‹ L'étude expeŕimentale de l'intelligence (volume 2)Chapitre 3 sur 19 · GLASSIFIGATION PSYCHOLOGIQUE DES MOTS ÉCRITES · texte numérisé non relu

GLASSIFIGATION PSYCHOLOGIQUE DES MOTS ÉCRITES

Je passe à la question principale que je me suis proposés d'élucider avec le testdes 20 mots; c’est celle de la natur@

faire une plus grande attention aux mots parce qu'elle savait d'avance qu'elle aurait vestions.si bien que de a 1" àla 16° s

qu'en ons qu’elle aurait à donner. C mande, le nombre total de mots se plus grand, il est de 84, soit 1 portion ne diminue pas Era lement ee cours rience. Je note tout de suite que lorsqu'Armande pas répondre à mes interrogations par autre € je ne sais pas », elle paraît très contrariée, honteuse,comme | quelqu’ un qui est en faute. De de confusion est si fort chez elle que j'ai été 0 sieurs fois de la rassurer, en lui affirmant qu’oi d'oublier, et que, du reste, elle est-toujours libre l'expérience comme elle l'entend, Il y a donc entre les deux sœurs une di ade; l’une, Marguerite, fixe beaucoup mieux 4 ir l'attention sur le sens de ce qu'elle écrit. u'une différence de fait, et il reste à en étation psychologique, ce qui est fort dif D'où vient la différence?

Je trouve cinq explications, qui me paraissent . ment possibles, el entre lesquelles j'hésiterais bea "à choi L'amnésie. + La rapidité de l'écriture produisant l'inconscience du sens des mots qu'on écrit.

. L'état de distraction.

k Le goût du verbalisme.

or, quelle est la valeur d'un résullat, me, ü pas être interprété?

2° Noms d'objets présents.

Le second groupe est formé par des noms d'o sont dans la pièce où l'on fait l'expérience. Il est at très souvent à Marguerite de jeter un coup d'œil d'elle et d'écrire les noms d’objets qu’elle voit sur la ! sur lesmurs, ou autour d'elle; souvent,elle cherché tairement des noms d'objets autour d'elle, elle en parfois des noms d'objets à la personne de | i tateur, elle écrira son lorgnon, son œil, sa main, parfois encore elle note les bruits qu’elle entend, de dans la pièce voisine, un roulement de voiture dans parfois aussi elle écrit les noms d'objets qu'elle elle, ses vêtements, diverses parties de sa personne:

Cette influence du milieu extérieur sur Vid Marguerite a été considérable; il n’y a pas moins mots (environ le 2/5 de tous ceux qu'elle a écrits) qui, simplement des noms d'objets environnants; de ces abjets a même augmenté au cours de l’e Armande a écrit aussi un certain nombre de noms d'o présents; mais ce nombre est bien plus faible, 1 en a 120, et Armande seulement 30; de plus, à que l'expériencese répétait,Armande none le no: de ces mots,ce qui est juste le contraire de ce qu'a sœur. On pourrait encore remarquer qu'Armande quefois écrit des mots qui n'étaient pas des noms présents, mais qui étaient suggérés par eux;

dans la mème catégorie ces diverses espèces de mol on faisait la distinction, le nombre 30, qui représente» mots d'objets environnants écrits par Armande, serai core diminué,

p souvent, car elle ne cessait de répéter, rs: « Je ne suis plus qu'écrire », elle regardai ur d'elle, et elle écrivait un nom d'objet présent. Q «ll | interrogée sur ce point, et elle m'a dit « qu'il à ‘semble que c'est plus facile » d'écrire les noms d'objet présents. Par conséquent, si on faisait état de ces pt on devrait conclure que 2 fait de nommer

Lencore de ce qu'on ost à éonrtd'ilées,

2 est observateur. =

Il y à des intelligences qui sont ainsi faites qu’ perdent jamais Le contact avec le monde extérieur ; vivent d'observalions; Marguerite me paraît bien ce Lype; d'autres tests nous montreront très nell qu'elle appartient au Lype observateur.Les deux tions précédentes ne sont pas contradictoires, peul - renferment-elles toutes deux une part de vérité.

3° Motss’appliquant à la personne

En relisant les mols écrils par mes deux svjets, ÿ l ion de faire une remarque qui m'a paru assez » pente pour mériter uno mention spéciale; celle ue porte sur l’idée de la personne, Cette idée, de nous là possède; elle nous accompagne partout ; nt, nous avons le sentiment de notre être ph et moral, eL nous rapportons à cet être nos élats de. science, nos volitions et nosfsensations, C'est une d intéressante, mais fort obseure encore, que celle de en quoi consiste celte idée de la personne, avec q éléments elle est faile, et quel rôle elle remplit dans opérations mentales. C’est surtout la méthode pathologiqi qui a servi à éclairer celle question, et on sait que Jan d'après ses études sur les hystériques, a admis que actes intellectuels sont accompagnés d'une perce

ici presque complètement, les souvenirs d'érudi

äun ‘éiranger; ces souvenirs Fe rie tres, relatifs à l'école et à la rue. En outre, on souvent dans leurs séries de mots un élément qui

exemple des mots d'histoire, de géographie, de est certain qu'une personne en expérience s'adapte périmentateur, et que les élèves d'école primaire m'onk surtout traité en professeur — d'où leurs souvenirs d'érus dition, Landis que les deux fllelles n'ont vu en moi qi parent; le personnage professeur s'était effacé, Peu y'a-t-il aussi une autre raison. J'ai remarqué que ces fillettes n'ulilisent pour ainsi dire jamais des souvenir leurs leçons ; elles savent un peu d'histoire, de géograpl de physique, d'histoire naturelle; ces notions ue pa sent pour ainsi dire jamais dans leurs conversalions, dehors des heures de classe.

J'ai remarqué le mème fait chez plusieurs femme monde, possédant leur breveL supérieur, et dont la versation ne laisserait jamais soupçonner ce fonds , d'instruelion, ee qui ne les empêche pas, bien ent d'être des femmes intelligentes et fines. Il semble q qu'on leur a appris est resté à part dans leur intellig ne s'est pas mêlé au cours de leurs idées, bref n’a pas/été ‘assimilé. à

Le nombre des mots-souvenirs écrits par les” sœurs esl très différent, bien que la répélition des rieuces cût dû égaliser les nombres, s’il n'y avait e qu'un fait accidentel, Marguerite a écril 172 mol venirs et Armande n'en a écrit que 88; ici encore, nous. rencontrons une différence absolument nette, et om tenté de l'altribuer à ce fait qu'Armande a une m bonne mémoire que Marguerite ; mais celle explication ni suffit vraiment pas; une inégalité de mémoire, si “qu'elle soit, n'explique pas comment Armande, qui passionaée pour la bicyclelte, n'a presque jamais écrit de

Fe

i d'ordinaire à des objets faisant partie

appartement, jardin el rue; c’est encore de Ia … dansl'espace. Celle-cidomine donc les associat

de Marguerite. Je trouve que ce mode

idées est exclusif de l'imprévu et de l

le comprend du reste, puisque l'association

guïté est essentiellement une force con:

restaure les états de conscience anciens, dans

ils se sont déjà présentés, el n'y ajoute rien

Si, en outre, on se rappelle que Wundt associations-là des associations externes, par aux associations par ressemblance, qu'il nom d'associations internes, on comprendra ç ÿ naturel de rencontrer beaucoup d'associ dans l'idéation de Marguerite, qui appartient ment au type observateur.

L'idéation d’Armande étant, comme nal plus variée que celle de Marguerite, on doit s': ce que les associations qui fonctionnent chez aussi plus variées. Les documents que j'ai e: me permeltraient de faire cette étude d

- complète ; Armande s’est expliquée sur ses pour les 300 mots qu'elle a écrits.

Mais je pense que, comme il s'agit ici sim comparer deux sujets, ce sera suffisant de série de 80 mots d'Armande et de les dépoui dit que la moitié de ses associations restent i

Un autre trait de son idéation est l'ab où presque complète d'associations par co l'espace,

Lorsqu'Armande évoque un souvenir, ce sb fournit pas plusieurs mots; il s’épuise en un m et aussitôt après il y a ua changement dans la de la pensée; aussi ne trouve-t-on pas dans qu'elle écrit plusieurs mots qui font revivre de

* Là at pas par une autre; il ne s’est done ent parler, d'associations d'idées. J ajouter que je prenais loutes les nécessaires pour ne pas influencer mes Suj étaient écrits d'avanec et visibles de moi seul d'une voix blanche, j'évitais de regarder crainte de le distraire ou de le troubler, lat - réponse sans montrer d'impalience et je!

faire de critiques. L'enfant était seul avee moi une pièce bien tranquille. C'est une expérience dj répétée à satiélé, pendant deux ans; il y a eu “Laine de séances, et dans chacune 25 à 30

Je me borneraï, dans ce chapitre, à prendre “expérience tout ee qui est analogue à l'exp + rieurement décrite sur la chasse aux 20 mots. D

ci, chaque mot écrit par le sujet éveillait le plu une idéc unique ; et parfois mème il n’en éveillai Dans l'épreuve nouvelle, la règle est Loute di i . mot prononcé par moi qui n’éveille aucune exception, même chez Armande; le plus souvi éveille plusieurs idées différentes, et même d tantôt se succèdent régulièrement, tantôt se combit s'embrouillent les unes dans les autres ; le nom idées eût augmenté, si l’on avait permis une “longue; les constälations que nous faisons suppoi idéation qui dure en moyenne de 5 à 7 secondes, Le moyen de réaction que nos sujets ont adopté ment. Il est probable que cette richesse d'idéation ce que chaque fois on appelle fortement l'atlenl -sujel sur le sens d'un mot particulier, qui lui est p

j'entends le mot, sans que je Le comprenne dire. » Au début des expériences, avec elle.

de sécheresse était très gènante ; Armande fixail invo rement son attention sur moi, sur ma manière cer le mot, même lorsqu'il s'agissait d'un term familier, et elle répétait alors avec un léger « Mais je ne me représente rien, les idées ne me pas; » ou encore : « Je me représente le mot; dans ce cas une image visuelle typographique. + La seconde phase est celle où l’on comprend sans rien se représenter. « On comprend lé m Armande, cela signilie que le mot paraît fami S habitue : on se le répète sans penser à rien de p lier. » :

Puis, troisième étape, il y a un travail int effort pour avoir une idée précise. Je dis à mot chapeau. Elle répond : « Quand Lu m'as je ne me suis rien représenté du tout. Pois, demandé à quel chapeau je pourrais penser.

notre chapeau bleu. » Quelques instants après, l « Pour chapeau, je me suis dit : Voyons,chap { ce que je vais penser? Je vais penser à notre | Mais je ne me Le représentais pas d’abord. » A: occasion, elle fait cette remarque générale : « le souci d'appliquer le mot à un objet ; » un 2lle donne une description très claire de cet a la penseé. Je viens de lui dire le mot voiture. C'est | mier mot de la première série d'expériences 4 avec elle.

ki Marguerite, après une hésitation, dit : « Eh mère Rise. R... est un cocher de vil 1 quand tu dis uh mot, je me demande à quoi il faut

pense. Exemple : pour voiture; faut-il penser à l'o bus qui passe ici, ou bien à la voiture de la mèreR.:.?:

Disc en novembre 1900:

Nombre de souvenirs, 50; Nombre d'objets présents, 14; Nombre d'objets appartenant à sa person

Nombre d'objets vagues (sans détermination dualité), 7; Ù

Nombre de représentations inconscientes 3.

