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La Société de médecine publique a pensé qu'il serait intéressant de dresser le bilan des progrès de l'hygiène réalisés en France pendant ces dernières années.
En empruntant aux industriels ce procédé d'examen, la Société savait que, même dans les industries les plus prospères, le bilan ne procure jamais aux industriels de complètes satisfactions.
Pour nous, il en a été de même ; un coup d'œil jeté sur l'ouvrage dévoile bien vite les sujets de satisfaction —et ils sont nombreux et les desiderata de notre organisation hygiénique.
Chargé, comme président annuel de la Société, de présenter cet ouvrage au lecteur, je dois dire comment il a été conçu, exécuté, et quelles sont les principales conclusions qui s'en dégagent.
La Société a prié ses deux secrétaires généraux, MM. Napias et Martin, de réunir tous les documents concernant l'hygiène, publiés en France depuis quatre ans, de les classer, de les résumer sans les discuter, d'examiner et de consigner les applications qui ont été faites des principes afférents à l'hygiène. La Société est convaincue qu'une pareille récapitulation, absolument impartiale, sera pleine d'enseignement, encouragera les travailleurs et permettra par un rapide examen de se faire une idée d'ensemble sur les tendances actuelles de l'hygiène.
Ce n'est pas à moi qu'il appartient de dire le zèle et le talent avec lesquels MM. Napias et Martin ont accompli cette œuvre considérable. Je suis convaincu qu'ils ont réussi et que la nécessité de publier, à l'occasion des futurs Congrès, des volumes
conçus sur un plan plus ou moins analogue, s'imposera aux différents peuples et légitimera ainsi l'opinion que j'émets en ce moment.
En parcourant ce compte rendu, un premier fait se dégage bien nettement. L'opinion publique, depuis le mouvement provoqué par le premier Congrès d'hygiène, celui de Bruxelles, a cessé d'être indifférente. Nous en avons la preuve dans les nombreuses sociétés d'hygiène qui se sont fondées et qui toutes prospèrent, dans la valeur scientifique des membres qui les composent. Il faut remarquer, en effet, que ce ne sont pas les médecins seuls qui ont constitué ces Sociétés; ils s'y réunissent en compagnie d'industriels, d'ingénieurs, de chimistes, de physiciens, de vétérinaires, d'architectes, d'avocats, d'administrateurs, etc. Tous ceux qui suivent le mouvement scientifique, qui s'intéressent au bien-être des populations, à leur vigueur, à leur santé, à la protection des enfants, à leur développement intellectuel et physique, etc., ont répondu à l'appel des médecins. Ceux-ci leur en sont profondément reconnaissants. Au point de vue de l'hygiène, nos collègues ne peuvent rien sans nous, nous ne pouvons rien sans eux. C'est par leur bonne volonté, leurs capacités spéciales que nous ferons appliquer, entrer dans l'exécution, bien des choses que nous ne concevons nécessairement qu'à l'état théorique. Cette opinion n'a pas besoin d'être défendue; que le lecteur parcoure les chapitres consacrés aux écoles, aux casernes, aux hôpitaux, etc., son opinion sera faite sur l'importance de cette union d'hommes apportant des aptitudes, des habitudes scientifiques d'origines diverses.
En France, où si l'on en croit un vieux cliché, nous n'aurions aucune initiative individuelle, presque tous les progrès accomplis en hygiène dans ces dernières années ont eu pour origine l'initiative soit d'un individu, soit d'une Société formée pour protéger l'enfant, crèches, Sociétés protectrices de l'enfance, des enfants abandonnés ou coupables, des enfants moralement abandonnés, pour favoriser le bien-être des ouvriers, maisons ouvrières, Sociétés contre les accidents de machines, etc.
Dans cet ordre d'idées, les efforts ont été nombreux, effectifs et ont montré une fois de plus que nos compatriotes ont toujours répondu par des sacrifices individuels même onéreux, lorsqu'on leur a montré qu'il y avait un devoir à accomplir, un groupe d'êtres malheureux à soulager ou à sauver.
Malgré tant de dévouement, il fut bientôt évident que, faute
de direction, ces efforts se disséminaient et qu'on en obtenait pas tout l'effet utile.
Auprès de ces Sociétés qui ne représentaient que le groupement des meilleurs citoyens de chaque contrée et grâce à leur influence contagieuse, les municipalités de quelques communes prirent en main la direction de certaines parties de l'hygiène.
La Ville de Paris doit être placée en première ligne ; elle a fondé le Laboratoire municipal, dont les services sont chaque jour mieux appréciés par la population et le Bureau statistique de la ville de Paris ; elle veut réformer la surveillance des logements insalubres ; elle n'a reculé devant aucune dépense pour assurer l'arrivée de l'eau et le départ des immondices hors de la capitale.
Tous ces services marchent-ils sans hésitation, n'ont-ils pas besoin d'être complétés ? Assurément non ; d'ailleurs le Conseil municipal ne l'ignore pas. Que l'on étudie la riche exposition que la Ville de Paris envoie cette année à Genève, que l'on se souvienne de celle de 1878 et l'on se rendra compte de la direction suivie; on sera convaincu aussi que les progrès ne s'arrêteront pas, et que les conseils élus de la Ville, l'administration, les Conseils d'hygiène des deux préfectures, les ingénieurs chargés de l'exécution sont tous désireux qu'on leur signale les lacunes, les solutions préférables, les améliorations nécessaires.
Le prochain Congrès le démontrera.
