‹ L'etude et les progrès de l'hygiène en FranceChapitre 84 sur 174 · NOURRICERIE DE L'HOSPICE DES ENFANTS-ASSISTÉS · texte numérisé non relu

NOURRICERIE DE L'HOSPICE DES ENFANTS-ASSISTÉS

pour diphtériliques y avait été élevé, que la visite du service se terminait toujours par ce pavillon, possédant d'ailleurs un personnel spécial, rigoureusement séparé, que des pulvérisations phéniquées étaient continuellement pratiquées dans les salles où sont les entants atteints d'affections contagieuses, et qu'on s'occupait de créer dans le vaste parc de cet établissement d'autres pavillons d'isolement.

Toutefois, pendant l'année 1881, par exemple, si, sur 581 décès constatés à l'Hospice des Entants-Assistés, 394 sont survenus chez des enfants entrés malades et qui n'ont fait que passer directement du dehors à l'infirmerie, il n'y en a pas moins eu 187 qui ont eu lieu chez des enfants devenus malades dans la maison même. Et 31. le Dr Béclère, dans une thèse récente, constatait également qu'en 1881, dans un seul des trois services des maladies aiguës de cet hospice, par suite de communications constantes entre les salles, 119 enfants ont été atteints de rougeole dont 52 cas contractés manifestement à l'hôpital, 43 dans le service même, 2 dans le service des teigneux et 7 dans le service des ophtalmiques ; sur ces 52 cas hospitaliers, on a compté 30 décès, soit 57,68 0/0. De promptes mesures doivent être prises pour remédier à un si douloureux état de choses; M le ministre de l'intérieur s'est empressé de charger MM. les inspecteurs généraux, nos collègues, Drs Foville et Limier, de lui fournir à cet égard les indications nécessaires.

Nourricerie du Dépôt des Enfants- Assistés à Paris ;V alimentation artificielle des nouveau-nés. — Parmi les améliorations obtenues depuis quelques années au Dépôt, la plus importante à coup sûr est l'installation d'une Nourricerie pour l'alimentation artificielle des nouveau-nés et tout particulièrement des nouveau-nés syphilitiques.

Dans la séance du 25 mars 1880, sur le rapport de notre collègue M. le Dr Tbulié, le Conseil municipal de la Ville de Paris avait adopté unprojet relatif à la création de cette Nourricerie; elle sera placée, dit la délibération du Conseil, sous la surveillance de M. le professeur Parrot ; des étables élevées dans l'hospice recevront des vaches, desânesses, des chèvres, des chiennes et des juments, de telle façon que les enfants reçoivent au moment même de la traite un lait pur, et que les avantages attribués au lait de ces divers animaux puissent être vérifiés et contrôlés.

Le 25 juin dernier, M. Parrot communiquait à l'Académie de médecine les résultats suivants obtenus dans cet établissement, du 2 juin 1881 (date de son ouverture) au 24 février 1882 :

« 86 enfants atteints de syphilis héréditaire ont été allaités à la Nourricerie. Par suite de circonstances particulières, 6 ont pris exclusivement du lait de vache à l'aide du biberon ; un seul a guéri, les 5 autres ont succombé.

« 42 ont été nourris au pis de la chèvre, 8 ont guéri, 24 sont morts (mortalité : 80,9 0/0).

« 38 ont été nourris au pis de l'ânesse ; 28 ont guéri, 8 sont morts (mortalité : 26,3 0/0).

« Ces chiffres mettent en évidence la supériorité du lait d'ànesse sur celui des autres animaux ; aussi, en manière de conclusion, M. Parrot formula les propositions suivantes d'un caractère éminemment pratique :

« A défaut d'une bonne nourrice, l'allaitement direct au pis des animaux peut rendre de grands services. Il est franchement indiqué pour les enfants atteints de syphilis héréditaire. L'ânesse, par sa sobriété, par la manière dont elle supporte la stabulation prolongée, surtout par la constitution chimique de son lait, qui le rapproche beaucoup de celui de la femme, tient le premier rang parmi les animaux qui peuvent être utilisés pour l'allaitement artificiel. Viennent après : la jument, la chèvre et la vache.

