ENFANTS MORALEMENT ABANDONNÉS
chronique, d'indigence, ou.pour d'autres causes, se déclareraient dans l'impossibilité de surveiller et de pourvoir d'un état.
Contrairement à M. Bonjean, M. Ch. Quentin ne destine pas surtout ses enfants moralement abandonnés aux travaux des champs. Il pense que ces entants, nés dans l'industrie parisienne, auraient bien vite la nostalgie du pavé natal et c'est surtout dans l'industrie qu'il les place.
Il exige d'abord des parents une sorte de contrat qui, en attendant la loi à intervenir, le garantisse dans la mesure du possible contre toute immixtion irréfléchie ou coupable.
Les enfants sont d'ailleurs admis d'une façon temporaire et, quelle que soit leur provenance, c'est-à-dire qu'ils aient été remis directement par les parents ou qu'ils soient envoyés par le parquet ou par le préfet de police, ils séjournent d'abord une quinzaine de jours à l'hospice et ce n'est qu'après qu'ils ont été bien étudiés et qu'après qu'on a pu se rendre compte de leurs aptitudes, de leur vocation pour ainsi dire, qu'on les place, soit à Paris, soit en province.
On peut dire que ces enfants ont été déjà placés dans tous les genres d'industries, en écartant cependant les professions dangereuses prévues par la loi du 19 mai 1874.
Les enfants sont d'ailleurs placés soit isolément, soit par groupes. — Placés isolément, et munis de contrats d'apprentissage, ils vivent en famille, mais la surveillance est dans ce cas difficile ; les conditions d'instruction et d'hygiène sont notablement inférieures à celles des groupes.
Dans la plupart des fabriques où les enfants sont groupés, l'instruction leur est donnée, on organise pour eux des cours de dessin, de chant, de musique instrumentale, on s'occupe de leur fournir une petite bibliothèque. Chaque fabrique a installé pour cette catégorie d'enfants, un bâtiment séparé, contenant une cuisine, une salle à manger, un dortoir, une salle pour la toilette, une lingerie, une infirmerie. La nourriture qui leur est donnée est bonne ; les enfants font deux repas et deux collations. La ration est, par jour, de 1,000 grammes de pain, de 125 à 200 grammes de viandes, de légumes et de salade, de 15 à 30 centilitres de vin bu avec de l'eau.
En somme, depuis dix-huit mois que le service existe, l'administration a fait 1,130 admissions temporaires et 950 admissions définitives. Sur ce dernier chiffre, il y a eu 22 enfants qui ont dû être mis dans les maisons de correction, et 28 qui se sont enfuis. Le total de ces non-valeurs est de 50, soit environ 4 0/0.
Les enfants qui sont actuellement l'objet de la sollicitude de l'administration sont placés isolément dans une cinquantaine d'industries, ou groupés dans des usines ou manufactures (4 verreries, 1 faïencerie, 3 magnaneries, 2 filatures de soie, 1 fila-
ture de laine, 1 fabrique dechaussures, 1 fabrique de chapeaux, 2 fabriques de fleurs artificielles).
De plus, M. Charles Quentin a institué une école de jardinage à Villepreux, au pays même où M. Bonjean a son établissement rural, cette école de jardinage occupe 15 enfants et en occupera bientôt 40. Enfin, on est en train de créer aux environs de Paris une école d'ébénisterie qui pourra recevoir cent vingt enfants.
L'enfant a l'école. — Constructions scolaires. — La France a beaucoup fait depuis dix ans pour l'instruction de ses enfants, le budget de l'instruction public s'est élevé considérablement, les maîtres ont été mieux rétribués, des maisons d'école ont été bâties et, dans ces dernières années surtout, grâce au zèle des ministres et d'un certain nombre de députés, au premier rang desquels il convient de citer MM. J. Ferry et Paul Bert, les progrès réalisés ont été considérables (1). — Même on n'a pas craint, pour la première fois, de consulter les médecins et les hygiénistes, de les mettre en rapport avec les architectes et les ingénieurs, et de leur faire étudier ensemble les conditions de salubrité des écoles. L'administration de l'instruction publique a donné ce bel exemple de ne pas se croire infaillible, et de s'en remettre, pour certains détails de construction et d'hygiène scolaire, à l'avis des hommes compétents.
Par arrêté ministériel du 17 juin 1880, il a été fait un règlement pour la construction et l'ameublement des maisons d'école.
Nous résumons ci-dessous les principales dispositions de ce règlement élaboré par la Commission des bâtiments scolaires (2).
