‹ L'étude expeŕimentale de l'intelligence (volume 2)Chapitre 2 sur 19 · SQ · texte numérisé non relu

SQ

Vu

az L'ÉTUDE EXPÉRIMENTALE DE L'INTELLIGENCE

ces influences; il est clair que la manière dont Margui décrit un objet qu’on lui montre pourrait se modifier elle jetait un coup d'œil sur une description écrite par si sœur. C'est mème pour ce Lest de description qu'on doi le plus redouter l'influence de l'imitation.

Aussi, ai-je toujours, ou presque toujours, fait la pre mière épreuve successivement, et, sans aucun intervalle de temps, sur Les deux jeunes filles, et par conséquents elles y arrivaient sans idée préconçue. Au reste, je demande comment elles auraient pu échanger des conlis dences sur leur manière de faire des associations d'idées® illeur aurait fallu prendre conscience de leur type intel lectuel; cela me paraït assez difficile. Voici pourquoi.

Ce n’est que très tard que je me suis aperçu que les deux fillettes appartiennent à des Lypes très différents, el que ces deux Lypes sont assez accusés pour mériler chacun un nom. Ainsi que nous le verrons peu à peu, Mareuorill représente assez bien le type observateur, et Armande l& lype imaginatif; mais je n'avais nullement songé à ces épithètes, encure moins forgé une théorie avant de com niencer ces recherches.

Pour savoir au juste comment se forme la pensée d'une personne, ne serait-il pas très simple de laisser cetle pers sonne penser en liberté, puis de lui demander la notations par écrit de toutes les pensées qui lui sont venues etde l'ordre dans lequel elles se sont succédé? Séduit par læ simplicité de cette expérience,je l’ai essayée plusieurs fois avec les deux fillettes. Je leur demandais de fermer 1esm yeux pendant quelques minutes, de selaisser aller au cours nalurel de leurs idées, sans fixer intentionnellement leur attention sur un objet en particulier, puis de décrire par

16 L'ÊTUDE EXPÉRIMENTALE DE L'INTELLIGENCE % que j'ai faites avec lui, m'est demeuré insaisissable, car il ne n'a jamais livré que des souvenirs d’érudition: Noici, à litre de curiosité, ce que donne un enfant d'écolé; il n’y a pas d'analyse logique, bien entendu, et il n’y & guère de sincérité, à ce qu'il me semble : :

| J'ai pensé à mes parents, à ma patrie, aux hommes en général, à mon grand-père, à mon frère, à l'école, aux défauts, aux hommes anciens de l'époque préhistorique.

Je crois qu'il y aurait peu de chose à tirer de cette dernière expérience pour connaître le contenu mental du M jeune Gr.

ÎDe ce premier essai d’expérience, jeCrapprocherai un autre, que j'ai fait quelque temps après sur les mémes fillettes, et qui ajoutera quelque précision aux résullais précédents. Je demande à ces deux enfants de répondre par écrit à la question suivante : « Vous arrive-t-il, parfois, dans la journée, de révasser, c'est-à-dire de rester à ne rien faire, pour laisser la pensée aller comme elle veut? Dans ces réveries, à quoi pensez-vous en général? » Marguerite est un peu embarrassée pour répondre, car, dit-elle, « il n'arrive bien rarement d’être entièrement désœuvrée ». Après cette réflexion, elle indique un certain nombre d'exemples de pensées précises, qui ne paraissent pas avoir le caractère de réveries. Je cite: « Il me semble que je pénse parfois à ma leçon de piano, el je me demande si je la saurai.

« Ou bien, je pense à la bicyclette, que c'est ennuyeux de ne pas en faire, que je voudrais être à S... pour L xoir Margot, etc., etc.

