LE PARASITE DE LA RAGE EST-IL UN PROTOZOAIRE OU BIE
l M- BACTÉRIE ?
Si les découvertes de Pasteur sur la rage témoignenl de la fécondité de la méthode expérimentale, elles ne laissent pas que de surprendre quand on se rappelle qu'elles ont été faites sans rien connaître de la nature même du virus rabique. Aujourd'hui encore, pour définir ses propriétés biologiques, expliquer le méca nisme de son action pathogène, suivre les modifications de sa virulence, interpréter les lésions produites par sa culture au sein des centres nerveux, proposer une théorie des vaccinations antirabiques, nous sommes obligés de raisonner par analogie avec ce qui se passe pour les microorganismes connus.
Maintenant que nous avons appris à connaître les propriétés du xirns rabique, nous devons rechercher quelle est l'hypothèse sur sa nature qui s'accorde le mieux avec elles; ensuite nous pourrons suivre les
IIISTOKIMI'K 2^3
nombreuses temUatives laites pour obtenir m ml.ro une culture de l'agenl pathogène de la eage,
r. Historique. — Les ea»ac*&res cliaiqmfis die La maladie la rapproebaient d'autres iflofeefcÎQns déjà étudiées. V l'époque où Davaine \enait de i lécouvrir la baetéridifi ebarbouneuse dans les humeurs, ï I a 1 Lier cultivait le sang des animaux enragés ; son fameux « Lvssophvton )) était une impureté ; plus tard. Lolli annonça que la salive contenait, des infusoires.
Lorsqu'on apprit le siège réel du virus rabique, on se mil à examine!' a\ec soin les centres nerveux. Au laboratoire de Pasteur, l'attention l'ut d'abord attirée par des granules analogues à des cocci , dans les émulsions de moelle et de cerveau rabiques. Les recherebes de Roux. Gibier, lurent bientôt suivies de celles de Fol, qui crut distinguer sur des coupes de moelle, dans les espaces de la névroglie. ainsi qu'entre les cv lindraxes . des granulations analogues, vraisemblablement dues à une dégénérescence des cellules nerveuses, i
Plus tard. Hivolla. Babes . essayaient de cultiver des fragments de moelle rabiqne sur de la gélose : l'injection aau lapin et au cobaye donnait quelquefois la rage. Il est aujourd'bui démontré que sur ce milieu les parcelles du tissu rabiqne avaient conservé leur virulence, et qu'il ne s'agissait nullement d'une multiplication. Babes signalait encore dans ces cultures des microorganismes variés , coccus, bacilles, éléments ovoïdes.
Motte et Protopopoiï, de leur coté, prétendaient avoir découvert dans la moelle allongée des loups atteints
NATURE DU VIRUS RABIQUE
do rage, de courts bâtonnets, dont l'inoculation pro voquait l'infection rabique.
|)|,IS féce ent ( [896), Bruschettini , partanl de
cette idée que le microbe de la rage exige, pour se développer, des produits entrant dans la composition chimique du tissu nerveux, avail préparé une gélose additionnée de lécithine e1 de cérébrine, extraites des cerveaux du chien ou du lapin (l'm). Sur ce mlieu, il ensemençait des parcelles do bulbe d'un animal lin' par le virus fixe. Iprès vingt-quatre à trente-six heures d'étuve, on voyait apparaître des colonies confluentes, très petites, transparentes, à peine visibles à l'œil nu. semblables à des gouttelettes de rosée, el dépassant légèrement le niveau de la gélose ; il était facile de les réensemencer et d'obtenir des générations successives. Y un fort grossissement, ecs colonies se montraienl irrégulièrement dentelées sur leur contour avec uni; zone sombre au centre. Elles étaient constituées par des amas de bacilles courts, très petits, trapus, se colorant aisément par le Ziebl et le bleu de Lœffler, colorations qui taisaient apparaître au centre une zone •claire, rappelant le diplocoque de Fraenkel.
L'injection mtracérébrale des cultures sur gélose nu en bouillon au cerveau, additionnées de glucose el de glycérine, tuait le lapin en cin'q à huit jours avec des signes de paralysie; le bulbe inoculé transmettait la rage en série; enfin sur les coupes d les frottis de substance Cérébrale, on retrouvait les formes décrites do la bactérie.
On sait aujourd'hui (pie ces mficroorganismes n'ont rien à faire a\ec le parasite do la rage.
BYPOTHÈSES SUS LA NATURE IHJ VIRUS R.VBIQUK
2. Hypothèses sur la nature du virus rabique. — Maintenant que nous avons terminé cel bistorique des recherches bactériologiques entreprises sur la ragé, nous devons, avant de passer aux travaux actuels, éliminer successivemenl différentes hypothèses qui uni été faites sur la nature du virus rabique.
