement constituer le seul symptôme de la crise ; ces cas ne sont nullement rares, et si nous n’en avons pas cité de plus nombreux exemples, c'est qu'ils se ressemblent tous dans leurs grandes lignes et que nous avons tenu en outre à ne présenter que des cas très nets.
Nous pouvons aussi opposer à la théorie de M. Antonelli l’un des Cas rapportés par M. Dianoux dans sa thèse :
OBsERVATION XVIII (Dianoux).
Une jeune femme, opérée d’un staphylome de l'œil
gauche depuis 3 ans, a, au moment de ses époques, des