HOPITAUX SPÉCIAUX
Maternités.— Les réformes actuelles dans lesconstructions hospitalières ne pouvaient manquer de trouver leur application dans les Maternités, là où elles sont peut-être le plus nécessaires. Déjà, en 1880, M. le Dr Pinard sollicitait la Société de médecine publique de s'occuper de cette importante question, dans un mémoire concluant à l'urgence des conditions, en apparence paradoxales, qu'il fallait exiger désormais de ces établissements : « Réunir les femmes en couches en les isolant. » (Bulletin et Renie d'hygiène, 1880.)
La question, depuis cette époque, a été de nouveau discutée de divers côtés, dans les thèses de MM. lesDrs de Beurmann sur la statistique des accouchements pratiqués à l'hôpital Lariboisière, et Raymond sur la puerpéralité; elle acquiert encore plus d'intérêt par la création récente d'accoucheurs des hôpitaux.
Avant de décrire les nouvelles Maternités, nous devons faire connaître les conclusions suivantes, adoptées à l'unanimité par notre Société, dans sa dernière séance, à la suite d'un rapport de M. le docteur Thévenot :
1° Les recherches expérimentales les plus récentes, ainsi que les déductions de la clinique, permettent aujourd'hui d'affirmer que la maladie des femmes en couches qu'on désigne sous les noms de fièvre puerpérale, infection puerpérale, septicémie puerpérale, est éminemment contagieuse.
2° La contagion se fait par les tiers, par les pièces de pansements, par les instruments, par les objets qui servent à la toilette, enfin par l'air ambiant.
3° Ces causes de contagion ne peuvent être prévenues qu'autant que les Maternités ne se trouveront pas directement réunies à un hôpital général et que, dans les Maternités, les bâtiments des femmes en couches seront rigoureusement séparés des infirmeries.
4° Les femmes accouchées doivent être isolées au moins dans les six premiers jours qui suivent l'accouchement. Les femmes, apportées du dehors et suspectes, seront isolées dans des bâtiments spéciaux.
5° Il y aura un personnel médical et un personnel d'infirmiers, d'une part pour le service d'accouchements et, d'autre part, pour le service des infirmeries.
6° Le personnel médical devra s'abstenir de pratiquer des autopsies, de faire des dissections, de manier des pièces anatomiques, de faire des pansements chirurgicaux.
7° Dans les Maternités on emploiera les différents moyens et méthodes de désinfection . Toutes les précautions antiseptiques devront être prises.
8° Les bâtiments destinés à recevoir les femmes en couches doivent être isolés, ne contenir qu'un petit nombre de chambres ayant chacune un lit, et être aérés sur toutes leurs faces .
9° Les mesures recommandées dans ces derniers temps pour assurer la salubrité des locaux hospitaliers seront a fortiori appliquées dans les Maternités.
10° Une étuve à désinfection sera installée dans chaque Maternité.
Maternité de Paris, Pavillon Tarmer. — ILy a vingt ans, la Maternité de Paris était comptée parmi les maisons d'accouchements les plus meurtrières ; elle avait le triste privilège de l'emporter sur l'ancienne Clinique d'accouchements de la Faculté qui, par l'exiguïté- de son local, le voisinage de la clinique de chirurgie, plus encore par le voisinage de l'Ecole pratique, se trouvait dans les plus déplorables conditions hygiéniques. De 1858 à 1869, pendant une période de douze années, la moyenne de la mortalité fut de 9,31 pour 100. Or, pendant la période des douze années suivantes, de 1870 à 1881, cette mortalité s'est abaissée à 2,32 pour 100. A quoi attribuer ce changement? M. le D1' ïhévenot, dans son rapport à la Société de médecine publique , auquel nous ferons plusieurs emprunts,après avoir fait ces remarques et posé cette interrogation, reproduit en partie les explications fournies par notre collègue M. le D1' Tarnier, dans le discours qu'il a prononcé, le 24 juin 1882, à la distribution des prix aux élèves sages-femmes de la Maternité (Progrès médical), discours auquel était annexé le diagramme très significatif que nous représentons fig. 193. On y peut voir que dans la série des douze premières années, la