Nombre de représentations fictives, 1;

Ge sont donc, chez Marguerite, les souvenirs qui nent. Ces souvenirs sont de plusieurs sortes; ile pelil nombre qui proviennent de lectures, de de chansons, j'en compte 7; pour les autres, ils nent soient des lieux, soit des personnes, soit d ments connus de moi, et ils peuvent être fuc Je les divise en 3 groupes ‘pour la commodité di paraison avec l'idéation d’Armande ; les souveni qui ne remontent pas plus loin que le 20 oc do notre relour à M..., notre séjour d'hiver venirs de ce groupe; — Îles souvenirs conë séjour à S..., qui a eu lieu du 20 juillet au 20 0 y à 42 souvenirs de ce groupe; — enfin, les anciens, antérieurs au 20 juillet; ce durnicr plus pauvre de tous, ne comple que 5 som cunfrme une remarque que nous avons déjà fai dermment : Marguerile évoque plus souvent des : récents; elle ne perd pas pied dans le passé. que j'ai fait mes premières expériences sur Ja reel des mots, nous élions à S..., et les souvenirs relat ce séjour d'été arrivaient en foule; maintenant, l'hiver; au moment où j'expérimente, nous retour à M... ; ce sont les idées relalivesà M... qui, minent, les souvenirs récents, ceux d'aujourd'hui, d'hier ceux qui sont comme en continuilé ayec le mi et constituent le passé immédiat. Je cite à l'appui un fa

A1, ceux moins récents sont au nombre de 6, les anciens

auditive des épreuves, Armande a souvent répété q ne se représentait rien, et qu'elle était troublée par de ma voix; j'ai donc dû lui montrer les mots, au lieu les prononcer; mais, ensuile, j'ai pu revenir au pr procédé, parce qu'elle s'est habituée à m'entendre: Voici comment on peut classer les produits de son idées lion pour des mols identiques à ceux donnés à sa soi Nombre de souvenirs : 42.

Nombre d'objets présents : 1 Nombre d'objets appartenant à la personne : 4, Nombre d'objets vagues, abstraits : 9, Nombre de représentations inconscientes : 5.

Nombre de représentations fictives : 5.

Nombre de représentations verbales: 6. } Nous analyserons cette idéation en la comparant celle de Marguerite.

out d’abord, ce qui domine, ce sont Les souvenirs;.i y en a 42; mais l’analyse montre que la matière dont, 11 sont faits n’est pas de même nature que chez Margueril les souvenirs de lieu ne sont pas aussi abondants. y d’abord 15 souvenirs de lecture, gravure, chanson; ceux” ci éliminés, il reste seulement 27 souvenirs de vie rante, et si on divise ces souvenirs en récents, moins) cents et anciens, on trouve des proportions Lout autres que chez Marguerite ; les souvenirs récents sont au nombre te.

sont au nombre de 10. Ces nombres, cela va sans dire, n’ont qu'une valeur de comparai son; ils montrent que, chez Armande, le passé immédiat n'a pas une action prédomioh nante; Armande s’enfonce volontiers dans le passé, elles remonte loin; ainsi le mot foule rappelle à Marguerite lan foule du marché aux chiens que nous avons visité une semaine auparavant, tandis qu'Armande se représente la foule acclamant le Czar rue Soufflot, il y a plusieurem années; le mot poussière fait songer Marguerite aux r0u=

En résumé, Armande a montré les caractéristiques suivantes : {endance à évoquer autant de souvenirs anciens que de souvenirs récents, détachement du milieuextérieur et de sa personnalité, apparition de quelques images verbales.

ou six fois par an. Armande, après quelque effo: représenter F..., abandonne et dit : « Ce ne sont pensées, je ne me représente rien du tout. Je F... était ici (à demeure dans notre maison) et tenant elle est au V... (endroit où elle et son

pensé à avoir une image, mais je n'en ai pas trou Je répète encore qu'il y a eu là une pensée particulière, bien individualisée; la pensée s'est fixée sur une personné, connue,on a pensé à certains détails de l'existence de cette personne, à son changement d'habitation et dé en | mais on n'en a pas eu l'image.

Auires exemples d'Armande : Tempête. « Oh! ne. |

Ve peux rien me représenter ! Comme ce n'est pas un objet; je ne me représente rien. Celle fois, j'ai fait unetfort,: “al je n'ai pas pu. » — Favori. « Oh! ça ne me dit rien tout. Je ne me représente rien du tout. Les mots qui: lent dire plusieurs choses, je ne peux pas me los re ù seuter, Je me disque ça veut dire tantôt une chose, une autre. Alors, pendant que je cherche, aucune in ne vient. »

J'emprunte les autres exemplesà Marguerite. Je, Je mot Bouguin, qui est lenorm d'un ancien voiturie Elle répond, après quelques secondes de réflexion s'a/Jes ne me suis rien dit. J'ai vu Les livres (cela se passe da mon cabinet de travail), j'ai pensé très vaguement, cure, son sè répétail tout bas, au loueur de voitures de 8" Je ne me le suis pas représenté. J'ai pensé surlout'au/801} de son nom, Ça m'a paru plus foncé que les volumes là: D. As-tu eu quelques réflexions sur ce voiturier ?—R J'ai eu un peu l'impression qu'il demeurait dans une maison reculée, pas tout à fait sur la route, et que c'était sombre par là. » Ainsi, Marguerite a eu une pensée spéciale, relative à un individu connu, mais elle ne s'est pas repré senté l'individu, bien qu'elle ait pensé vaguement que sal

représenté la salle à manger, et J... cousant

les animau® meurent sans exception. » Je laisse pt

10 heures. » L'image formée est colle-cis à

fenêtre, parce qu'elle y sera mereredi. » Pour e celte réponse très concrète, il fauk savoir q} donne habituellement dans la salle à mn une coulurière, doit venir y travailler aprè ce tableau qui est visualisé, La leçon n’y (res à souvent, d'ailleurs, la visualisation ne porle qu décor des choses; et cela se comprend; le dé riel, immobile, stable, plus facile à visualiser action.

Il arrive quelquefois aussi que Marguerite, en Ja phrase que je lui adresse, ne se forme aucune ou plutôt, elle est incapable de me dire l'image eue, parce qu elle n'y a pas fait atlention, et pas au juste si elle a cu une image ou non. Dans sa Î négulive, celle réponse est déjà intéressante car de phrases que Marguerite a pensées il ya wu trois secondes, quand je pose la question. si réellement elle a oublié les images, c'est que sont de leur nalure très fugaces. Armande nous déjà averti, d’ailleurs, qu'elle oublie très vite les à bien plus vite que les réflexions. Les images de M rile correspondent seulement, c'est la règle, à une de la phraso. Je lui dis un jour avec conviction, al avoir parlé de la mort de notre chien : « G’est tn

dix secondes, puis je demande brusquement : quelles ges? Marguerile sursaute, elle déclare qu'elle n'a # imaginé; c'est sa première réponse; puis, à la xio! elle découvre une petite image insigaifante, un à noir, immobile, recroquevillé, |

Un autre jour, je lui dis : « Vous avez Jait beaucoup

#7 5, paragraphe avee un numéro... indistinctement.… ÿ peu vu la salle à manger, j'ai entrevu Armande pupitre, puis j'ai un peu vu le petit salon. » Pour quer ces images, j'ajoute brièvement qu'il y avait au | gramme une leçon de physique et un passage du H& thrope, et que la leçon se donne dans la salle à manger au petit salon. Je demande ensuite à Marguerite de mi dire Loutes les pensées qu’elle vient d'avoir. Elle fait fai» lement fa distinction entre ses pensées et ses images eh me répond sans hésiter : « J'ai pensé de Le demander me renvoyer (du cabinet où je l'avais appelée pour desk expériences) pour que je puisse aller repasser pour la. leçons parce que j aurais peur déne pas être prête, Puis j'ai pensée à Armaude qui m'avait dit : Mon Dieu! est-ce que c'est leçon ce matin! Pour le Wisanthrope, j'ai pensé que jé ne le savais pas, pas du tout même. Pour la physique, jé ue suis pas sûre de ce que j'ai pensé. J'ai pensé aussi que j'avais bien peu de lemps. » Ces mots, comme on peub voir, traduisent beaucoup mieux la pensée que des images fragmentaires du Wisanthrope ou d'une page de physique

Chose curieuse, une phrase négalive, comme : ouf n'irons pas demain à S..., donne à Marguerite une petite, image d'un coin de rue de S..., et elle n’a aucune image, relative à la négation,

Lorsque la personne en expérience sait d'avance qu'il faudra traduire en images la phrase qu’on entend, les images sont plus abondantes et plus précises. C'estun moyen d'en donner à Armande, qui,spontanément, n’ena pas beaucoup. Je lui dis la phrase suivante, après l'avoir avertie qu'elle devra me décrire ses images : « Un de vent a emporté la toiture de la maison. » Au bout de. 7 secondes, elle répond : « Je vois comme image le coin de la rue Fouquet et de la rue Natiunale; seulement, ce n'est pas le toit, c’est le Srillage que le vent a enlevé. » Image en partie inexacte, maladresse de tir, Un aulre

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es. Ces images sont furL Aie elles se ré ie aux licux où se passe la scène. C’est « sation du cadre, rien de plus : « J'ai eu une image dk jardin. Puis la rue Fouquet, avec nous en bicyclelte: S..., la rue Nationale, puis la forêt, la maison du £ Madotoine, puis près du petit pont. » IL me sen celte série d'images illustre la ponsée à peu sommairement que cinq images dans un livre 20 pages de récils de. voyage. Mais je n'ai pas fait de questions minulieuses à Armande, etje ne puis p rendre compte exactement de ce qu'elle a pensé. Le; rience avec Margucrite est beaucoup mieux faite ( 4902). La voici :

Je donne d’abord le récit parlé de Marguer description parlée de ses images, et enfin l'é l de ses réflexions. C’est dans cet ordre que l'étude a faite.

