ENFANTS MORALEMENT ABANDONNÉS
belle étoile. Les Anglais, qui ont chez eux autant et plus que nous peut-être de ces petits vagabonds, les appellent des Arab boys. Ils sont souvent arrêtés par les agents pour le seul fait de leur vagabondage, mais parfois aussi à la suite de quelque délit comme la mendicité oùlesconduitlafaim, oubienoùles poussent leurs propres parents. Un certain nombre sont arrêtés comme voleurs et bien que la plupart du temps il s'agisse de vols de peu d'importance, de quelque victuaille enlevée à la devanture d'un cbarcutier ou de gâteaux pris chez un pâtissier ou un boulanger, ils peuvent être condamnés et pourvus pour toute leur vie du casier judiciaire, marque suspecte qui partout les dénoncera à la défiance et les empêchera souvent de se placer, de travailler, d'arriver, quelque désir qu'ils puissent avoir de se conduire honnêtement. Sans doute il y a dans notre Code un article 66 qui décide que lorsque l'accusé aura moins de 16 ans, il sera acquitté s'il a agi sans discernement ; mais le même article décide que l'enfant ainsi acquitté sera remis à ses parents (bien souvent ne le réclamant pas) ou conduit dans une maison de correction où il pourra être maintenu jusqu'à sa 20e année. On conviendra que cette loi n'a rien de paternel; on sait qu'elle est pleine de périls dans son application; on pense généralement qu'il faut la changer ; mais en attendant, il s'est fait depuis deux ans des efforts pour suppléer à l'insuffisance de la loi, pour atténuer ses imperfections. Il s'est fondé une Société
GÉNÉRALE DE PROTECTION POUR L'ENFANCE ABANDONNÉE OU COU- PABLE ; il a été créé en même temps à la direction de l'Assistance publique un Service d^s enfants moralement abandonnés.
La Société de protection de l'enfance abandonnée ou coupable a été fondée au mois d'août 188'J, grâce à l'initiative de M. Georges Bonjean, juge suppléant au tribunal de la Seine. Elle se donne pour but de recueillir les enfants délaissés qui lui sont signalés par un de ses membres ou par l'autorité judiciaire ou administrative Elle fait élever ses2nipilles, sous sa surveillance, soit dans des établissements-modèles qu'elle crée et administre, soit dans des établissements privés dont elle favorise la création ou le fonctionnement par tous les moyens en son pouvoir, soit chez des particuliers ou dans des établissements privés déjà créés. Elle encourage eu première ligne les établissements à effectifs restreints. L'agriculture, avec ou sans les industries qui s'y rattachent, constitue la base principale d'enseignement professionnel pour les pupilles de la Société.
Néanmoins, suivant leurs aptitudes, ils peuvent être appliqués à un apprentissage industriel ou maritime. La Société crée ou patronne des établissements spéciaux destinés aux jeunes détenus, conformément aux lois et règlements sur la matière; elle organise le patronage de ses pupilles, quand ils ont terminé leurs études et elle s'efforce d'établir, entre toutes
6 HYGIÈNE l)E L'ENFANCE.
les œuvres qui s'occupent des enfants abandonnés et du patronage, des liens réciproques qui leur procureront les avantages de l'association sans leur enlever leur indépendance ni leur initiative individuelle.
La Société possède à Villepreux une école rurale (École Crozatier) où l'on donne l'enseignement agricole et qui, depuis un don de 200,000 francs qui a été fait à la Société par M. et jyjme Quévreux, en mémoire de M. Crozatier, statuaire et fondeur bien connu, est plus particulièrement destinée à recueillir les orphelins des ouvriers bronziers de Paris (1).
Le Service des enfants moralement abandonnés, organisé par le directeur de l'Assistance publique, M. Ch. Quentin, avec le concours généreux du conseil général de la Seine, est une œuvre analogue à la précédente, mais beaucoup mieux comprise et dont les résultats sont dès actuellement tout à fait satisfaisants. Elle fait le plus grand honneur à ses auteurs.
Dès le mois d'août 1880, M. le directeur de l'Assistance publique développait devant le conseil général le plan de l'organisation de ce nouveau service et obtenait un crédit d'essai, pour ainsi dire. Dès le mois de janvier 1881, M. Ch. Quentin se mettait à l'œuvre; tout d'abord il prenait une excellente mesure en étendant aux enfants de 12 à 16 ans les bénéfices de l'admission provisoire au dépôt de l'hospice, pendant que leurs mères sont traitées clans les établissements hospitaliers, ou leurs parents détenus dans les dépôts de mendicité ou en prévention ; puis il fixait les catégories suivantes sur lesquelles devait désormais s'étendre la protection de l'Assistance dans le service des enfants moralement abandonnés :
1° Les enfants de 12 à 16 ans qui se trouvaient dans les mêmes conditions que ceux de moins de 12 ans admis au nombre des enfants assistés. — Il faisait ainsi disparaître cette dangereuse fiction en vertu de laquelle un enfant de 12 ans, décaissé, est censé pouvoir se passer de la protection de l'administration ;
2° Les enfants de 12 à'16 ans, de parents condamnés à des peines de plus de 6 mois;
3° Les mineurs de 16 ans arrêtés par les agents de la préfecture de police pour menus délits ou pour vagabondage ; 4° Les enfants que leurs parents, en raison d'infirmité
(l)Le siège de la Société est 47, rue de Lille. Le bureau est actuellement composé comme il suit : M. Georges Ronjean, juge suppléantau tribunal de la Seine, président; MM le Dr Th. Roussel et le pasteur Robin, vice-présidents ; M. Jules Ronjean. avocat, secrétaire; M. de Chomski, secrétaire de la Société des agriculteurs de France, secrétaire archivistebibliothécaire ; M. Rossignol, chef de la comptabilité au chemin de fer de ceinture, secrétaire-trésorier; M. le baron Alphonse de Rothschild, trésorier.