‹ L'étude expérimentale de l'intelligenceChapitre 34 sur 55 · EE · texte numérisé non relu

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vais maintenant analyser les résultats en tenant surtout, compte des différences entre les deux sœurs.

Les temps de réaction de Marguerite, considérés par moyennes de 20, sont sensiblement plus courts que ceux d'Armande. Le tableau donne tous les détails nécessaires” il présente, en centièmes de seconde, des moyennes des:

réactions; ces moyennes et les variations moyennes sont calculées sur 20 réactions. Le nombre des réactions anticipées est un nombre absolu, noté pendant une série de 20 réactions. Le graphique des temps de réaction des deux sœurs, représenté dans la figure ci-dessous, montre que leur moyenne de la 1° expérience est peu différente; Marguerite r'a qu'une supériorité de 2 centièmes de seconde; mais par le prolongement de l'expérience, la différence de vitesse

Graphique des temps de réaction des deux sœurs. Ce graphique exprime seulement les moyennes de séries de 20 réactions. Les temps inscrits sur Ja ligne verticale, sont des centièmes de secondes. Les chiffres inscrits sur la ligne horizontale indiquent l’ordre des séries. Le tracé continu est celui de Marguerite, le pointillé appartient à Armande. On voit que la différence de hauteur des deux courbes, faible au début, a augmenté par la prolongation de l’expérience ; on remarque aussi combien la courbe de Marguerite est plus régulière que celle d’Armande.

Saccuse beaucoup; tandis que Marguerite bénéficie beau-

coup de l’exercice, Armande reste presque stationnaire: son éducation s’est faite moins régulièrement. Ainsi, Armande a obtenu son maximum de vitesse à la 4° série, puis elle n’a cessé de perdre à partir de ce moment-là, et sa courbe a été fort irrégulière : au contraire Marguerite a très régulièrement abrégé ses réactions depuis la 1"° série jusqu'à la 5°; la seule exception à cette abriviation est fournie par la 5° série; j'en attribue l’allongement à un peu de fatigue,

les cinq séries, ayant été prises dans la même matinée:

si on ne tient pas compte de cette 5° série, on constate une

très grande régularité chez MASUQNES

La variation moyenne est à peu près la même de part et d'autre et ne présente rien de bien caractéristique; mais, fait beaucoup plus important à remarquer, le nombre des réactions anticipées est’très différent chez les deux

sœurs, Armande a fait dès le début une réaction anticipée; elle a fait dans les séries 4 à 7 quelques réactions anticipées, nous rangeons sous ce titre, non seulement

les anticipations franches, c’est-à-dire précédant le signal,

mais les réactions ayant moins de 9 centièmes de seconde; à cette limite, il peut évidemment y avoir doute sur la nature de la réaction. mais pour des réactions de 7, de'‘6, et au-

dessous, on doit très probablement les considérer comme

anticipées. Armande a, du reste, plusieurs fois reconnu qu’elle avait la tentation de réagir avant le signal et cette tendance a produit tantôt des réactions trop courtes, tantôt des réactions très longues. Le nombre de réactions anticipées qu’elle a ainsi commises est de 5 pour 260 réactions; c’est un nombre extrêmement faible. Marguerite fait ici contraste avec sa sœur. Jusqu'à la 8° série, elle n’a fait aucune réaction anticipée, ce qui signifie, d’après la définition ci-dessus de l’anticipation, qu'elle n’a eu aucune réaction inférieure comme temps à 9 centièmes de seconde, ni de réaction précédant le signal; mais à partir de la 8° série, les réactions anticipées sont devenues très nombreuses, et elles n’ont manqué dans aucune des séries subséquentes; nous en comptons 52, c’est un nombre énorme, qui est égal au tiers des réactions (1). Et même, ce nombre énorme est encore au-dessous de la réalité, En prenant les réactions, j’ai constaté bien des fois que je pouvais augmen-

(1) Les réactions franchement anticipées, c’est-à-dire précédant le signal, ne figurent pas dans le nombre de 20 réactions composant chaque série ; elles ne figurent pas non plus dans le, rie de la moyenne et de la variation moyenne.

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ter presque à volonté ce nombre des réactions anticipées. 11 me suffisait pour cela de prolonger de quelques secon- des l'intervalle que je laissais écouler entre l'avertissement « Attention! » et le contact sur la main; il se produisait aussitôt une réaction anticipée; si je recommençais la même manœuvre, en répétant mon avertissement, la réaction anticipée se produisait de nouveau; j'en ai eu ainsi jusqu'à trois en succession immédiate; lorsque le mouvement d'anticipation ne se produisait pas, il se produisait en revanche une ébauche très nette d'anticipation, Marguerite avait un mouvement de tout le bras, elle penchaït même le corps en avant, mais elle réussissait à se retenir et ne relevait pas le doigt appuyé sur l'interrupteur. Supposant que Marguerite se trouvait, par hasard, au cours de ces expériences, sous quelque influence inconnue, j'ai laissé passer une huitaine de jours sans expériences, je les ai reprises ensuite, et j'ai encore trouvé la même abondance d’anticipations. C'est là un trait bien caractéristique.

Que signifie-t-il? Comment pouvons-nous l'expliquer? Nous n'avons jamais dit à Marguerite, pas plus qu’à Ar- “mande, qu'elle devait se garder de partir avant le signal. Cependant, pendant la 14° série, elle nous demande, tout en faisant les réactions : « Il ne faut pas partir avant? » et nous lui avons répondu : « Il vaut mieux ne pas partir avant; » mais, malgré notre affirmation, elle a encore fait dans cette série et dans la suivante beaucoup de réactions anticipées. En théorie, on peut admettre que l’anticipation des réactions provient d’un excès de zèle, plus précisément que ce phénomène suppose à la fois un grand désir de réagir vite, un peu de surexcitation, et une faiblesse de coordination, un défaut de volonté comme frein. Cette explication toute théorique conviendrait peut-être au cas de Marguerite, mais à quelques nuances près. Tout d’abord, nous remarquons qu'une fois, la pendule ayant sonné, elle

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