Récit parlé de Marguerite. —« Eh bien, on nous nous habillerions en costume de bieyelette et ferions une promenade, si nous étions libres d'aller où voudrions. Trois heures, on ne peut pas faire grand”

Nous irions voir A... (une amie) à M... »

Images de Marquerite.-« Je le dis en gros,parce qu je n'élais pas prévenue, Je me suis représenté notre L Fouquet, puis la route de K... Quand j'ai dit que |

mettrions nos costumes de bécane, j'ai vu nos robes” nos ceintures comme si nous les avions déjà. C'est sur Armandé que je les ai vues. Puis, j'ai vu un peu le village

“en ensemble, je me suis représenté l'emplacement pl que les personnes. J'ai vu la route de la table du Roi M...; mais c'est drôle. — Je gg, me suis presque pas présenté les bicyclettes. J'ai aperçu la ville do M::. et Le (une amie) une jeune fille en noir, pas très distinclemenl. j'ai vu une pelite rue assez sombre, avec bâtiment gri=n

a , 96 L'ÉTUDE EXPÉRIMENTALE DE tiel est d'avoir montré que l'image lient 1 grandé qu’on ne le eroit d'habitude. Aux pre: données j'en ajouterai deux nouvelles, dont l' observation personnelle, l'autre est une série d'expérience sur les images de lecture. L'observation pei j'ai répélée plusieurs fois, consiste en ceci : je dans une pièce silencieuse et je cherche à me rappel à un les magasins d’une rue qui m'est familière; # de chaque magasin est d'ordinaire très schématig peine visible; et en même temps que me vient lim incomplète, j'ai sur le bout de la langue le nom sin; je dis : en même temps; il est clair que je ne. préciser celte chronologie. Maïs j'ai la conviction que le nom, c’est-à-dire sans le secours du langage ini

je ne reconnoitrais pas les magasins à l’aide de leurs mentales; ce qui me paraît ètre une preuve que © cas l'image mentale est moins importante qu'on ne

des recherches que j'ai faites sur es images de

Ces recherches datent d'environ 10 ans. Voici en qui

elles consistaient. 3

On lisail quelques pages d'un roman, puis on inte:

pail sa lecture, el on notait par écrit les images.qi

venait d’avoir, et on les comparait au texte lu, pour 4

les accords ou désaccords qui avaient pu so produire,

Beaucoup de variétés individuelles se sont montrées, ebil

serait oiseux d’insister là-dessus. Les points les plus eus

rieux ont été les suivants : l'image mentale est en général } plus simple que la descripliun du texte, parfois elle est

| devonl ello, était poursuivie par dos images visuelles extrêmement vives, bien plus vives que d'habitude; si bien que je dus ce jour-là renoncer à l'étude des puroles intérieures, et m'occuper des imoges visuelles. J'ai observé sur moi-même que cerlains soirs mes hullucinations Lypuagos | giques sout visuelles, el d'autres soirs auditives. |

ms brupoe où grises. Jai employé tout à

L pression si/houette. Elle ca <é ga ao elles se détachent tout des ombres'chinoïises, car ces silhouettes n parties distinctes, mais ces parties elles-même en général de détails. La tète du cavalier est un leur de chair; son manteau affecte la forme d'un brun foncé ; le casque et l’armure du hallebardier avec un reflet uniforme d'acier.

« Autre particularité de ces images. Il se additions au récit plus ou moins complexes.

d'en voir une des plus simples, celle d'une

Mue de Saint-Luc. ouvrant l'épais manteau “étail enveloppée etappliquant ses deux bras sur les du jeune homme...» (p.255). I n’est pas iei ques! toffes, ni de couleurs.Cependant dans ma vision les bras de Ms de Saint-Luc étaient revétus de m: soie blanche avec des souteches dorées et sortail manteau noir. æ Henprexe xemple. Je lis : « On vit Chicot s’élanc: ere Er à l'angle d’une maison d'assez bo apparence » (p. 191), J'aperçois Chicot à genoux, n torse incliné vers le sol et la lêle contre terre. «+ Aulre exemple : « Cueillant les premières Île ] (p.255). J'ai vu distinctementune marguerile avec saM ‘4 tige verte.et ses pélales blancs entourant un bouton « Fait à noter, ces images additionnelles m'appurai g avec beaucoup plus de détails et de précision dans (l détails quo les visions provoquéesdirectement par 16 Léxten Quelques-unes de ces images sont évidemment des souve” nirs.

100 D'ÉTUDE EXPÉRIMENTALE DE L'INTI ges contraires au texte. Une autre personne, le pro Bierv.., de Belgique, dans une visite qu'il faisait à mo laboratoire, me communiquait l'observation suivante, j'écrivais de suile après: la première fois qu'il lut Mai Bovary, il eut la maladresse d'imaginer en face d maison de Charles Bovary à Tost une allée d'arbres et champs ; en réalité. d’après le roman, c’est une rue avt boutiques. Dans ses lectures suivantes, il ne put p défaire de sa première image, et il était obligé de su poser l'imago des boutiques à celle de l'allée d'arbres Les auteurs ont publié quelques bizarreries qui se rapprochent des précédentes, sans être absoli équivalentes; ce sont des cas d'imagerie symboliqi leur donne ce nom parce qu'il existe une associalion e6 tante entre une pensée et une image disparates. L' rence d'imagerie devient du symbolisme quand elle pr une forme constante. Citons des exemples:

Sidgwick (1) assure que, lorsqu'il raisonne sur l mie politique, les termes généraux ont pour concom des images souvent bizarres comme celle-ci : valeu l'image vague et partielle d’un homme qui pose q chose sur une échelle, Une dame que je connais m avec grand'peine qu'elle a deux images bizarres, deux pour des noms propres : l'une est l'idée d'un froid, boueux, grisälre, indissolublement lié au pré Alfred; l'autre est l'image d’un moulin, liée au nom Duval, L'origine et l'explication de ces images n'a pas pi être reconnue; la personne sait seulement que ce sont représentations de date {rès ancienne, J'ajouterai que cel dame a des traces d'audition colorée et un développeme at exceptionnel de la mémoire des chiffres (dates, numéro d'adresses, ele.).

Récemment,un auteuraméricain Bagley (2) a cité, après

{1} Gité par Ribot, Evolution des Idées générales, p. 143, (2 Amer J. of Paychol ; XU, 1, oct, 1901, pp. 80-130.

Lin.

centre. Marguerite est dans ce cas. Uu M.G.R..., quand illit un roman, sefigureles sc

s'illes regardait d’un plan supérieur, de haut “une complication surajoutée, il y a des perso lisent certains souvenirs à droite; et d'autres souvenirs à gauche; Armande m'a décrit il y années une sorte de triplyque, dont chaque réservé à une catégorie spéciale d'images les à “fictives étaient dans le panneau de droite, et les si se partageaient les deux autres panneaux, si date; de même, une dame très pieuse, dont m'a autrefois communiqué l’aulo-observalion, s sente avec une localisalion précise dans un grand mental les diverses personnes pour qui elle doit prières.

CONÇLUSIONS ET HYPOTHÈSES

Je me suis efforcé, dans lout ce qui précède, mer les considérations théoriques, et d'exposer des expériences précises el détaillées. En ces mal a beaucoup trop théorisé et schématisé, et il est util “substituer au raisonnement compliqué et à la théo vaillée, quelques observations pures et Se 1 naïves, données sans apprèt, el qui n’ont qu celui d'être prises d'après nature. Ce qui ressort avec

P évidence de ces observalions,c'est que,chezcertains su comme les nôtres, l'image n’a pas le rôle primordial qi s’est plu à lui attribuer.

Nos sujetsne me paraissent pas être des personnes. excep lionnellement dépourvues d'images. Si Armande, comme nous le verrons plus loin, a des images assez faibles, 61m encore, je les crois plus neties que les miennes — on revanche Marguerite visualise avec beaucoup de nettetéy

© Trop matérialiser la pensée, c'est la rendre pe

ble. Penser n'est pas la même chose que de contemplen de l'Epinal. L'esprit n'est pas, à rigoureusement parler, un polypier d'images, si ce n’est dans le rêve ou dans la. réverie; les lois des idées ne sont pas nécessairement les lois des à images, penser ne consiste pas seulement ik prendre conscience des images, faire attention ne consi pas seulement à avoir une image plus intense que. autres. Nous avons constalé — et je crois bien que ce sont là des faits dont il est impossible de douter — que ctrs laines pensées concrèles se font sans images, que, dans, d'autres pensées l'image n’illustre qu'une toute petitewpar lie du phénomène, que souvent même l'image n'est cohérente avec la pensée; on pense une chose et on s'en représente une autre.

Voilà notre conclusion précise et démontrée; qu'il me soit permis d'aller un peu plus loin, et de terminer ce chapitre par une hypothèse ; je me suis donné À moi-même une explication du mécanisme de la pensée; je Veux lu résumer ici, en le séparant bien nettement de ce qui précède. |

Ilme semble difficile de supposer que l'image — j'en tends l’image sensorielle, dérivée des perceptions des sens — puisse être toujours coextensive à la pensée. La pensée. | se compose non seulement de contemplation, mais des réflexions; et je ne vois pas bien comment la réflexion | pourrait se traduire en images, autrement que d'une manière symbolique. Dans nos observations précédentes, li mage était presque toujours visuelle, et elle ne miraitpres= que toujours que des objets matériels; elle n’a jamais | représenté un rapport. J'ai peine à comprendre qu'on puisse lrouver en images mentales l'équivalent de cette pensée si simple exprimée par Marguerite : je vais être en retard pour la leçon! Je m° imagine volontiers quelqu un qui court,ou une élève efFarée qui regarde avec désolation

Fa |

‘ilsuppose que celle descriptions et que les mots sont, dans ce cas des images absentes (1). Il donne cette à insister. S'il avail examiné Ia question « guemeal, un espril fin comme le sien se se l'explication est tout simplement impossib … supposer que le convive a appris par cœur le repas, et le récite mentalement de mémoire, : admettre qu’il a d'abord eu la pensée de tn © d'en penser le mot; la pensée doit nécessai der le mot. On pent faire la même rema beaucoup des observations que nous avons - Rappelonsquelques exemples. Armande, à nom de F.…., pense à celle personne, elle pense: sonne n'est plusiei(chez nous), maïs a el elle a donc une pensée assez complexe, quiserap domicile, à son existence. Cetle pensée, de qui est-elle? D'une part, elle est dépourvue d'itm: rielles; Armande dit qu'elle ne se représente rie: part, si en réalité elle s'exprime par des mots, ce M pose des images JArDRIGEs il est bien certain que ges verbales ne sont qu'une expression de lap rcée; la pensée est antérieure; pour qu'A) dise où se dise que « F.. n’est plus ici, mais "aïll pour/qu'elle trouve cette phrase, il faut qu'elle aïtreur . bord Ja pensée correspondante, si atténuée que soi pensée, Ainsi, c'est une pensée qui se forme.sans hi ' et intime sans images verbales, Voilà le point De même, il faul admettre que bien des réflexio: N personne fail spontanément supposent une pensées rieure aux mols qui l'expriment, une pensée diri mots et les organisant. Ceci soil dit sans diminuer l'importance du mot, qui doit singulièrement in par choc en retour, la nature de la pensée.

