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RÉPÉTITION IMMÉDIATE DES CHIFFRES

Voici un test qui est déjà assez ancien, qui a été em-

‘ployé par maiïint expérimentateur, et dont la signification véritable, longtemps cherchée, ne commence à apparaître que dans ces derniers temps.

Il consiste à répéter une série de chiffres qu’une personne vous montre ou vous récite; on doit essayer de répéter exactement, et d’en répéter le pius grand nombre possible. Je me suis soumis moi-même bien des fois à cette expérience, et chaque fois j’ai nettement senti qu'il faut faire

un vigoureux effort de concentration d’esprit pour garder les chiffres dans la mémoire pendant le temps nécessaire à leur répétition. La plupart des auteurs sont du reste d'accord pour admettre que c’est là un test d'attention: cependant, comme il s’agit de répéter en employant sa mémoire, on a cru longtemps que ce test intéresse égale-

f LA FORCE D'ATTENTION VOLONTAIRE 239

ment la mémoire, et qu'il en donne, grossièrement, une - mesure; cette opinion est restée vraisemblable jusque dans ces derniers temps; où des expériences ont montré à M. Larguier et à moi (1) que ce test mesure plutôt l’attention que la mémoire proprement dite, considérée comme force plastique, pouvoir de rétention.

J'ai donc fait faire à mes fillettes l'expérience de répé- “ tition de chiffres en la considérant uiquement comme test d'attention volontaire. J'ai suivi les procédés ordinaires. Je n'ai point montré les chiffres à répéter, je les ai lus … à haute voix, en m'efforçant de ne pas les rythmer ni les accentuer; j'ai préféré les prononcer, parce que je voulais savoir si mes sujets se formaient une représentation visuelle des chiffres entendus; cette représentation visuelle ne se forme pas ou se forme mal pendant la lecture. J'ai lu à Armande 20 nombres de 5 chiffres chacun, les lui faisant répéter aussitôt après,; elle a commis des erreurs sur 5 nombres; je lui ai ensuite lu 20 nombres de 6 chif- “fres, elle à commis des erreurs sur 13 nombres, c’est la “preuve que 6 chiffres dépassent un peu sa puissance d’attention volontaire. En les écoutant, elle les voit écrits, mais c'est vague; ils sont écrits obliquement, en noir, sans qu’elle puisse discerner si c'est au crayon ou à l'encre, et l'image manque de netteté. Marguerite, d’après l’épreuve ‘des chiffres, a un pouvoir d'attention beaucoup plus considérable; en répétant 15 nombres de 5 chiffres, elle m'a fait qu’une seule erreur; en répétant 20 nombres de “6 chiffres, elle n’a fait que 3 erreurs. Il est incontestable qu'elle pourrait aller jusqu’à 7 chiffres, peut-être aussi à 8. Elle voit un peu les chiffres écrits; ils sont plutôt noirs, mais il y en a un, le 3, qui paraît rouge, et le 0 blanc, mais c’est tout à fait vague.

Cette seconde épreuve d'attention confirme la précé-

(1) Je reviendrai sur ce point dans le chapitre sur la mémoire.

dente, elle montre qu'il existe chez Marguerite un plus grand pouvoir d’attention que chez sa sœur.

Dans une variante d'expérience, que j'ai déjà signalées dans mon travail sur l'attention, le sujet copie des chiffres ou des mots, et on compte le nombre d'éléments contenus” dans chaque acte de copie; c’est encore un moyen d'ex-" ‘plorer la mémoire, à condition qu’on prenne des précau-w tions pour que le sujet ne puisse pas voir le modèle au moment où il reproduit par l'écriture ce qu’il a regardé.

Pour copier 28 chiffres, Armande a fait 9 actes de copie et Marguerite 6; pour copier les 14 premières lignes” | du livre de Mosso sur la Fatigue (traduction française). Armande a fait 23 actes de copie et Marguerite 16. À la. vérité, les deux enfants m'ont dit ensuite qu’elles s'étaient douté que je cherchais à mesurer leur mémoire; aussi ne copiaient-elles pas naturellement, chacune faisait un effort pour copier le plus grand nombre de mots où de chiffres. à la fois; de là quelques erreurs, qu'elles ont ensuite réparées par des actes de vérification que je compte comme autant d'actes de copie. Mais l'inégalité des deux sœurs” reste toujours très grande.

Un autre test d'attention, qui fait aussi intervenir, au moins en partie, la mémoire, consiste dans la copie d’un dessin vu pendant un instant très court à travers un obturateur, ayant 4 cm. de diamètre et découvrant pendant 7 centièmes de secondes. J’ai fait voir divers dessins, par exemple : une grecque. Il a toujours fallu à Armande un“ plus grand nombre de perceptions qu'à Marguerite pour arriver à une reproduction correcte du dessin.