«Mais tout cela, je crois que je le pense aussi bien, M lorsque je fais quelque chose; je ne me souviens pas être M restée sans rien faire, el savoir à quoi je pensais. » | |

Gette aulo-analyse, à caractères surtout négatifs, ne devient intéressante que si on la rapproche de celle d'Ar:

18 L'ÉTUDE EXPÉRIMENTALE DE L'INTELLIGENCE y

ques années, et prétend que le changement provient d’une amélioration dans l’élat de sa santé; elle a vu en mêmi temps, et pour les mêmes causes, pense-t-elle, s’affaiblir son audition colorée! Une jeune fille de 18 ans, Çame,

connaît bien l’état de réverie et m'en donne une longüën description. Sa rèverie est assez profonde pour qu'elle oublie l'endroit où elle se trouve. En général, l'état débute ainsi : son regard se fixe sur un point et devient immo- |

bile. La veille, par exemple, revenant en bicyclette de F..…,

elle s'arrête sur le pont du chemin de fer, pour attendre

ua omnibus ; elle s'approche d’une petite affiche indiquant les heures de départ de l’omnibus; tout en lisant, elle sent que son regard devient fixe et s'immobilise sur l'af= fiche, et elle commence à rèver. Je remarque que ni Ar mande, ni Marguerite n’ont pu me donner une description aussi complète de la réverie, ce qui prouve vraisemblable ment qu'elles n'ont pas une nature aussi révasseuse que Came.

Laissant de côlé ces premiers lests, qui ne donnent que des indications, je vais exposer les résultats obtenus avec mes tests d'idéalion.Le premier de ces Lesls consiste

Dà faire écrire à une personne une série de mots; ensuite; onlui demande d'expliquer le sens qu’elle a attaché à cha que mot écrit, et par quelle associalion elle a passé d'un

. mot au suivant. Les mots écrits ne sont là que comme des

“points de repère, qui permettent au sujet de mieux anas

tion.

Je désigne cette épreuve sous le nom de recherche des

sujet pendant qu'il fait l'exercice, préoccupation qui donne

à sontravail un caractère artificiel; car penser librement

ce n'est pas du tout chercher des mots. Ce travail auquel » on oblige le sujet & toutefois l'avantage de le rendre à peu

mots À ce nom exprime bien la préoccupation constante du, |

Ayser après coup, par le souvenir, ses phénomènes d'idéa=

particulier,» Marguerile ayant bien compris mon explicas tion, j'ai relu à haute voix chaque mot d’un ton interrogast} lil, et sans rien ajouter; elle me donnait son explication#, puis quand je l'avais écrite, je lui posais quelques question générales. Dans les premières séances,je me suis Loujourss proposé de fixer le sens des mots,plutôt que le mode l'ap= parition des idées, je ne me suis occupé de ce DE point que beaucoup plus tard.

Ÿ Les expériences avec Armande ont eu lieu à partir du 18 septembre, et toujours le malin, elle a fait 5 séanc * ef écrit 300 mots. Nous avons done 620 mots à étudien pour savoir si notre test est bon à quelque chose, J'ai recommandé aux deux fillettes de ne point parler entre elles de ce qu'elles écrivaient.

Ce sont des expériences très longues et peu récréativess La durée de l'écriture pour les séries de 20 mots n'est pas evnsidérable, elle ne dépasse pas 4 minutes; ce quie long et infiniment plus Long, c'est l'analyse mentale: | chacun des mots écrits; l'expérience totale, pour les 60 mots. dure environ 70 minutes.

| Les deux sœurs ont écrit leurs séries de 20 mots avec une rapidité assez différente. Les temps de Marguerite 1sont à peu près ceux des enfants d'école; ils varientientre 4 m. 45’ et 3 m, 20’; la rapidité d'Armande est supérieures "pour olleles temps varient entre { m.35” et 2 m.1B/;rien n'est plus difficile que de connaitre la cause de cette diffs rence de vitesse dans l’idéation, et je renonce à choisit parmi plusieurs explications possibles, telles que richesses 2? des idées, vivacité des idées, défaut de choix et de réflexion, ete,

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