(1) Les efforts tentés de tous côtés en faveur du développement de l'instruction aux divers degrés, le vote récent de l'instruction primaire obligatoire ont, en effet, pour résultat de couvrir le territoire rie la France d'écoles nouvelles, et d'agrandir, de transformer les écoles déjà existantes, bi bien que depuis 1875 jusqu'au 15 avril dernier, 3,957 écoles nouvelles ont été créées, dont 45 i pendant le 1er trimestre 1882; 4,y39 adjoints ont été envoyés dans les écoles communales par suite de l'augmentation des classes et du nombre des élèves. Les étals de situation pour 1880-1881 indiquent l'existence de 74,441 écoles de toutes natures pour l'enseignement primaire.
(2) Cette commission est ainsi composée : (Arrêtés des 30 mars, 5 avril, 2, 8 et 24 m i 1879) M. le ministre, président, te vice recteur de l'Académie de Paris, le chef du cabinet du ministre, MM. de Iîagnaux, Berger, Boutan, Bouvard, Buissox, Cadet, Garrot. Carriot, Locheris,
CoiROX,COUG\Y,DELAS,DETHOHAS,FAUUE-DujARRIC, HlPPEAU, LeROURGEOIS,
Marguerie, Mayer, Narjoux, Parrot, Bapet, Riant, Théophile-Roussel, Salleron, E. Trélat, Valdemer, Viollet-le-Dlc, Zidler.
CONSTRUCTIONS SCOLAIRES. 9
Le terrain destiné à recevoir une école doit être central, bien aéré, d'un accès facile et sûr, éloigné de tout établissement bruyant, malsain ou dangereux, à 100 mètres au moins des cimetières actuels. L'étendue superficielle du terrain sera évaluée à raison de 10 mètres au moins par élève; elle ne pourra en aucun cas être inférieure à 500 mètres. L'orientation sera déterminée suivant le climat et en tenant compte des conditions hygiéniques de la localité.
Les services seront séparés, c'est-à-dire que dans les communes où un même bâtiment contiendra l'école et la mairie, il n'y aura de l'une à l'autre aucune communication directe; l'école sera installée au rez-de-chaussée.
L'épaisseur des murs ne sera pas moindre de 40 centimètres si ces murs sont en moellons, et de 35 centimètres s'ils sont en briques. L s matériaux trop perméables, tels que les grès tendres, les mollasses, les briques mal cuites, etc., seront exclus de la construction. — La tuile sera employée pour la toiture, de préférence à l'ardoise et au métal.
Dans les groupes scolaires, l'école de garçons, l'école 'les filles, la salle d'asile, seront distincts les uns des autres. L'effectif d'un groupe complet ne dépassera jamais 750 élèves, savoir : 300 garçons, 300 filles, 150 enfants à la salle d'asile.
Le nombre maximum des places par classe sera de 50 dans les écoles à une clause, et de 40 dans les écoles à plusieurs classes.
La surface de la classe sera ca cu'ée de façon à assurer à chaque élè^e un minimum de lm,25 à lm,50. La. capacité de la classe sera telle qu'elle ait un minimum de 5 mètres cubes par élève. La forme de la classe sera rectangulaire.
L'éclaira.ge sera unilatéral, quand on pourra réunir les conditions suivantes : l°possibilité de disposer d'un jour suffisant, -2° proportion convenable entre la hauteur des t'enêire- et la largeur des classes , 3° établissement de baies percées sur la face opposée à à celle de l'éclairage, et deslinées à servir à l'aération et à l'introduclion du soleil pendant l'absence des élèves. On fera l'éclairage bilatéral lorsque les concilions qui précèdent ne pourront être réalisées; toutefois l'éclairage sera plus intense à la gauche qu'à la droite.
Disons ici que la question si importante de l'éclairage des écoles a pris naissance à la Société de médecine publique, où elle a été discutée par MM. Trélat, Jâval, Gariel, etc. (1), à la suite d'une communication de M. Emile Trélat. Les figures 1, 2, 3, 4, 5 et 6, extrades du Bulletin de la Société de médecine publique, t. II (1879), montrent suffisamment sur quelles données théoriques s'appuient les partisans de l'éclairage unilatéral et bilatéral.
(1) Voir le Bulletin de la Société', t. II et Revue d'hygiène, t. I. — Consulter aussi dans les Annales d'hygiène (1882) un imputant mémoire de noire collègue M. le Dr Bertin-Sans sur le problème de la my pie scolaire; on y trouve la description d'un appareil fort ingénieux pour mesurer l'éclairage des salles d'écoles.
Fig. 1. — Éclairage unilatéral (Emile Trélat.) — Coupe de la classe pendant l'étude. — VolHs fermés.
Fig. 2. — Éclairage unilatéral (Emile Trélai). — Coune de la classe pendant la récréation. — Volets ouverts. — S, le soleil entre abondamment dans la salle.