{1} Psychology, 1, 265, et 11, 58.

que dire. » À propos d’un autre exemple elle dit, parlant du sentiment de la négation, qui précède chez elle la négation verbale : « Ce sentiment assez vague, mais dont je suis sûre, c'est une pensée sans mots, »

Autre exemple encore : . Quand auras-tu 22 ans? —R. Dans dix ans. — D. Ep ie celle réponse. — R. D'abord il y a la question qu'il a fallu que je comprenne, Puis il a fallu que je calcule. Puis j'ai eu le sentiment qu'il fallait que je réponde dans dix ans. (Après réflexion) la pensée, je ne m'en rends pas compte, mais je me rends compte de ce qu’elle me fait éprouver. » Je suisbien cars tain de n'avoir fait aucune suggestion, n'ayant sur celle question délicate de la pensée sans paroles aucune idée préconçue.fDe ces conversations, il semblerait résuller que la pensée sans paroles est connue commeunsentiment, eton se rend compte surtout qu’on l’éprouve, beaucoups plus qu'on ne sait ce qu'elle est.

Je suppose que le mot, comme l'image sensorielle, donne de la précision à ce sentiment de pensée; | sans ces deux secours, celui du mot et celui de l'image, resterait bien vague.

Je suppose mème que c'est le mot et l'image quicontriss buent le plus à nous en donner conscience ; la ponsée ést ua acte inconscient de l'esprit, qui, pour devenir pleinement conscient, «a besoin de mols et d'images. Mais quelque peine que nous ayons à nous représenter une pensée Sans

- le secours des mots el des images — et c'est pour cette raison seulement que je la dis inconsciente — elle n'en’ existe pas moins, elle constitue, si l'on veut la définir, per sa fonction, une force directrice, organisatrice, que je” comparerais volontiers — ce n'est probablement qu'une métaphore — à Ja force vitale, qui dirigeant les propriétés. physico-chimiques, modèle la forme des êtres et conduit leur évolution, en travailleur invisible dont nous ne voyons que l’œuvre matérielle. |

A ms

« RE der L no LÉTUDE EXPÉRIMENTALE DE L'INTEI demanderai à mes sujets une impression leurs images.

Le fait essentiel et dont on ne peut que certaines gens ont la conviction, :

images, de presque revoir la réalité : « c'est & je voyais l’objet, » dit-on souvent; d'autres im sont nullement accompagnées de ce sentiment des Lion; on dit qu’on se représente mal, ou mém se représente pas du tout. Le terme de comparais emploie d'ordinaire pour rendre compte de l' d'une image est fourni par la perception des sens. » On compare la représentation d'un objet, 0 cité, richesse en détails, ete., à la sensation ou qu'on aurait si l’objet était là, présent à nos sen: matériellement devant notre œil ouvert; chacun cette comparaison avec ses propres images, plus ou moins de soins et de discernement, el pour lui, la représentation mentale égale n Chacun donne ainsi le résullat de son examentindi On est allé plus loin : confrontant ces divers dividuels, on a conclu que la puissance de mentule est tout à fait inégale chez les diffé dus; puisque les-uns affirment que leurs images soi fortes que la réalité, au moins dans certaines tandis que d’autres affirment que leurs imag vivacité bien plus faible.

J'ai prié mes filletes de donner une appréciali tensité desimages qu’elles formenta la suite di je prononçais devant elles. Puisque ces deuxs types intellectuels si différents, que l'un estobsery l'autre imaginatif,ilétuiltrèsintéressant de savoi deux avait les images les plus nettes, dans n'inpo domaine. :

Dois-je dire, avant d'exposer les expériencesyle lat auquel je m'attendais? 11 me semblait qu'A

s D DR RASE VUE sont pour moi qu'un souvenir e visuelle. Je serais dans l'impossid'imagination; j je dois remarquer, une très mauvaise mémoire visuelle nt incapable de dessiner de mémoire

a famille à moins d’avoir fait en les d'attention Lout particulier.

me représente mieux certains person- Athos, par exemple, qui porte loute sa parce qu'il est associé au souvenir d'une elle. Quant au personnage qui porte le nom |

il m'apparait avec la barhiche et Les traits du ransigeant; celle fusion avec un à ce personnage accessoire une nelleté nt plus grande. Il en est de même du dans Vingt ans après; il a pour moi.

de mes amis, du nom de Raoul, et dont l'âge pouvaient prêter à ce rapprochement; il est distinct que les autres, il a des cheveux, taille déterminée, enfin Les atiributs un peu sonne réelle.

aux autres; en cherchant à démêler ce qui L n, il me semble que cela se résume en de physionomie; ainsi p, 55 :

1e bats parce que je me bats, répondit Porthos en

perdait rien, vit passer un fin sourire sur les

os rougir, je vois le sourire de d’Arlagnan d'œil ‘Athos, Pendant un dialogue insignifiant

puis, si les personnages expriment des at, je verrai un sourire, une expression , un mouvement, ettout cela sans que fronce, la bouche qui rit, ou le bras qui de bien individuel, » "

nf L'ÉTUDE EXPÉRIMENTALE DE L'INT On voit done que l'image de souvenir a ‘le mot consacré et si vague, plus d'inte: q d'imagination, quand il est possible de les ju comme par l'artifice précédent, et lorsqu'on les mème coup d'œil mental.

Maissicette conclusion est incontestable, on peu qu’elle ne vaut que dans les limiles très précises été faite; c'est une imagination bien mécanique, b deste, que celle qui consiste à créer d'après une desc de livre. Peut-être n’a--on pas le droil de comparer imagination de lecteur à celle de l'auteur qui co romau; pourquoi celle-ci, qui est plus échauffée, » rait-elle pas à plus de puissance dans ses créations (4 J'arrive maintenant aux expériences files sur mes ! fillettes. Je yeux d'abord étudier d'une manière g l'intensité de leur inagerie mentale, sans tenir compil L'espèce des images. Nous entrerons ensuite dans Pour donner plus de précision à leurs appréciatio ne dis pas : plus d'exuclitude), je leur ai recommi d'attribuer à chaque image une cote, de 0 à 20, le 0 repré sentant une image de l'intensité la plus faible, le 20% respondant à l'intensité de la sensation réelle. Cette vention a été acceplée sans résistance, ainsi que je alendais ; les enfants font moins de réserves quel adultes. Mes fillettes commencèrent par me décrire qu'elles se représentaient; d'ordinaire, c'est seule quand La description était terminée, ee qui avail per

(1) En réalité, Jedois dire que dans l'enquête que, j'ai failo nvoc Javq Passy sur l'imaginntion créntrice, nous n'avons jamais rencontré d' nous ayant dit qu'il avait l'hullucination de ses personnages.On à SüuY cité les quelques mots que Flaubert a écrits à laine sur la münière d J'aéfeutaient les parssunages de son roman, éprouvé eu déerisaut l'ompoisonuement it resque ; mais Daudet et Goncourt, deux Flaubert, qui bien conau, nous ont assuré, chacun séparément, qu'il no faut pas pri 4 d de la lettre la parale de Flaubert; c'était un grand enfant; à

ure foi du monde,il se contredisait à chaque instant. (Année PaycA.

sonnes sont de face ou de profil, ce qu’elles Fe elles sont habillées, D'autre fois, enfin, elle dit q représente assez bien. Lorsqu'elle n’a pas d'ima refuse de donner une cote queleonque; lorsqu'elll image vague, brouillée, sa cote habituelle est 53: elle dit qu'elle se représente assez bien, sa cote 9 ou 10; elle a une fois atteint 12, son maximu pidité de ses réponses, toujours moins grande de Marguerite, n'est point en rapport avec la 0 ses images; il y a des images qu'elle trouve qu'elle commence à expliquer au bout de 8” tandis que des cotes sans images lui viennent 4”; il aurait sans doute fallu régler autrem de ses réponses pour trouver une relation — je ne cherchais pas — entre le temps qu'elle me dre et l'intensité de l'image qu'elle évoque. che, il apparaît bien neltement que toute ima elle donne une cote élevée est riche en détai les images à cote faible ne contiennent que sommaires.

Marguerite a aussi, mais bien plus ra sœur, des représentations sans image ; dans refuse de donner une cote. Un certain nombri prétend qu’elle se représente mal, que ceñ qu'elle n'est pas en train; sa description tail; la cote va de 5 à 10. Le plus habit répond qu’elle se représente très bien, qu que c'est comme si elle voyait. Son affirm et rapide; et, d'elle-même, le plus sou beaucoup de détails. Sa cote habituelle, de 18 à 20; souvent elle donne 20. On v@ seignements que je viens de donner, que pas aussi arbitraires qu’on pourrait le croi relation avec l'abondance de la descripli abondance que nous pouvons vérifier nou!

m8 L'ÉTUDE EXPÉRIMENTALE DE L'IN

Je commence par Marguerite, En e ses images d'après leurs cotes, et aussi d'a qualités, on trouve à faire trois groupes bien distinett el

1° Le groupe où la cote est de 20, ou raremer rieure, et très peu inférieure;

2° Le groupe où la cote va de 10 à 45;

3 Le groupe où la cote va dé 3 à 6.

4° Le groupe des cotes de 20 comprend seulement souvenirs. Ce sont des souvenirs de personnes, où. jets, ou de sites, par conséquent des souvenirs de matérielles; ce sont des souvenirs dont les objets” bien connus de Marguerite; enfin, el celle condition. plus importante de toutes, ce sont des souvenirs parfois datant seulement de quelques minutes: Toute conditions se trouvent réalisées d'elles-mèmes quai mot que je prononce devant Marguerite est lo num d'u personne qu'elle voit fréquemment (1). D'autres mots sont des termes généraux, que Marguerite individualise de suite; ainsi, pour chien, elle se représente aussi tôt et uniquement notre chien; pour misère, ellesse | représente dans la misère une paysanne que nous con naissons el voyons très souvent. Tous ces souvenirslonil le double caractère d’être tout récents, et de serapporlers À des personnes bien connues. La cote qui leur est donnés ; est le plus souvent de 20. Exemple : « Un chien Ru L 20. J'ai pensé à Friquet (notre chien), — D; Commentite m0) l'es-tu représenté? — R. Comme je l'ai vu en entrant, | couché au soleil. » — « Mour? — R. 10. Quand il sortaih, <omme nousl'avons vu la dernière fois, il était de face, sortait de sa maison. » — « Luc ?...— R, Ah! ben, commen je viens de la voir, assise sur un bane de pierre, lisant son journal. Oh! 20. » Souvenir récent, objet familier, ce sonl,

E (1) On a soutenu que l'image movtule d’un objet familier est souvent » confuse. Ce n'est pas exact pour Marguerite, On & fait trop souventila des P eription des images mentales sans tenir compte des types individuals:

4 mois. « Marie? —R. Oui. Je vois Marie de fee un peu de profil. Je ne sais pasen quel endroit. 10. Je nel la vois pas Lrop bien. » Dernier exemple. « Una fête? — R. fête de S...,pascellede cette année. Cellede l'annéaders nière. 10 ou11. » Le nombre de ces souvenirs plus anciens, n'est pas grand, parce que Marguerite a une tendance à évoquer surtout les souvenirs les plus récents.