C'est avec un peu de mélancolie qu’un psychologue s'occupe aujourd’hui des temps de réaction; car cette.

recherche est une de celles qui ont peut-être le plus promis et le moins donné. Le nombre est immense des travaux qui ont été faits, surtout en Allemagne, sur les temps de réaction, et s’il fallait résumer la conclusion obtenue avec

; cet effort collectif et considérable, on la ferait tenir en quelques lignes. Cependant, je crois que tout n’a pas

encore été dit sur cette question. Si on reprend l'étude des temps de réaction en les renouvelant par beaucoup d'introspection, peut-être y trouvera-t-on quelques faits intéressants. Je crois aussi, et j'espère démontrer dans les pages suivantes, que les temps de réaction sont utiles pour la psychologie individuelle, si on les met en relation avec le caractère mental des personnes servant de sujets. Du reste, presque toutes les expériences de psychologie

. pourront et devront être reprises un jour, au point de vue

de la psychologie individuelle.

Les expériences sur les deux enfants ont eu lieu toutes dans mon cabinet, soit le matin, soit l'après-midi, et toujours à des heures où le milieu extérieur était silencieux; les bruits venant du dehors — de la rue, du chemin de fer voisin, ou de la maison même — étaient insignifiants, et n’ont point gêné mes sujets, qui, du reste, y étaient babitués. Je décrirai très brièvement ma technique, c’est celle dont je me sers depuis plusieurs années. Mes sujets

* sont assis, les yeux fermés. Ils sont complètement novi-

ces, n'ayant jamais donné de temps de réaction. Je me sers du chronomètre de d’Arsonval, remonté à fond après

- 20 réactions. Je fais des excitations tactiles avec le marteau

… sur la face dorsale de la main gauche, appuyée sur la table.

La réaction se fait en abandonnant avec le doigt le bouton de l’interrupteur d'Evald; le sujet, en attendant la sensation de contact sur la main gauche, appuie l'index droit sur le bouton; son poignet et son bras étaient d’abord, dans

* les premiers essais, appuyés sur la table, puis ils ont été

relevés; une pression de 300 gr. exercée par le doigt sur

l'interrupteur d'Evald est nécessaire pour l’abaïsser; dès que le signal est perçu, le sujet lève le doigt en Pair; en fait, il levaït non seulement le doïgt, mais la maïn, et quelquefois tout l’avant-bras. ;

Le signal tactile était fait sur la même région de la main, sur l'extrémité inférieure du métacarpe de l'index gauche. Je m’efforçais d'employer le même genre de contact (1). Je

(1) J’ai eu le tort de ne pas préciser avec grand soin, dès le début, le mouvement que le sujet devait faire, pour signaler quil avait perçu le contact en réalité ; mes deux jeunes filles ont employé successivement, et à leur gré, trois genres de mouvement : 1° le poignet appuyé contre le rebord de la table, elles lèvent seulement le doigt à la réaction, et le poignet continue l’appui ; 2° le poignet était appuyé comme il est dit ci-dessus, le sujet en réagissant lève la main et un peu Île bfas et son poignet abandonne le contact de la table ; 3° le sujet n’appuie pas le poignet, il tient la maïn et le bras en l’air ; l’appui lui est fourni par le doigt posé sur le bouton du manipulateur ; au moment de la réaction, c’est la main et le bras entier qui font un mouvement d’ascension. En répétant sur moi-même ces 3 genres de mouvements, je trouve que le 3° mouvement non seulement est le plus ample de tous, mais présente pour moi une plus grande facilité d’exécution ; et le 2° mouvement a les mêmes avantages sur le premier. Je ne peux pas dire au juste à quel moment mes deux jeunes filles ont changé de mouvement ; depuis que mon attention a été attirée sur ce point, c'est-à-dire depuis la 200% réaction, je suis certain qu’elles font toujours la 3° espèce de mouvement, sans appui du poignet : il est probable que déjà vers la 100° réaction toutes deux ont accepté ce mode de réaction. Pour réparer les effets de mon inadvertance, j’ai profité de ce qu’Armande avait obtenu des réactions très régulières, pour la faire réagir alternativement 3 fois de suite avec: le poignet au contact (2 mouvement) et 3 fois de suite sans contact du poignet (3° mouvement). J’ai pris ainsi 24 réactions, qui sont très bonnes, car le maximum, qui n’a été atteint qu’une fois, dans cette série, est de 16 et le minimum, qui n’a été atteint que 3 fois est de 12 ; c’est donc une série bien homogène, et inspirant confiance ; les réactions avec le 2° mouvement ont été de 14,79 ; celles avec le 3 mouvement ont été un peu plus courtes, de 13,64 ; ïil est donc incontestable que le 2° mouvement est moins aisé que le % ; la différence moyenne est un pew supérieure à 1 centième de seconde. Dans une recherche analogue de contrôle, jai

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