A côté de Paris, nous ne devons pas oublier les municipalités du Havre, de Nancy, de Reims qui, elles aussi, ont fondé des Bureaux d'hygiène, dons l'utilité n'est plus discutée.
Malheureusement les .municipalités ne peuvent se mouvoir que dans un champ restreint. Elles sont toutes puissantes pour protéger les habitants delà ville dans leur alimentation, leur habitation, et pour veiller à l'assainissement. Mais ce sont encore là des efforts isolés et lorsque la municipalité ne reçoit pas l'impulsion, lorsqu'elle reste indifférente, nulle loi ne peut l'obliger à dépasser l'application de quelques règlements de date ancienne, bien insuffisants en présence des nécessités actuelles.
L'État seul peut intervenir pour solliciter ces bonnes volontés trop lentes en général à se développer. Lui seul peut intervenir pour veiller, dans quelques circonstances que nous indiquerons plus bas, sur la santé générale.
L'État l'a compris, mais timidement ; il a lui aussi attendu en général l'initiative personnelle du Parlement. Il a accepté,
mais bien lentement appliqué, la loi de notre excellent collègue M. Théophile Roussel. Il est intervenu avec plus de vigueur et de spontanéité dans la législation concernant l'hygiène des écoles. Il a voté la loi sur la police sanitaire des animaux, conçue par notre ancien président M. Bouley.
D'autre part l'État et le Parlement ont bien mollement accueilli certaines propositions dont l'urgence est pourtant indiscutable. N'est-ilpas vrai que la seule maladie dont actuellement l'homme soit assuré de pouvoir se protéger soit la variole? N'est-il pas certain que l'on peut juger de l'état de l'hygiène d'un pays, je dirais presque de l'état de sa civilisation, parle nombre des varioleux qu'il perd ? La loi proposée par noire collègue M. Liouville sur la vaccination obligatoire est pourtant en souffrance, et l'on peut se demander si elle sera votée.
On ne saurait trop le répéter, l'État seul peut empêcher certaines maladies de se propager et de décimer un pays, parce que seul il peut prendre des mesures d'ensemble. Quand une épidémie naît à Paris, par exemple, on peut être sûr que de la capitale, comme d'un centre, elle se propagera dans tout le pays.
Bien qu'il soit nécessaire de les proclamer encore aujourd'hui, ces vérités n'ont pourtant rien de nouveau. Parfois, et notamment en 1848, on a créé des organes destinés à parer à toutes les nécessités: Comité consultatif au ministère du commerce, Conseils d'hygiène dans les départements, lazarets, inspection des épidémies, nous pouvons nous glorifier de posséder tous ces organismes ; mais ils ne servent que peu, parce que leurs efforts, leurs travaux sont pour ainsi dire stérilisés, faute d'une direction d'ensemble. L'État ne peut, cela est vrai, susciter les travaux scientifiques qui sont les points de départ des applications utiles à l'hygiène ; mais s'il consent à les coordonner, il réunira en un faisceau toutes les bonnes volontés éparses, et fera de cette question sociale, l'hygiène publiquej'une des plus faciles à résoudre, l'une de celles qui assureraient dans une plus large mesure le bien-être et même la vie des citoyens, sur lesquels il est de son devoir et de son intérêt de veiller.
Ce n'est pas le lieu d'insister, de montrer qu'il est fâcheux de voir, grâce à la législation actuelle, certaines industries insalubres tolérées dans des départements, interdites dans les départements voisins ; de lutter, grâce à des lois qui datent de 70 ans, contre des falsifications de denrées alimentaires pour obtenir une répression dérisoire, inefficace, qui est plutôt
un encouragement à. la fraude qu'une punition déshonorante.
Mais c'est assez inarquer ces côtés fâcheux. Je ne doute pis que si l'opinion publique, si les municipalités continuent à nous prêter leur appui, nous n'apportions au prochain Congrès d'autres résultats encore plus satisfaisants. Il suffira qu'un ministre décidé prenne en main cette question, qu'il coordonne des rouages qui existent mais qui sont mal liés. Nous pouvons attendre, car nous sommes sûrs que cette volonté ne peut tarder à se manifester.
Heureusement, nous le disions en commençant, nous n'avons pas que des espoirs. Les résultats, résumés au début de ces quelques pages, prouvent que nous marchons, que nous avons réalisé des progrès. Si nous reportons nos regards en arrière, si nous comparons ce que l'on appelait l'hygiène il y a vingt ans et ce qui constitue son domaine actuel, nousavons le droit de nous réjouir. Depuis quelques années enfin, d'autres lueurs sont venues briller à nos yeux. Les conditions de propagation, de développement, d'atténuation des maladies contagieuses, se sont singulièrement éclaircies. Les travaux de notre illustre compatriote, M. Pasteur, n'ont pas encore pu recevoir en hygiène toutes leurs applications légitimes, mais ce n'est pas trop engager l'avenir que de promettre à ceux que nous retrouverons dans deux ans, que les Bulletins des Sociétés françaises et des Sociétés étrangères auront bien souvent à s'enrichir des résultats de ces travaux, qui marquent une date mémorable dans l'histoire de l'hygiène.
Le lecteur trouvera, dans les pages suivantes, un résumé des progrès les plus importants réalisés en hygiène dans ces dernières années : Le Président de la Société a le droit pour la Société de médecine publique,d'ètre fier de constater que plusieurs de ces questions sont nées chez elle, que toutes y ont été étudiées ou discutées et que les noms d'un grand nombre des sociétaires se trouvent attachés aux initiatives les plus fécondes.
Le Président de la Société de médecine publique et d'hygiène professionnelle de Paris,