3 Le troisième groupe, celui des images faibles, rest: plus pauvrement représenté encore. Il comprend des sou venirs de lecture, de récits entendus, et des représen-. tations imaginaires qui sont restées très vagues. Je dons nerai des exemples de ces trois genres de représentations Souvenir de récit: « Unchevaléchappé?—R.Ahlben, c'esl d'après le récitque Luc. m'avait fait d'un cheval échafrès à Meudon, 3 ou 4. Je ne peux pas bien me le ter. » Souvenir de lecture : « Modestie? —R.Oh! j'ai pensé, à une petite fille dans un conte de fées, qui s'appelait Modeste. — D. Combien? R. — Oh! 6. » Représentation M imaginaire: « Une petite fillecueillant des coquelicots? —R c'est que je ne me représente pas du tout çà. Oh! 4 Ce que je me le représente mal! » — « Une tempéte de grèles — R, 5 ou 6. Je ne me représente pas trop bien. w

Il est impossible de ne pas remarquer que la vivacité de l'idéalion chez Marguerite est soumise à une Joi d'une régularité parfaite; c'est presque schématique; l'esprit de Marguerile fonctionne comme un appareil enregistreur bien réglé, en effet; l’intensité de l’image qu’elle évoque est presque toujours inversement proportionnelle à son ancienneté; tout se passe comme si ses images étaient des lumières que la perception allume et qui perdent progres= ‘sivement de leur éclat, à mesure que le temps s'écoule, jusqu'au moment où elles finissent par s'éteindre. Cet elfcacoment régulier des images parait du reste un fait très nalurel et très logique; on comprend que l'évolution se produise ainsi, quand aucune cause extérieure ne vient

LE. ds)

iquer. Ce sont lesirrégularités qu'il.

non la régularité. Ajoutons, pour nt de la suggestion, que la forme de le à éonduisait pas à ce résultat, nous ne nous ce résultat, et c’est bien longlemps après l'expérience que nous avons constaté l’exis=

rite d'un effacement des images, si en fonction du temps. Remarquons aussi , les images ficlives sont plus faibles que les

| maintenant la vivacité de l'idéation d'Aris ne trouvons pas dans son imagerie une relaentre l'intensité des images et leur date de ue ce rapport soil, objectivement, moins ins constant chez Armande, soit que celle-ci tement. J'ai essayé de retrouver dans trois catégories que j'avais établies dans Marguerite, en me guidant d'après les La première catégorie, on s’en souvient, enirs tout à fait récents; la seconde, celle peu plus anciens; la troisième, celle des re et de récit, et des images ficlives et né trouve point chez Armande qu'il existe nelte entre les trois catégories; La date pas sur la vivacité de son LT Voici coles : L Souvenirs récents. FÉPNTT Souvenirs non récents. 4.1.5.5.0,8.3.9.9.

Souvenirs de lecture, de récit, images es ficlives. 3.2.1.4.4.

ues exemples. Voicides images de la uvenirs tout récents et familiers.

inque nous voyonstrès souvent) —R.2.

senté en plusieurs tableaux successifs,

très Tao. » Une cote 2 fe un cent est assez bizarre. — « Luc ? (person:

. demeurons) — R, 6. Je la vois de profil, dans une occupation particulière ». — « Brigands ? (site visité quelques jours aup vois l'entrée, un trounoir, 5.9 —« Jon? =(U a rendu visite quelques joursavant) —R. Je quand il est venu ici,que tu avais fait photographie # Voyons maintenant des souvenirs plus anciens, « Paris (qu'on a quitté depuis deux mois) ? —

) me représente Paris, comme quand nous venons { ce va-et-vient paraît singulier quand on est resté

| temps sans le voir, 9, » Ainsi cette cole d'un s0 L ancien déjà est plus élevée que celle d'un ami qu'on quelques jours avant. Dernier exemple. « Vapo J'ai vu le Bois de Boulogne, au champ de « avions essayé de nettoyer un sou pour le rendre Assez net, 9,»

Je cite, pour terminer, deux images fictives; el très faiblestoutes deux. Une petite fllecueillanti dicots? — R. Je ne vois cela qu'en gravure, ça, continuellement. 3, » — « Une tempéte de gréle?, Oh! ça, c'est très vague, Une journée qu'il grèli L Il n'ya pas arbitraire absolu dansla cote de ces les images de fantaisie, les souvenirs de lecture soi tainement plus faibles que les images de souvenirs vieréelle; mais,pourceux-ci,je netrouvepoint comr Le Marguerite, une proportion entre l'éclat du souvenir € ! nouveauté, Il n'y a rien de régulier. La régularité me | que souvent dans la psychologie d'Armande, et il est difficile d'expliquer pourquoi.

| Dans le paragraphe précédent, nous sommes ,reslésisur

l'impression d'ensemble que donnent les images, Nous,

Je transeris quelques mots d'une conversation sur des

à images : + II faut que js n’aie plus rien à penser, pour que

CU . j'aie des images. —D.Développe un peu cette idée que les

24 images ot lesidées s’excluent.—R. Elles sont séparées les

unes des autres et ne vienrient jamais ensemble. Je n'ai

jamais d'images quand ua mot me suggère un très grand

nombre de pensées. Il faut que j'altende un certain mo-

ment. Lorsque sur ce mot j'ai épuisé toutes les pensées,

alorsles images me viennent, et si les pensées recommens

cent, l'image s'efface, et alternativement. Les images,

j'en ai beaucoup moins, mais elles durent beaucoup plus longtemps que les pensées.»

Outre la difficulté très spéciale qu'elle éprouve à décrire ses images, Armande explique encore que les images son! extrémement nombreuses, quelques-unes tout à fait inst gniliantes, et qu’elles sont pour la plupart frappées d'am-

nésie, quand elles ont disparu.

| > Je transeris le passage suivant : il est curieux comme

analyse exécutée par une fillelle de quatorze ans.

« de crois que j'ai des multitudes d'images chaque fois; | seulement elles sont tellement vagues, et me laissent si peu le temps d'y penser que je les oublie aussitôt. D'h& bitude, je ne dis que les images dont je me souviens Il y en a une mullitude d'autres qui sont Lrès vagues/…b mélées aux réflexions. — D. Que te rappelles-tule mieux, les réllexions au les images? — R. Je me rappelle mieux les réflexions, car je me parle, je formule les mots, tandis que, pour les images, il n’est pas possible que je m'en sou vienne beaucoup. Quelquefois, elles ont l'air de venir ensemble, et je ne puis les séparer, Quand je cherche une image, il y en a beaucoup qui s’en vont avant que j'en aie Lrouvé une.

« Les images qui restent sont celles dont je me suis aperçue,que j'ai vues quand elles sont venues. Les autres, je n’en ai pas conscience ; je ne les vois qu'après qu'elles

D’après de longues et minulieuses queslions … posées à Marguerile, un des caractères de l'image vi comparée à la vision, est d'être une analyse. qui emploie le mot, non la fillette; mais c'est bien son. que ce mot exprime. Je donne quelques exemples. une expérience, elle pense à la blanchisseuse, et, si demande, elle dit, déerivant cette image : « Si j'a blanchisseuse ennature, je crois quej'aurais distingué ment elle était habillée, ce qui l'entourait, ce qu’elle je n'aurais pas vu qu'elle, Je n'ai vu que sa tête, ‘si j'ai vu sa personne entière, je l'ai vue Lout à fait * faitement. » — Une autre fois, elle se représente u cour, et comme je lui demande quelle différence a réalité, elle dit : « La réalité, j'aurais vu des choses q “n'ai pas vues; des pierres sur la route, un tas di ‘comme ça. » — Dernier exemple. Dans l'épreuve « siste à écrire des séries de 20 mots, elle écrit une fois mols comme cristallin, quëdon. Je l'interroge, et elle prend qu'elle s'estreprésenté, pour cristallie, l'œilde chien, et pour guidon, le guidon de sa bicyclette. Ellea peu visualisé le reste, par exemple la tête du chien; et pour la bieyelette, elle n’a vu ni la selle ni la roue de derrière. Jen lui demande encore les différences avec une vision Fa et elle répond, non sans quelque embarras : « Si je voyais la bicyclette, je no verrais pas qu'un guidon, je verrais” tout. C'est la même chose pour notre chien; s’il était sous mes yeux, j'aurais vu lé corps tout enlier, et j'aurais eu l'idée de mettre (dans la série de mots qu'elle écrit) autro

ua Arabe qui était perché dessus (sur un chameau). w! i remarquera combien doit être vague une image à laq convient cette description singulière : « Je vois une gée. » Aussi, Marguerite, priée de coter, dit que ee

yraisemblablement beaucoup d'images de ce genre, que indistinctes, auxquelles nous ne prêtons pas d” tion, et qui sont comme {à poussière de l'imagerie. mande en fournit un autre exemple, tout aussi topiql Jui cite le nom de notre chien, Friquet, et elle a unewré ponse assez longue, que je ne reproduis pas, dans lag elle dit qu'elle a eu « une lueur de Friquet ». ces images tellement indistinctes qu'elles sont inex, sibles pour la parole, et venons-en à des images développées, et pour ainsi dire plus intellectuelles, que sujet décrit comme si c'était un tableau. Si, aulieu de Jaisser prendre l'initiative de la description, on lui p des questions, si on lui demande des renseignements, tel objet qui figure dans son image, alors, très souvenl, mes fillettes répondent : « Je no sais pas. » Cette réponse m'est donnée pour les parties les plus importantes de l'image.

