PRONOSTIC
Le pronostic du scotome scintillant est absolument bénin tant au point de vue oculaire qu’au point de vue de la santé générale. A cause des rares observations publiées, de scotome scintillant accompagnant ou précédant de peu des cérébropathies graves, il n'est point permis d'affirmer de corrélation entre ces deux affections. Fœrster, qui le premier avait cherché les rapports du scotome avec les maladies cérébrales, cite l'exemple de Wollaston mort detumeur cérébrale après avoir eu deux crises, l’un vingt ans, l’autre quinze mois avant la publication de son observation. Mauthner et M. Dianoux ont déjà fait justice de cette opinion qui ferait coïncider le scotome avec l’origine d’une tumeur cérébrale survenue 20 ans après. Si nous songeons que Charcot rapporte le cas d’une fillette de 9 ans atteinte de scotome scintillant auquel la mère était déjà sujette depuis son enfance, que Charcot lui-même y était sujet depuis ses concours, nous sommes forcés de négliger ce symptôme au point de vue du pronostic final. En effet, le nombre des observations où le scotome a été suivi, d brève échéance, d'accidents graves est si minime, comparé à l'immense quantité de gens de tout âge qui ont une forme quelconque de cette affection, qu’il serait malséant de ne pas rassurer tout à fait les malades sur les conséquences de leur malaise.
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Cependant, comme il peut survenir dans les circonstances les plus diverses, il faut attirer l’attention du malade sur le début de l’accès. Il devra l’étudier avec soin, afin de se mettre à l'abri dès qu’une attaque se fait pressentir. Car lorsque le malade a une dizaine d'accès dans la même journée, comme dans l’observation de Testelin, ou vingt-deux, comme dans celle communiquée par M. Dianoux (Obs. XIX), soit que son scotome s'accompagne de diplopie, comme chezun de nos amis, il est exposé dans la rue à de grands dangers, s’il ne prend Îa précaution de s’arrêter et de s'asseoir dès le début de l'accès.
Il est absolument impossible de prévoir le retour de ces accès ou de pronostiquer leur fréquence. Wollaston avait noté vingt ans entre ses deux accès, d’autres auteurs rapportent un cas unique en leur vie ; d’autres en observent tous les ans, tous les mois, parfois plus fréquemment encore, et l'affection peut disparaître subitement comme elle peut rester rebelle à tout traitement.
Si cependant le médecin observe dans l’état général de son malade une cause immédiate, comme l’anémie, la neurasthénie, la dyspepsie, il peut espérer la disparition du symptôme en traitant la maladie générale.
Bien entendu, et nous voulons le répéter une fois encore, lorsque le scotome scintillant accompagne d’autres symptômes graves, comme l’hémiparésie, l’'hémiplégie, l'embarras de la parole, l'amnésie, lorsqu'il s’agit de la migraine ophtalmique accompagnée
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de Charcot, le pronostic doit être réservé. Car on voit alors quelquefois les symptômes concomitants, d’abord passagers, s'établir ensuite d'une manière permanente. Seulement, dans ces cas, le scotome scintillant est un épiphénomène : ce n'est pas lui qui doit servir de base au diagnostic et sa présence n'indique rien au point de vue du pronostic. En toute sincérité, il a été vraiment observé trop rarement au début du tabes, de la paralysie générale, il accompagne trop rarement l’épilepsie pour qu'on puisse en faire un des symptômes de ces affections.
Tout ce que nous pouvons dire,et cela s’applique aussi bien aux cas de scotome scintillant pur, cas très fréquents, qu'a ceux de migraines ophtalmiques accompagnées, affection rare, c'est que la présence du scotome scintillant est un symptôme d’affaiblissement, de mauvais état général. Fréquent chez les anémiques, les neurasthéniques, les arthritiques et les goutteux, 1l indique toujours chez eux un état de fatigue, de dénutrition. De sa présence nous devons conclure à une mauvaise hygiène, à des excès d'un genre quelconque, excès de travail, d'émotions, de plaisirs ou d'exercices physiques. C’est là qu'il faut chercher les indications qui nous permettront de formuler un traitement palliatif.