« Une ânesse en pleine lactation ne peut nourrir efficacement que trois enfants, âgés en moyenne de cinq mois.

« Le nombre des tétées, dans les vingt-quatre heures, varie de six à huit ; il sera d'autant moins considérable que les enfants seront plus âgés.

« Là où la chèvre pourra vivre en liberté et trouver ses aliments de prédilection, on la substituera sans inconvénient à l'ânesse .

« Dans la thérapeutique de l'enfance, le lait d'ânesse doit tenir une place importante ; il est particulièrement indiqué dans les affections gastro-intestinales ; exceptionnellement, il remplace avec avantage le lait de femme.

« Toutes les maisons hospitalières destinées à l'assistance des nouveau-nés et des enfants du premier âge, sains ou malades, devront être pourvues d'une nourricerie où l'on entretiendra, proportionnellement à leurs besoins, des ânesses et des chèvres.

« Les locaux affectés à ce service seront disposés dételle sorte que l'étable où séjourneront les animaux soit d'un accès facile.

« Une comptabilité régulière du poids des enfants, pris trois fois par semaine, donnera des renseignements exacts sur le mouvement de leur nutrition, et servira de point de départ aux modifications qui devront être apportées dans leur régime alimentaire.

« Deux enfants, et trois au plus, devront être soignés par la même personne. »

Grâce à M. le Directeur de l'administration de l'Assistance publique, nous pouvons reproduire ci-après (fig. 209, 21 0 et 21 1) les plans de cette Nourricerie, pour laquelle M. l'architecte Gallois a bien voulu nous fournir les indications techniques suivantes :

NDURRICERIE DE L'HOSPICE DES ENFANT SASSISTÉS. 303

La construction, isolée au milieu des jardins et conçue dans les conditions d'une rigoureuse économie, mais sans négliger les précautions nécessaires pour mettre les enfants à l'abri des influences atmosphériques, se compose de murs en moellons avec plancher hourdé et couverture en mile.

Un vaste rez-de-chaussée, de forme rectangulaire très allongée, orienté au nord et au sud, renferme deux salles de 10 mèires de longueur et 5 mètres de largeur contenant chacune huit berceaux et quatre lits de filles de service.

Les salles sont séparées par une office en communication avec l'écurie renfermant les animaux, et placée perpendiculairement au corps de logis principal. Les murs de celte écurie ont été construits en pisé.

De petites dépendances pour les besoins du personnel accompagnent ces deux salles.

Chaque salle est éclairée par une porte-croisée, sur le pignon, et par trois croisées sur chaque face ; ces croisées sont disposées de manière à ce que la partie supérieure soit seule ouvrante.

Au centre de chacune des salles, est un appareil de chauffage renfermant deux foyers adossés, à feu apparent, du système de la Compagnie parisienne du gaz et dans lesquels on brûle du coke. Cette disposition a le double avantage de mieux ventiler la salle et d'assurer un chauffage suffisant.

Deux appareils à gaz donnent, pendant la nuit, la lumière dans chaque salle. Us sont munis d'un réflecteur spécial avec cheminée d'aération sortant sur le toit, de manière à entraîner en même temps à l'extérieur les produits de la combustion du gaz et une partie de l'air vicié de la pièce.

Un appareil semblable éclaire l'office.

Le sol est en bitume pour faciliter les lavages fréquents; les murs et les plafonds, dont tous les angles rentrants sont arrondis, sont couverts de badigeon à la chaux, renouvelé aussi souvent que cela est nécessaire dans l'intérêt de l'hygiène.

L'office, qui n'est séparée des deux salles voisines que par des cloisons vitrées afin d'assurer une surveillanc e constante, renferme un fourneau avec coquemard, et des armoires pour le linge et les ustensiles.