Marguerite se représente M. M..., personne qui lui est bien connue : « Il était un peu de profil, il avait son/teinb jaunätre, » — D. Avail-il un chapeau? — R. Je nésais pas s'il avait un chapeau ou non, »

7® Armande se représente un chien, elle ne sait pas sivellé a vu la tête ou s'il n’en avait pas. Une autre fois, elle représente Mne A..., assise sur son canapé; je demand®s quel est le costume de Mn: A..., s’il était blanc ou noirs elle répond qu'elle ne peut pas dire, elle ignore la couleur du costume ot sa forme, Mais quand je lui demande sidu moins Mme À... est habillée, alors elle se récrie, elle esb certaine que Mme A... est habillée. Une des preuves les plus curieuses que l’on puisse citer de cette imprécision den

Images latentes.

I faut toujours faire bon accueil aux faits qui sont en opposition avec nos théories. Tout ce que nous avois déerit jusqu'ici tend à une méme conclusion + la déprécit, tion de l'imagerie en général, et de l'imagerie visuellewr particulier. C’est une raison de plus pour je n'omeltepas un certain nombre de faits que j'ai recueillis autrefois dans des recherches déjà mentionnées sur des énagt de lecture. Ces recherches ont montré que nous avons en lisant, des images bien plus précises que nous lesup4 posons. Ce sont des images de position, de mise en suûné, En lisant une description qui nous intéresse, par exemple dans un roman d'aventures, nous situons les acteurs l& uas par rapport aux autres, et nous faisonsune plantalio® du décor; tout cela se fait sans idée arrêtée, sans intention! et ensuite, lorsqu'on demande au lecteur s'il s'est reprès senté une mise en scènederoman, il déclare spontanément que non ; il faut lui dessiner un plan de la scène,slüi dire que tel personnage vient parle fond, pour qu'aussitél il prenne conscience de sa mise en scène personnelle; qui est en contradiction avec celle que nous lui indiquons- C'est à peu près de la même manière qu'on révèle parfois à une personne son audition colorée ; à la question : Is lettres ont-elles des couleurs ? elle répondranégativements mais si on insiste en lui disant : l'a n'est-il pas rouge?Elles se récrie et déclare qu'il est noir. J'ai fait dessiner par plusieurs personnes un grand nombre de ces mises en scène à demi inconsciontes, dont elles avaient commencé par nier l'existence. Je donne la description écrite que mem a fournie Jacques Passy. |

# Questionné sur le point de savoirsi en lisant je fais Ia mise en scène, si je vois la topographie des lieux ét la

______ fOR

nous trompions sur la signification d’une image. Sans doute, ces erreurs doivent être rares. Le sujet représenté par!l'image, nous le eonnaissons d'avance quand il s'agit M d'idéation volontaire ; et par conséquent nous avons Loute M facilité d'interpréter exactement ce que nous visualisons ; il en serait tout autrement, à ce que je suppose, si Pimage, au lieu de répondre à l'appel de son nom, venait d'elle-même se présenter, comme ua inconou qu'il faudrait dévisager el reconnaitre; alors il serait possible qu'on se rompt sur l'identité de ses images. C'est ce que j'ai vu autrefois chez des hystériques à qui je donnais des images visuelles en excitant certaines régions insensibles der leur corps; la sensation tactile n’était pas sentie, mais. continuait à provoquer les images visuelles appropriées} el celles-ci, apparaissant dans la conscience sans être pré cédées d'un pensée volontaire, étaient souvent l'objet d'une erreur d'interprétation. Ainsi, quand j'agitais plu= sieurs fois le doigt d’une main anesthésique (en dehors de Ja vue de la malade) celle-ci croyait voir des colonnes en. mouvement; une piqûre sur la peau insensible donnait liou à l'image d'un point brillant, et ainsi de suile. Ces exemples étaient du reste assez rares; quand on meltail | un objet dans la main anesthésique, en général Le sujet. recevait l'idée exacte de l'objet.

: Enfin, je ferai remarquer que notre conclusion relative à l'indétermination des images, telle que nous l'avons, définie, est contraire à cetle opinion, vraiment surannée. aujourd'hui, qui admet que l’introspection est infaillible parce qu'elle est un mode direct de connaissance.

PS

est l'effort pour avoir une image et la quatrième el dernière est l'image ou la pensée précise. Mais il est arrivé souvent que le phénomène de l'idéalion s'est arrêté chemin el n'a pas dépassé la deuxième étape, et que le sujet s’est borné à comprendre le sens du mot, Cel arrêt de l'idéation s’est produit très nettement dans deux expériences : d’abord, lorsque je disais moi-même le mot; mon sujet qui m'écoutait s'efforçait de trouver une” image et d'appliquer le mol à un objet; mais quelquefois ce lravail n'aboutissait pas, l'image n’était pas trouvée; il y avait eu cependant, dans ce cas, quelque chose plus que la compréhension du mot; on avait pu fairé choix d'un objet auquel le mot était appliqué. Dans une autre circonstence, où l'arrêt de l'idéation était l net, le sujet écrivait et par conséquent inventait lui, Jes mots; mais n'allant pas jusqu'au bout de sa pensée, il ne se représentait aucune image en relation avec ss écrit; si même une image survenait, il la négligeait, il. coupait court à son développement en passant à un autre | mot; et la plupart du temps, il ne faisait aucun effort pour appliquer le mot à un objet. Je donne la description pré cédente d'après beaucoup de remarques qui m'ont élé coms muniquées par les deux filleltes. Je transeris un dialos gue échangé avec Armande, qui est un esprit d'élection pour ces études, car chez elle ce genre de mots est 1008 à fait fréquent,

J'ai écrit scrupuleusement le texte du dialogue que jan échangé avec elle, pour être absolument certain de nes pas la suggestionner. Sur ma demande, elle écrit d'abord 12 mots; je l'arrête et je l JniGrtoEs rapidement; je conslate que, sur ces 12 mots, il n’y en a eu que 3 qui n'onb pas eu de représentation précise, particulière. Noïei tout ce qu'elle peut dire sur ces mots; elle est très embarrassée. « Je ne sais pas à quoi j'ai pensé; ça m'est venu, comme un autre mot, c'est Je premier qui s’est présenté à mon

Le.

de lerribles machines à suggestion. Mes sujets les accep: taient de confiance, avec la docilité habituelle des enfants d'école el ils ne trouvaient rien de mieux pour expri

“qu'ils avaient pensé que de dire : « J'ai pensé à en général, » ou encore : « j'ai pensé à n'importe q chapeau. » C’était la réponse la moins fausse qu'ils pouvaient me faire. Elle n'a du reste aucune valeur, puis qu'elle a été suggérée. Armande, que j'ai interrogée sur. point délicat, m'a fait une réponse Lrès claire : « C'estmalm dit en général : je cherche à me représenter un de tous ces ubjets que le mot rassemble, mais je no m'en repré sente aucun, » |

Nous retrouvons ce genre d'idées très fréquemment dans le test de la recherche des 20 mots.

Toutes les fois qu'on hâte l'expérience des 20 mots, en forçant le sujet à aller plus vite, le nombre de ces mots que je viens de définir augmente. J'ai cité plus haut l'expé= rience que j'ai faite sur mes deux fillettes; en pressant | leur allure, on les oblige à réduire le nombre de mots à sens individuel, et on augmente le nombre de mots à signification pseudo-générale. J'ai répété celle expérience dans, les écoles avec les mêmes résultats; et du resle celle expérience n'a rien d'artificiel; elle reproduit simplement

Ben y ajoutant quelque précision ce fait familier à Lout les monde qu'il nous faut uu certain Lemps pour réaliser 18\ sens des mois et que lorsque nous parcourons vivement un livre ou écoutons distraitement une personne, nous n'avons que des idées vagues.

Je sais bien qu'on tend à admettre aujourd’hui (1) que l'abstraetion n'est pas toujours une fonction d'élaboration exigeant des opérations multiples, que l'abstraclion peut avoir lieu sous une forme rudimentaire et animale, et qu'il

{1} Conférer Rubier, Psychologie, p. 199; Ribot, Evolution des idées gé= mérales, préface, pp. 37 et seq.; pp. 8 et seq.; Titchener, Oullines of'psy= chology, pp. 295 et 303.

vroprésente le mot écrit, comme s'il le lisait. Le # cret est double,généralouindividuel; cela ressort d

formaient une série | “ 44, dont je cite chien, animal, couleur, forme, justice, bonté, iafni; ele.

Les représentations conscientes que |” abstraîts, jointe au désir de répondre q suscitées dans l’esprit de ces 103 personnes, ont € ties en trois catégories; et révèlent trois Lypes | différents, qui sont : 1° le type auditif; 2 typographique; 3° le type concret.

e Le type auditif est celui des personnes qui, apr tion du mot répondent, qu elles ne se repré:

elles comprennent du moins le sens du mot, aussi très probablement des pensées en: mots, des cours intérieurs; mais elles n'ont aucuneïmi et c'est pour cette absence d'image qu'elles do réponse, Le type visuel typographique est

ples que Ribot cite; ilexiste des personnes qui se repri tent une image générale, indéterminée, ou quelque d’analogue; par exemple pour forme, un peintre se sente un bloc rond, une épaule élégante de femme, qu'une autre personne nomme une personne belle(4 ce dernier cas, c’est bien une image individuelle: Après ce court rappel de l’étude de Ribot, je v: ser les réponses que j'ai obtenues de mes fillettes. dinaire, les termes abstraits el généraux les e beaucoup; elles se plaignent de ne pas savoir qu'en elles ont incontestablement plus de peine et melten! de temps à convertir ces mots en images. Les ré qui nous sont données peuvent étre groupées de la rm: suivante :

41° Aucune image;

(1) Op. ait, p. 429

dance, les réponses de nos sujets; ensuite, rons les théories.

