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MORGUE DE PARIS

parce que quand Pair se renouvelle rapidement autour d'un cadavre, même congelé, la peau brunit et se parcheminé; enfin il n'était pas possible d'installer à la Morgue une machine à vapeur un peu importante parce que le sol y est très instable.

Une commission nommée par le Conseil d'hygiène publique et de salubrité du département de la Seine a jugé que de tous les projets présentés, celui de MM. Mignon et Rouart, répondait le mieux à ces conditions. En conséquence, il a élé adopté, et il est actuellement installé à la Morgue.

Voici comment est disposée celte installation. L'appareil producteur du froid, dont nous indiquons très sommairement le fonctionnement, consiste en une chaudière qui reçoit une solution saturée de gaz ammoniac dans l'eau à basse température; cette solution est chauffée à 150° environ, le gaz s'échappe, se rend par un tube dans un récipient clos refroidi par un courant d'eau où il se liquéfie sous sa propre pression. Une fois liquéfié, il est amené dans les serpentins d'un congélateur; là, ne trouvant plus de pression, il passe immédiatement de l'état liquide à l'état gazeux; c'est pendant ce changement d'état qu'il prend aux corps environnants une quantité de chaleur considérable. Revenu à l'état gazeux, il arrive dans un vase tubulculaire, rafraîchi par un courant d'eau, en présence de la solution appauvrie de la chaudière qui est parvenue dans ce même vase sous l'influence de sa pression. La recombinaison s'effectue immédiatement grâce à l'affinité de l'eau pour l'ammoniaque ; la solution ammoniacale régénérée retourne à la chaudière et le cercle précédent recommence..

Le liquide refroidi par l'ammoniac est une solution incongelable de chlorure de calcium. Cette solution se rend d'abord dans une série de quatre alvéoles formant la rangée inférieure d'une grande caisse en bois contenant deux autres étages ; ces alvéoles ont la forme d'un parallélépipède rectangle de 2 mètres 20 de longueur sur 70 de hauteur et 70 de largeur; leur partie antérieure est mobile et forme une porte dont la clôture hermétique est assurée. Les parois longitudinales de ces alvéoles sont recouvertes par un serpentin à spires presque conliguës dans lesquelles circule la solution incongelable; la température de l'alvéole est ainsi abaissée à 17°. Le liquide se rend ensuite sur un toit construit à la partie supérieure de la salle d'exposition (près du toit véritable), où il s'écoule sur une nombreuse série de rigoles en formant des nappes très minces, ce qui permet un contact très large avec l'air de la salle ; celui-ci se refroidit et gagne ensuite les couches inférieures, tandis que Pair plus chaud remonte au contraire; la température de la salle est amenée ainsi à 2°. Le liquide refroidissant étant une solution de chlorure de calcium (très étendue d'eau), son écoulement en nappe ne produit pas d'humidité. Enfin les parois

de la salle (qui a une capacité considérable) ont été rendues aussi peu conductrices que possible ; la paroi antérieure est formée en partie par un double vitrage de 75 mètres de surface ; la couche d'air interposée entre les vitres s'oppose à une trop grande déperdition du froid et empêche le dépôt de buée ou de givre sur la face extérieure, dépôt qui empêcherait de voir à l'intérieur de la salle. La paroi intérieure est formée en partie par la caisse en bois où sont refroidis les corps non exposés ; enfin les autres parois sont recouvertes intérieurement d'un doublage de bois de sapin de 0m,08 d'épaisseur, isolé des murs par une couche de paille de quelques centimètres. Enfin cette salle communique avec l'extérieur par un tambour isolant.

Le liquide incongelable, après avoir parcouru successivement toutes les rigoles du toit de la salle d'exposition, est recueilli dans un tuyau et parcourt ensuite par une série de serpentins les parois des deux rangées supérieures d'alvéoles de la caisse en bois. La température du liquide est encore suffisamment basse pour que ces alvéoles soient maintenues à la température de 6°. Après ce trajet, la solution de chlorure de calcium retourne au contact de l'ammoniac, se refroidit de nouveau et recommence son circuit.

L'appareil fonctionnant régulièrement, on a en même temps : 1° la salle d'exposition à 2° environ ; 2° quatre alvéoles à 17° ; 3° dix alvéoles à 6°. Un corps arrive-t-il à la Morgue sans que la putréfaction soit commencée, s'il est inconnu, on le place immédiatement dans la salle d'exposition ; s'il est connu, on l'introduit dans une des alvéoles supérieures de la caisse, refroidies à 6° . Si le cadavre est déjà en partie putréfié, on le place immédiatement dans les alvéoles inférieures à 17° ; au bout de dix ou douze heures, il est congelé au point d'être aussi dur qu'une statue de marbre ; il peut alors être replacé sans inconvénient dans les alvéoles supérieures, si de nouveaux corps putréfiés réclament une congélation rapide.

L'introduction des cadavres dans les alvéoles est rendue très facile par la disposition suivante : la paroi inférieure de chaque alvéole est munie de rails sur lesquels glisse un plateau métallique qui contient le cadavre . Un chariot est placé devant la caisse et permet de hisser les corps jusqu'à la hauteur de chaque étage ; il est muni lui-même de rails qui se continuent avec ceux des alvéoles.

Quand l'autopsie doit être faite, il est nécessaire que le médecin légiste fasse connaître quelque temps à l'avance l'heure approximative où il pratiquera cette opération ; pour les cadavres congelés à 17° , cinq heures au moins d'exposition à l'air libre, sont nécessaires en cette saison d'été pour que le dégel soit effectué . On se propose de rendre ultérieurement ce dégel

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