Entre l'office et l'écurie est un dégagement où se fait le lavage de la vaisselle, afin d'éviter toute mauvaise odeur dans le service; sur l'un des côtés s'ouvrent des trappes par lesquelles on jette, sans aller au dehors, le linge sale dans les coffres extérieurs, d'où il est chaque jour enlevé et transporté à la buanderie.

Les autres dépendances placées au long du pignon ouest et construites en menuiserie, sont affectées à l'usage exclusif et personnel des filles de service.

L'allaitement, tenté d'abord à l'aide de chèvres, a dû être abandonné et on y a substitué avec grand succès l'allaitement direct par des ànesses qui ne doivent pas être séparées de leurs petits.

La couveuse de la Maternité de Paris. — Allaitement artificiel des nouveau-nés à la Maternité de Paris. — Dans le même temps, notre collègue M. JeDrTarnier, dans le but d'éviter les accidents auxquels expose si fréquemment l'allaite-

ment mercenaire, alors que la nourrice, continuant à allaiter son propre enfant, ne donne à son nourrisson que le lait de vache dont elle dispose, résolut de soumettre l'allaitement artificiel à des investigations précises.

Ces investigations sont reproduites dans le livre qu'il vient de publier, avec notre regretté collègue M. le Dr Chantreuil, sous le titre de : Physiologie et hygiène de la première enfance considérées surtout au point de vue de l'alimentation (1). Il l'a présenté à l'Académie de médecine dans la séance du 2o juin 1882, et ses recherches servent de base à la discussion à laquelle l'Académie se livre actuellement sur cette question. M. Tarnier essaya d'abord, en 1880, l'allaitement à l'aide de la chèvre, directement au pis de l'animal et aussi en donnant le lait soit pur, soit en le coupant de différentes façons ; les résultats ont toujours été plus que défectueux. Il donna ensuite le lait de vache pur et coupé avec de l'eau sucrée, de l'eau ordinaire, de l'eau distillée, de l'eau chargée de mucilage, de décoctions de substances féculentes, etc., il a toujours échoué; il en a été de même avec les préparations nommées lait condensé et crème de Biedert. Il eut alors recours au lait d'ànesse, qui a été mis en usage à la Maternité depuis le 23 août 1881. Dès ce jour, la digestion des enfants devint excellente. Tout fut simplifié dans l'alimentation des nouveau-nés et la mortalité diminua manifestement.

M. Tarnier estime donc que de tous les aliments employés dans l'allaitement artificiel, le meilleur est le lait d'ànesse, qui depuis plus de quinze mois lui a donné d'excellents résultats ; mais après six semaines ou deux mois, ce lait devient insuffisant et il convient de le remplacer par du lait de vache convenablement coupé. Il ajoute que d'une manière générale, si l'allaitement artificiel donne des résultats aussi désastreux que ceux qui sont partout enregistrés, c'est qu'il est mal, très mal conduit, au hasard, sans règle aucune. La première chose à faire est de supprimer le biberon, ainsi qu'on l'a fait à la Maternité, et de donner le lait au verre ou à la cuillère ; enfin, presque toujours le lait de vache est mal coupé. Pour un enfant nouveau-né, pendant les huit premiers jours, il faut donner un mélange fait avec un quart de lait et 3 q îarts d'eau sucrée (5 de sucre p. 100 d'eau). Ce n'est que progress. veinent que la quantité de lait doit être augmentée jusqu'à l'âge de six mois, où le lait doit être donné pur. En résumé donc, le mieux est de donner du lait d'ànesse, pendant six semaines ou deux mois, puis du lait de vache coupé d'eau par moitié.

En 1878, M. le Dr Tarnier, en visitant les couveuses artificielles installées par M. Odile Martin au Jardin d'acclimatation

(i) Paris, H. Lauwereyns. éditeur, 1882.

de Paris pour l'élevage des volailles, eut l'idée de se servir de ces appareils pour les enfants nés avant terme; à la fin de 1880, il pria l'inventeur d'en construire un modèle spécial pouvant posséder une aération suffisante pour les enfants qui y seraient placés.