Je commence par Armande, Je lui disles mots suivauls: L'hiver à M... C'estun genre de pensée que je lui emprunts car elle affectionne ces idées un peu vagues; et il yen ron un an, elle a écrit parmi les 10 souvenirs demandés dans un test : « Je me rappelle l'hiver à M... »

Malheureusement cette proposition a été écritesansquiM je lui demande de l'analyser. Voici maialenant sa réponse (40 juin 1902). « Je me représente le rez-de-chaussée, salle à manger (de la maison de M...) le jardin couvert dé neige, et la lueur blanchätre qui éclaire les pièces: È Tu es là dedans? — R. Ah! non, j'ai vu l'appartement vide.— D, Ça se rapporte à un souvenir spécial ?—"R* Un souvenir en général. — D. Comment sais-tu que ts n'est pas tel jour ? — R. Parce qu'il n'y a rien delpartis culier, dans cette scène-là, il n'y a rien de différent ce que j'aurais pu voir la veille ou le lendemain, — C'est volontairement que tu as pensé à un jour anonyme —R. Non, ce n'est pes volontaire, L'image s’est présenté® Lout d'un coup, je ne m'y attendais pas. — D. Dans l'état d'esprit où tu étais, tu auras pu avoir une image d'un joue particulier? — R, Je ne crois pas, parce que j'avais à ne, représenter tout l'ensemble de l'hiver; alors, je ne devais pas me représenter un jour particulier; et puis le mob hiver m'avait donné l'idée de neige ; alors tout le jardin” | était rempli de neige. »

Est-ce là une représentation générale ? Elle l'a été, certes, d'intention, puisque Armande nous dit qu'ellé # avail à se représenter lout l’ensemble de l'hiver » ; elle a donc préparé, aiguillé ce genre d'image, el ce n'est pas par hasard qu'une image générale s'est formée, elle était cherchée. Mais en quoi cette image était-elle générale? Elle ne l'est pas en ce qui concerne Le lieu de la scène, qui est tout particulier ; elle l'est en ce qui concerne la date

ai . que j'ai vu une statue quelconque. Non, tue de la Vénus de Milo, mais pas la nôtre. (D salon, il ya uve Vénus de Milo de couleur grise). D. Pourquoi pas la nôtre? — R. Parce qu’elle n'avai la mème couleur. Elle élait blanche, vague. Ensuile. | pensé à une autre qui est un peu jaunàtre. C'est celle Me La. (une amie). — D. Bien! Voilà donc une souvenir (celle de Me La...) précédée par une autre image qui west pas un souvenir, Pourrais-tu dire la différent entre ces deux images? — R. Non, je ne pourrais pas" D. Laquelle est la plus nette? — R. La deuxième. eue de Me La..)sûrement.— D. Tu pourraiscoter?—R.Lar 42 ou 13, l'autre 7 ou 8, — D, À quoi reconnaïs-tu l'un pour un souvenir, el l'autre pour ne pas en élre un R. Parce qu'en pensant à la seconde j'ai pensé ausst qui l'eulourait. Peut-être j'ai entrevu Mme La... et sa. Mais je ne suis pas sûre. — D. Dans la première image, n’y avait rien autour de la statue ?— KR. C'était un b lard, voilà. »

Cette image de la statue est générale parce qu'el point entourée d'un décor qui la spécialise, et aussi ce qu'elle n'a pas une couleur qui la lasse rec comme élant telle ou telle. Ainsi, elle renferme ene mème des caractères négalifs. Maintenant, est-ce parce qu'elle est attribuée par un acte de l'esprilà ble des statues qu’elle est générale? Non, cela ne pas exact. Gelte image générale est venue là lortui entouréo d'images particulières; c'est done un h d’idéation qui l'a fait naître; elle doit surtout à sonab de détermination d'être considérée comme générale. Autre question à Marguerite : Un cheval ? « Jai n'importe quel cheval qui avait l'air de s'en aller Jacqueminot, Il était brun. C'était n'importe quel cheval} JL n’était pas harnaché, en tout cas, Il semble qu'il ÿ avait quelqu'un à côté. — D. Comment le voyais-Lu? — Re |

Zn

sonne, par exemple, et on voitson nom écril ; «

3° L'image particulière de la personne ; d

4° Une représentalion générale.

Ceci nous prouve déjà combien l'image est peu EE tante, et comme on aurait tort de s'en servir pour | guer la pensée abstraite de la pensée concrète.

Entrant dans le détail, je passe sur l'absence | el sur l'image visuelle lypographique, qui ne pi tent. ici rien de spécial; je m'arrêterai un moment sur l'image particulière, puis sur l'image générale.

L'image particulière, C'est le plus souvent une série d'images particulières, qui se présentent eusemble ou suc=M cessivement, et dans lesquelles la personne ou | E- figure avec des poses diverses el dans des décors différents. Aci se présente un problème assez intéressant.Les psycho= | logues se sont demandé en quoi consiste l'image men-,

, tale d'une personne que nous connaissons | et pour laquelle notre espril a emmagasiné un. pe nombre de pereeptions différentes. On a fait surtout une. | étude théoriques de celle question, on s'est demandésce, qui devait être, plutôt que de rechercher tout simplement ce qui est. rS | Partant de ce principe, qu'un objet perçu un grand | nombre de fois laisse comme résidu loule une série. | d'images particulières, individuelles, on a admis que ces images doivent se combiner entre elles et fournir une image unique, qui serait quelque chose comme une moyenne des images particulières, | L'idée de cette combinaison, qui est toute gratuite, cars \ | personne n’a pu l'observer, appartient à Huxley, quiæ donné une forme très originale à son hypothèse en com * parant la formation des idées générales à ces photographies | composites que Galton a obtenues en suporposant sur une | même plaque les images de plusieurs objets un peu analo= |

Etudions les premières images. & Es rg nom d'Armande, sa sœur, qui vit à côté d'elle voit continuellement, Sil doit se faire une Lol d'images, c'est bien pour une personne aussi conr a’en est rien. Margueriterépond : «J'ai vu lemot Arma cela ne me disait rien du tout. Puis je l'ai entrevue auprès de son piano, puis j'ai vu son nom écrit en bleu pâle où plulôt, ça avail une teintebleue, mais en regardant les lettres étaient un peu noires. » Je dis à Marguerite 8. nom de ML... paysanne qu'elle connait bien. Ellerépond: « Je la vois sur une photographie. Puis je la vois ensuite avec sa marmolle, comme nous l'avons vue la dernières fois. » Le nom de sa grand’mère donne lieu à la mêm succession de portraits indépendants : « Je l'ai vue surla photographie, en noir, sur le Lance. Puis je l'ai encore vues avec sa robe de chambre violette et blanche, ».

A, Armande je demande de se représenter M... : «Je mo représente une photographie —et puis ensuite M...dansle petit salon, hier soir, non, ce matin, c'est quand elle est. descendue, » Le nom de M" L... la vieille paysunne lui donne deux images successives : « Je me représente 2 ages, l’une vient, puis l'autre. L'une est au carrefour. de la Fourche (en forêt), où nous l'avons vue; l'autre est à la croix (à l’embranchement des deux roules), où elle. nuus a parlé, — D, Quelle est la couleur de celte image —R.A la Fourche, c'était assez vert, et il y avait une roule d'un jaune blanc, un peu ensoleillé. La croix, je peux moins donner de détails dessus.— D, Elle remuait, la mère” L...?— Oh! tout le temps, elleallail de la croix àla Four= che. » C'est ou une mélamorphose ou une substitution rapide,

Marguerile, dans un casanulogue, m'a dit qu'elle voyait bien distinetement les deux images à côté l'une de l'autre. Je lui dis le nom d'une ancienne domestique de lafamillen Cle. Elle répond : « Je la vois de deux manières, dabord

4 mn. |

seulement je récuse d'avance les observalions qu'on ferait sur des sujets avertis et instruits en psychologie. Représentation générale. — Il arrive assez souvent que mes deux sujets à qui je nomme une personne)bien connue s'en forment une représentation générale. J'em“ ploie ce Lerme comme étiquette, sans y impliquer une théorie quelconque. Dans une expérience, je cite à Matguerite le nom de M... Elle répond : « J'ai vu M... de dos, en robe noire, et j'ai gardé volontairement mon image. C’est M... en général, cela. — D. Pourquoi? —kR: Parce que ce n’est pas un moment don! je me souviens Exactement même idéation pour B.M...:« Je l'ai vuësur Ja photographie, en noir, sur le banc. Puis je l'ai vucravec sa robe de chambre violette et blanche. — D. Ce sont dés images particulières ou générales? — R, Celle de la robs violette, je l'ai vue souvent, et je ne peux pas diré lé moment qui m'a frappé et que j'ai retenu ».Je cite lenom de Lue, une bonne,et la réponse est assez curieuse : « Rai vu Luc avec son corsage gris et la figure assez joyeu elle était de trois quarts. Je crois que jé l'ai vue une seconde fois quand elle était près de la table,lout à Pheure. et baissant la tête en riant. — D. Quelle diférenco y rt il entre ces deux images? — R, Je vois (2° image)Lue comme ça, c'est une position qu'elle avait en particulier; mais quand je la vois comme la première fois, c'estune position que je sais qu'elle prend, seulement que jen'ai pas remarquée en particulier, — D. Dis encore. — R: (avee embarras) Quand je l'ai vue (Luc), qui avait les mains sur la table, c’est une position qui m'est restées quand je me la représente ensuite dans cette position-là, c’est une image réelle, La première image, c'est une chose. qui se rapporte à une aulre chose, qui a presque un sens je peux expliquer pourquoi elle (Luce) était comme ça ce qu’elle faisait. Tandis que la seconde, je ne sais pas i quoi se rattachait la position qu'elle avait. »

A nm

le nominalisme mitigé des modernes, le rachis, UE le conceptualisme. La possibilité de systèmes aussi oppo= sés montre en somme que la question des ir moins importante qu'on ne l’a eru pour la formation del pensée, surtout de la pensée abstraite, el que MWilliam James a vu clair, quand il a affirmé Rs peut penser avec n'importe quelle matière mentale :

in any kind of mental material (1). Ca ce que je vais essayer de justifier en quelques mots.

© Le nominalisme absolw peut se considérer comme dé montré par les réponses où le sujet, quoique comprenanl Je sens du terme abstrait, ne se représente rien de sens ble; dans ce cas, qui se réalise bien souvent, le mol prend une importance prépondérante, le mot compris bien entendu.

» Nous admettons également le nominalisme mitigé, dans. lequel le mot éveille un défilé d'images particulières, ou une image unique, avec le senliment que d'autres wi suivre, C'est le nominalisme de Taine, par exemple, cest aussi celui de Fouillée et de bien d'autres.

I est mème possible d'admettre le réalisme, puisque la pensée peut se fixer sur des objets extérieurs pris comme ensemble; une année, une heure, un règne; des réserves | doivent être faites cependant sur l'application du mot généralisation à des cas de ce genre. |

Je parlerai plus longuement du conceptualisme, cat "|

c’est surtout à propos de ce syslème que les plus durs combats ont été livrés; on sait que Berkeley est l'auteur d'une charge à fond fe train contre le conceptualisnies il | a soulenu que nous ne pouvons pas nous représenter a homme en général, parce que l’homme qu'on se représente est loujours grand ou petit, blanc ou jaune ou noir, etainsin de suile, et que, par conséquent, l’image sensible ne peut

{ti Principles of psychology, 1, 265.

de.

iduble, i u lieu de aire de la logique, B ey s observations psychologiques, il aurait Lite erreur. Nous avons vu deux circonstancese ilyen à probablement davantage — pas particulière: 1» l'image cst précises e sent incapable de l'attribuer à un fait.

ier, parce qu'elle manque d'éléments qui le: particulariser, de la dater, de la rapption individuelle ; c'est, par exemple, Ja Vénus de Milo, qui apparait sans d nt, qui est quelconque. La signification

: à une perception qui aurait lieu de ur, . de réalité concrète, vous êles une im est done bien une Eee abstraite, si par

Ut

de précision ALeRpRABEE rappo antérieur, et de la particularise HOUvone nous: Eee un ne CE

qui a la même At une mais on ne peut pas dire de son costum noir, clair ou foncé ; c'est bien là un expe= qui répond au défi de Berklley.

s montre qu’une image sensible peut se généralisation, quand elle ne contient une particularisalion précise. Je ne images de ce genre sont dues à plus de |

154 L'ÉTUDE EXPÉRIMENTALE DE L'INTELLIGENCE réflexion, d'élaboration que les images concrèles ; dans. un acte d’idéation, elles précèdent plus souvent qu'elles ne suivent les images plus détaillées.

