CHAPITRE V
Hygiène et assainissement des villes.
Nous ne saurions ici examiner en détail les multiples questions que soulève l'étude des progrès de l'hygiène et de l'assainissement des villes en France depuis le Congrès international d'hygiène de Paris ; dans les deux volumes du compte rendu de ce Congrès, dans les ouvrages antérieurs de MM. de Freycinet et Fonssagrives, de nombreux renseignements ont été fournis et ce qui a été réalisé depuis se trouve résumé en grande partie dans les Traités d'hygiène de nos collègues de la Société de médecine publique, MM. Bouchardat, Proust, Lacassagne, Arnould. Toutefois, depuis la publication de ces ouvrages, l'hygiène urbaine a donné lieu à des travaux très considérables que nous devons rappeler le plus succinctement possible.
On s'efforce de plus en plus d'assurer aux habitants des villes de l'air pur et en abondance, de l'eau de bonne qualité et d'éloigner au plus vite les immondices de toutes sortes qui viennent incessamment souiller l'atmosphère. Dans le chapitre précédent, il a été question des habitations privées, il faut aussi montrer ce qu'on a tenté depuis 1878 pour construire, au mieux des exigences de la salubrité, les logements collectifs et les éditices publics. Telles seront les divisions que nous allons suivre dans cette revue.
Atmosphère urbaine. — • Il est peu de grandes villes aujourd'hui qui n'aient un service d'observations météorologiques les renseignant sur les influences climatériques au milieu desquelles vivent leurs habitants; mais il est plus rare que ces observations soient rapprochées d'un relevé des décès suffisamment complet pour permettre de déterminer l'influence étiologique propre de l'atmosphère sur la mortalité, comme l'ont essayé, par exemple, M. le Dr Besnier à Paris, M. le Dr Teissier à Lyon, notre collègue, M. le Dr Arnould, dans une étude relative à la ville de Lille (Annales d'hygiène pu-
blique, 1880), M. le Dr Albenois à Marseille, M. le Dr Drouineau à La Rochelle, M. leD'Layet à Bordeaux, etc., et comme on s'efforce de l'obtenir dans les Bureaux d'hygiène (voir le chapitre IX). Cette étude est surtout poursuivie en ce qui concerne la ville de Paris, grâce à l'organisation de l'Observatoire météorologique de Montsouris et du Bureau de statistique municipale. Nous empruntons aux publications de ces deux services les renseignements qui suivent.
Nous n'insisterons pas sur les observations météorologiques proprement dites qu'on y trouve avec de grands détails ; disons seulement que, contrairement aux assertions produites en 1880 devant l'Académie des sciences par M. Reiset et d'après lesquelles la proportion d'acide carbonique dans l'atmosphère serait très peu variable et oscillerait entre 2,942 et 3 p. 10,000, M. Marié- Davy, en comparant les observations faites quatre fois par jour à l'Observatoire de Montsouris pendant plusieurs années, a vu que si les oscillations de la proportion d'acide carbonique sont faibles dans une même année, elles sont très grandes d'une année ou d'une période à une autre. Il croit en pouvoir trouver l'explication dans les changements d'allure des grands courants aériens; l'acide carbonique deviendrait ainsi l'un des éléments de la prévision du temps à longue échéance.
Ce qu'il importe encore plus à l'hygiène de connaître, ce sont les résultats de cette statistique microscopique des poussières vivantes de l'air, du sol et des eaux, que M. P. Miquel poursuit avec une si grande persévérance (Index bibliographique) :
Les poussières de l'air, dit Y Annuaire statistique de la Ville de Paris pour 1880, sont les unes de nature inorganique ou morte, les autres organisées et vivantes. Les premières, composées sur-