CHAPITRE VIII
Patliogénie et prophylaxie des maladies épidémicfties et contagieuses.
PATHOGÉME ET PROPHYLAXIE DES MALADIES ÉPIDÉMIQUES ET CONTAGIEUSES EN GÉNÉRAL.
Bases actuelles de la pathogénie et de la prophylaxie. — Un certain nombre de recherches et de découvertes dominent aujourd'hui l'étude et la prophylaxie des maladies épidémiques et contagieuses ; la plupart sont de date toute récente et les nombreux travaux qu'elles suscitent chaque jour montrent déjà quel avenir s'ouvre dans cette voie féconde. Il semble que la liste des « maladies évitables », pour employer l'expression de notre collègue, M. le Dr Arnould, tende de plus en plus à s'agrandir; aussi l'hygiène publique voit- elle s'ouvrir devant elle des horizons qu'elle espérait à peine pouvoir jamais atteindre ; elle entrevoit désormais des victoires dont les conséquences ne sauraient tarder, pour peu qu'on mette l'organisation de ses services et son enseignement en harmonie avec l'importance de ses découvertes. Nous verrons, aux deux chapitres suivants, ce qui a été déjà tenté dans cette dernière direction ; en ce moment nous devons montrer, aussi succinctement que possible, quels résultats ont fourni en France, depuis quatre ans, l'étude et les progrès de la pathogénie et de la prophylaxie des maladies épidémiques et contagieuses.
Ces résultats sont ; la découverte de l'atténuation des virus et des méthodes propres à l'obtenir, les recherches sur la nature parasitaire d'un certain nombre d'affections contagieuses, l'étude des alcaloïdes cadavériques complétée par la découverte d'alcaloïdes toxiques dans les produits •normaux d'excrétion, l'étude de plus en plus approfondie des maladies et des milieux épidémiques et, enfin, au point de vue prophylactique, les mesures prises pour prescrire et exécuter l'information officielle, la désinfection, l'isolement et la vaccination en certains cas, tant pour les maladies contagieuses de l'homme que pour celles des animaux.
Ferments et maladies. — Les ouvrages ne manquent pas qui ont déjà rassemblé les découvertes ainsi acquises et les matériaux préparant celles de l'avenir ; au premier rang, il faut assurément placer celui dans lequel notre ancien président,
M. H. Bouley (de l'Institut), a reproduit les leçons de la première année de son cours de pathologie comparée au Muséum d'histoire naturelle de Paris. Dans le Progrès en médecine par l'expérimentation (Paris, Asselin, 1882), se trouve en effet un exposé des plus complets des « grandes découvertes que la méthode expérimentale seule pouvait permettre de faire sur la nature microbienne d'un certain nombre de maladies contagieuses, sur la culture des microbes de ces maladies et sur la transformation par la culture de l'énergie virulente excessive de ces microbes en activité vaccinale ».
L'un des aides habituels de M. Pasteur, M. Chamberland, a résumé, d'autre part, l'ensemble des travaux de son illustre maître dans une conférence faite l'hiver dernier, à laSorbonne, sur le rôle des êtres microscopiques dans la production des maladies {Revue scientifique, 1882).
Un livre récent de M. le Dr Duclaux, intitulé : Ferments et maladies (Paris, G. Masson, 1882), est plus explicite encore. Sa première partie est en effet consacrée à l'étude des ferments ; elle comprend l'histoire de la méthode, l'origine des êtres microscopiques, la répartition des germes vivants dans les airs, les eaux et les lieux, la nutrition et le développement des êtres microscopiques, aérobies et anaérobies, des ferments du sucre et des matières azotées, et se termine par une conception physique de la vie telle que, « la vie se trouvant liée à une certaine constitution physique et chimique, la maladie nous apparaît tout naturellement comme la résultante de modifications survenues dans cette constitution ». La deuxième partie a pour but l'étude de ce que l'auteur peut désormais appeler les maladies homéogènes, c'est-à-dire ayant ce caractère commun, que, pendant qu'elles se développent, se reproduit aussi ce qu'il faut pour en donner de toutes pareilles à un être sain : la gale, les urines ammoniacales, la maladie des corpuscules ou pébrine des vers à soie, les maladies charbonneuses (les virus et vaccins), le choléra des poules, la septicémie, la malaria ou fièvres paludéennes, la fièvre typboïde. M. Duclaux dresse ensuite, à l'aide des travaux lés plus récents, la liste des maladies dont il considère la nature parasitaire comme désormais reconnue : l'infection purulente, les furoncles, la fièvre puerpérale, le charbon symptomatique, la péripneumonie contagieuse, la fièvre récurrente, la pneumonie-entérite des porcs, la clavelée, la variole, la vaccine, l'érysipèle, la diphtérie, la tnberculose. Ce livre se termine par une courte étude de la prophylaxie de ces affections.
Nous ne saurions ici, on le conçoit, même énumérer les travaux entrepris pour l'étude des infiniment petits de toutes ces maladies qu'on sait aujourd'hui « résulter de l'envahissement de l'organisme par quelque chose venu du dehors » (Duclaux);