Maintenant, de telles images constituent-elles en elles mêmes une pensée générale ? Je ne le crois pas; pour qu'il y ait pensée générale, il faut quelque chose de plus: ua acte intellectuel consistant à utiliser l'image. Noire esprit, s’emparant de l'image, lui dit en quelque sorte # puisque tu nereprésentesrien en particulier, je vais Le fairé représenter le tout. Celte attribution de fonction vient do notre esprit, et l'image la reçoit par délégation: En d'autres termes, la pensée du général vient d'une direction de lw pensée vers l'ensemble des choses, c'esl.pour prendre le mot dans son sens élymologique, une intention de Mesprits

En fin de compte nous voyons que tous les (héoricienss de la généralisation ont eu raison ; s'il existe une me de vérité dans les systèmes les plus opposés, c'est que des

formes d'images dant la pensée se sert pour arriver au général ne sont qu'un accessoire ; la pensée générale n’est expliquée, à proprement parler, ni par le nominalismey ni par le réalisme, ni par le conceptualisme, mais bien, | qu'on me passe co mol nouveau, par l'infentionismes

[ESS __ till

156 L'ÉTUDE EXPÉRIMENTALE DE L'INT l'échange fortuit d’une question et d’une découvrir en moins d'une minute,

Je vais donc parler en détail du pouvoir de sur l'imagerie mentale. Lorsqu'on étu phénomène psychologique dans ses relation sonne de celui qui l'éprouve, on voit que trois : *gine sont possibles : le phénomène peut être. ou volontaire, ou en opposition avec la volonté.

Parmi les phénomènes spontanés, je citerai on peut parfois, par un acte de volonté, se mettre à mais le plus souvent l'origine de la rêverie est ponts

Un autre phénomène spontané est la division, cience qui se produit parfois pendant qu'on lits, continuent à lire machinalement, la pensée est ai Cette division se fuit spontanément; il m'est il la provoquer pleinement par un acte volontaire; ceux que j'ai interrogés el à qui j'ai demandé l'épreuve devant moi ont échoué, malgré les div fices qu'ils employaient.

> Les phénomènes volontaires sont ceux quisep

phénomènes spontanés. La définition des plié contraires à La volonté ne demande aucune e Dans les expériences précédentes, nous ayons Yu: pos des il images, que les unes naissent spontanéme ni d’autres sont cherchées, et par conséquent voulues. Nous allons étudier chez nos deux sujets quelles ééren) présentent ces deux modes de formation des images: | Voici le compte-rendu textuel des observalions. Je dis à Armande (18 sept.) : « Je vaiste demander te représenter, les yeux fermés, une chose quelconque puis d'y faire les addilions que je l'indiquerai; ettu me diras si lu y réussis, si la transformation est nelle, eth

4) La définition du phénomène volontaire que donnejla psychologie n'æ sien de commun wvec la définition juridique et suciales

Ee..

sur elle explication TE puis Se 1s. Je donne intégralement notre conversation, puisque west que par là qu’on peut se faire une idée des modis que subit l'idéation d'Armande .

ilement. Je me représente le singe du Bas-S.…. — D. Veux-lu lui mettre un chapeau haute- . C'est plus difficile. Oh! non, je ne vois même e.— D. Représente-loi M®* Lé... (une paysanne Tu peux? — R. Oui, très bien, je la vois «porte, parlant avec une autre femme. — D. Reassise, jouant aux cartes avec Lu... — R.

e peux me la représenter que debout. Je me re= , mais pas elle.— D.Assieds-la dans l'herbe.

as moyen. Je ne peux pas m'imaginer ne dicte. — D. Pense à M. B... (vieil habitant -R. Ah! je vois la mère L...assise,maintenant, elle découpe à manger. Non, je ne me représ M.B..., je vois sou jardin,mais pas lui. — vois pas encore? — R, J'entends plutôt sa vois un peu dans le jardin qui monte, Je — D, Bien, fais le monter à bicyelette.

me le représente comme un maître d'école r maître d'école qu'elle a vu à bicyclette).

peux pas... je le vois Lembant. — D. Pense in de M... Une grande troupe de chiens la pelouse; ça va? — R. Je ne sais pas, u de lapin qui y est méèlée. J'ai d'abord Brulle, les chieus.… (souvenir), puis j'ai vure qui représeulait un enfant qui se loup... ily avait un manteau, ou bien ui ressemblait à une peau, et la peau du se démencer sur notre pelouse. » Ou voit uppement de cette imagerie est involon-

taire. Armande ne réalise pas ce que je von elle réalise ce qu'elle ne veut pas. Supposant était surtout indocile à mes suggestions, je lui demandele lendemain : — D. Est-ce que Lu pourrais faire ces Krans formalions, volontairement, si tuen avais l’idée toi-mêmeh — R. Non, c’est le hasard qui dicte ce que je (Ce n'est pas moi du tout. Je ne peux pas volo: me représenter telle chose, même si cette idée “via moi. — D. Veux-tu essayer? — R. Oui... c'est que je veux m'imaginer, je ne mimagine rien du tout. Je mé: représente Ja rue Grande à Fontaibebleau, quaad nous. | passions à bicyclele avec M... Je voudrais voir Margüe rite tombant de bicyclette. Je ne peux pas la voir: veux me représenter la croix de Toulouse... Sy. Dete un peu, — D. Transforme. — R. Ohl malgré moi, change. Je vois une vieille mansarde avec des murs blancs, et une vieille femme qui est devant la cheminéeæ se chauffer Les pieds. — D. Transforme.— R. je voudr m'imaginer qu'elle se lève... Non, elle reste as D. Demande-lui autre chose. — R. Qu’elle batte d mains! Je ne peux pas, elle est trop paisible ; qu'une vienne se frotter contre sa chaise ?.…, Je vois un éhat. reste au milieu de la pièce... il vient se frotter con autre chaise. Maintenant ça disparaît. Je voudrais représenter le bois d'Elennemare.., là, ça y est... Je: drais me représenter un bœuf altelé à une voiture passe... Je ne peux pas... Je vois le bœuf sur le ponties Fontainebleau. — D. En somme, {u ne peux pas conduire lon image à ta volonté ? — R. Je puis me représenter les, objets que je désire, seulement ils sont à d'autres en droits. »

Ce serait exagéré de dire qu'Armande ne commande pas du tout son imagerie. Elle est capable de se repré” senter ce qu on lui dit ou ce qu'elle veut; maïs Ia Tépré sentation n'est jamais complète, elle boite par quelque |

fl

qu'Armande ni désiré.« C'est le end dit-elle ,qui diete oir. »

chez Marguerite, eslau contraire remarquale aux ordres de la volonté. Je lui donne la in qu'à sa sœur, et aussitôt la conversaage (18 sepl. 19...) (1).

si, représente-loi une singe qui fume sa pipe. — R. Oh! oui. — D. Veux-tu lui mettre un chale forme? Tu peux? — R. Oh! oui. — D. Comtu fait? — R, Je n'en sais rien. Je me suis représinge que je connaissais déjà, que j'ai déjà vu. ésente-Loi Mme Lè.. Tu peux? — R,. Oh! très Assise, jouant aux cartes avec Lu. Tu peux?

1 oui. De profil à droite, et Lu... un peu pen la lable. Elle a l'air très sérieux. — D, Assiedserbe, Tu peux? — R. Qui, à la Fourche, de un arbre, comme nous l'avons vue, — D.

. Tu peux? — R. Oui. — D. Donne des dé- . Je pense quand il était assis sur le tabouret de cassé. — D, Fais-le monter à bicyclette, Fu . Oh! très bien. Seulement, je te vois à côté, s vers la maison d’Annette, allant vers la e à notre jardin de M... Une grande troupe bat sur la pelouse. —R.Çà, c’est plus complit pas très net. C'est un peu un fouillis in= D. Donne des détails. —R. C'est très peu net,» ain, je demande à Marguerite si elle peut ne d'avance les transformations qu'elle fera n image. Elle est étonnée de ma demande, tant ui paraît facile, On fait l'essai, —«R. Le singe. | bien le voiravec un petit paletot.., sans chape. — D. Transforme encore. — R. Je ne vois

sur les deux sœurs à été failo successivement sans Bvilor toute confidénce et indiscrétion,

o représentalion quelconque, puis de fixer son attention des

pas ce qui peut m'arrèter : il peut fairo oui ce ALT ce singe. Quand on lui présente une canne, ilse précipite} dessus. — D. Transforme la mère Lé... — R. Quand ellé marche dans la rue avec son panier à la main. Ilme semble que je la verrais très bien pendue à un arbre pour atlras per des cerises, ou bien conduisant son âne. — D. Bref, tu peux te représenter à peu près loul ce que tu veux? R. A peu près, oui. »

Ainsi, il n'y a pas de différence entre le cas où c'est Marguerite qui a l'idée d'une représentation et le cas wi c’est moi qui lui souffle cette idée; quelle que soit l'origin® de l'idée, Marguerite réalise avec la même facilité, sem ble--il, sa représentation. C’est juste le contraire d'Ar mande. Armande ne peut se représenter clairementel nellement une image ou une modilication d'image nipui mon ordre ni par le sien; ou, du moins, la réalisationesh toujours incomplète, et Armande s'en aperçoit bien. ll seruit difficile de trouver un contraste plus grand que celui que nous présentent ces deux sœurs. Là où Marguerite déclare : « c'est très facile, » Armande dit : 1 je newpeux pas y arriver, »

Avant de tirer des conclusions sur ce pouvoir si diffé” rent de l'imagination, je vais rendre compte d'une «ul observation que j'ai faite du reste après la précédente sur Armande et sur Marguerite. Dans ce secondinterrogatoires je voulais connaitre les lrausformations involontaires,. spontanées, des images, lorsqu'on n'intervient pas pour les modifier, et qu'on se laisse aller au cours de ses pers sées. J'ai done preserit à mes deux sujets de choisitune

sus, et d'observer toutes les transformations que l'image pourrait subir spontanément, en dehors de la yolontéMlh fallait garder les yeux fermés, pour mieux concentrer s02 alleution, et il fallait aussi me décrire les transformations.

d'image, à mesure qu'elles se produiraient. |

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