M. Odile Martin se mit aussitôt à l'œuvre et, après différents essais, il construisit le modèle reproduit ci-contre (fig. 212 et 213), dont M. le Directeur de l'Assistance publique se propose de doter la pluparl des établissements de Paris.

Cet appareil se compose d'une caisse de 0m,80 sur 0m,70 et 0m,70 de hauteur, divisée en deux parties, l'une supérieure et l'autre inférieure. Une double enveloppe, rembourrée de sciure de bois, empêche la déperdition de la chaleur, ainsi qu'un double châssis vitré qui couvre le haut de l'appareil tout en permettant de surveiller l'entant et le thermomètre.

La partie inférieure est occupée par un réservoir B contenant environ 60 litres d'eau et qui repose sur des tasseaux G percés de trous. Le réservoir est en communication avec le thermo— iphon à lampes (inventé par M. Odile Martin, père), placé à l'extérieur, au moyen de tuyaux de plomb.

La partie supérieure C ou chambre chaude est occupée par une corbeille carrée D destinée à recevoir deux enfants et qui glisse sur deux coulisseaux faisant face à une porte rembourrée F qui s'ouvre sur le devant de l'appareil pour faire fonctionner les couveuses; on introduit l'eau au m- yen d'un entonnoir par l'ouverture H du thermo-siphon jusqu'à ce que le trop-plein I avertisse que le réservoir est plein. La première fois, il suffit de chauffer quelques heures avec la grosse lampe pour atteindre la température demandée, Ensuiie on chauffe 3 ou 4 fois par jour quelques instants seulement pour entretenir la température. Dans tous les cas, on ne chauffe jamais qu'après avoir retiré l'enfant et l'avoir remis, soit pour le changer, soit pour l'allaiter. Le thermomètre pendant ce temps est descendu et l'on reut alors le voir remonter graduellement ; pour obtenir une température de 30° C, il faut éteindre la lampe à ->8° et chauffer autant que possible à intervalles réguliers, c'est-à-dire toutes les 8 heures ou toutes les 6 heures. Le thermomètre doit être placé horizontalement près de l'enfant ou entre les deux, s'il y en a deux. L'aération dans un appareil de ce genre est d'une grande importance; l'air s'y introduit par l'ouverture J (fig. 21 2), passe entre les tasseaux G qui supportent le réservoir et se divise en passant par les trous pratiqués à travers ces tasseaux. L'air, ainsi divise, monte en se réchauffant tout autour du réservoir par l'esnace L qui a été ménagé à cet effet entre le réservoir et la double enveloppe et enfin anive dans la chambre à air C où il forme un bain uniforme de douce chaleur.

Pour renouveler cet air qui est vicié par la présence de l'enfant, 4 ouvertures M sont ménagées en dessus de l'appareil près des châssis vitrés et font office de cheminées d'aspiration.

Si pour une raison quelconque on ne veut pas se servir du thermosiphon à lampe, cet appared peut fonctionner à renouvellement d'eau, c'est-à-dire que 3 ou 4 fois par jour on retirerait par le

{Fig. 212 et 213.) Couveuse de la Maternité de Paris; me perspective et coupe (M. Odile Marlin, constructeur.)

robinel, un certain nombre de litres d'eau refroidie que l'on remplacerait par un nombre égal de litres d'eau bouillante. Le thermo-siphon est plus commode et donne une régularité parfaite.

Quant aux résultats obtenus avec cet appareil, il suffit pour en reconnaître la grande valeur de jeter les yeux sur le tableau de la page suivante, que nous devons à l'obligeance de M. le Dr Tarnier:

Tableau.

MATERNITI

RENSEIGNEMENTS STATISTIQUES SUR LES 35 ENFAN1 i

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