Le caractère essentiel, qui différencie les virus animés d'avec les ferments, est leur fécondité indéfinie. Tant qu'il rencontre la substance nutritive nécessaire à sa Aie. un microorganisme se reproduit; les diastases ne le peuvent pas. Mais comme l'élude approfondie de ci lles ci a montré qu'en agissant elles ne se détruisent pas toujours el se retrouvent, leur œuvre terminée, huiles prêtes à en recommencer une nouvelle, on s'esl demandé si celle immortalité des enzymes ne permettrai pas d'expliquer les propriétés du virus rabique; si. en un mot, il ne s'agira il pas. dans la rage (Hôgyès), d'une toxine d'une puissance indéfinie, ou bien capable de puiser chaque fois, au contact du tissu nerveux, l'énergie pour des. actions nouvelles. *
Des diastases, substances qui n'exigent aucune dépense extérieure pour accomplir leurs transformations chimiques, puisque celles-ci sont faites avec dégagement de chaleur, on a donné des images accessibles, en les comparant par exemple à une allumette en état cl'igni tion permanente el qui pourra servir à allumer un nombre indéfini de feux. || n'(M, est pas moins vrai que l'action diastasique finit toujours par se ralentir et cesser.
La perpétuité dans la nature d'une maladie telle (pie la rage, son incubation toujours exlrèmcmenl longue dans les conditions naturelles de sa transmis
-'^6 NATURE ni! YIUl's RABIQ'UE
sion. les modifications dans l'activité du riras rabique. nous paraissent constituer autant de caractères que ne sanrail expliquer une hypothèse basée exclusivement sur la présence d'une toxine ou d'un poison quel conqne, analogue aux enz) mes.
D'antre pari, depuis quelques années, on s'est livré dans plusieurs laboratoires à l'élude d'une maladie très intéressante, le cancer des souris, et l'on a reconnu que les éléments cellulaires de celte teneur se com portaient comme de véritables parasites, puisque, à la condition d'être introduite intacte et tout entière dans les tisses d'une souris neuve, une cellule cancéreuse pouvait provoquer chez elle L'apparition d'une tumeur de même nature.
On peut ainsi se demander, à propos de l'infection rabique . si les éléments du tissu nerveux ne pourraient pas conserver indéfiniment une virulence acquise à la suile de transformations clumiques spécifiques (Hogyès). dont la nature nous est encore inconnue, la cellule nerveuse se comportant elle-même comme un véritable parasite.
Celte hypothèse ne paraît pas soulcnable. Pour transmettre la rage, il n'est pas du tout nécessaire de respecter l'intégrité des cellules, comme pour le cancer des souris ; non seulement on peut broyer pendant longtemps la substance nerveuse, mais dans certaines conditions, l'émulsion cérébrale a conservé sa virulence après avoir passé à travers du papier, ou même a travers îles bougies très serrées.
Celle dernière considération, le passage du mi-us rabique à travers les libres, nous parait devoir mettre un terme à ces hypothèses, el nous faire admettre que
HYPOTHÈSES SI R LA NAÏTKK M VIKI'S KAHIUUK
la cage esl due à un microorganisme toujours paréseiut dans les centiares aearveraa des animaux rabiques.
Pour certains auteurs, la décOTfveirtfi des ee'Ppmeuiles de %egnri permettrait de donner une forme eonçrète axa microorganisme auquel esl; due t'a rage, et, comme
nous allons le voir, on a cherché à concilier I;
phologie du prétendu parasite de Virri avec la Jillrn faâitè du \ irus rabique.
On se rappelle (ehap. es) en quoi consisle la découverte du savant italien. Il a décrit , dans le système ner veua de li'inomme el des animaux morts de raye, des corpuscules inlraproloplasmiques spéciaux, qu'on ne retrouverait jamais eu dehors de cette maladie. Ces corpuscules . loujoursintracellulaires . se rencontrent surtout dans Lescellules pyramidales de la corne d'Ainmon . ainsi que dans celles du cervelet (éléments du Piïrkinje).
Dans une noie postérieure de deux ans à sa première communication. Negri annonçait avoir trouvé des formes de transition entre les deux types de formations internes, les gros corpuscules granuleux et les pelils. rél rincent s. Il insistait sur un nouveau slade de son parasite, caractérisé par des formes visihles surtout dans l'écorce cérébrale des bovidés. Ces inclusions, au lieu de présenter, ainsi que celles reconnues jusqu'ici, deux substances r l'une nucléaire et l'autre comparable à du proloplasma . ont un as-ped exclusivement gràndtaacf et dû à une multitude de très pelils corpuscules réfringents qui les remplissent en entier.
Ceux-ci mesurent moins de i a dans leur plus grande dimension; ce sont des filaments courts et grêles, rarement droits, mais plutôt recourbés en
--•s NATURE DU VIKCS RABIQUK
demi lune falciformes ou en virgule. L'hématoxylinc nu 1er, de Hèidenhairi , les colore en bleu sombre.
Ces corpuscules sont, pour N'egri, les spores deson parasite, el leur petitesse expliqué le passage possible du virus rabique à travers les bougies.
Bien qu'il soit particulièrement difficile de faire comprendre, au moyen d'images, la signification que N'egri attribue aux corpuscules endocellulaires de la rage, mous axons, grâce à l'amabilité du savant pro fesseur de l'Université de Pavie, l'ail reproduire une série de microphotographies montrant les « parasites ». Ils ont été colorés sur les coupes par la méthode de Romanowsky qui met bien en évidence les noyaux, la chromatine du << parasite », ainsi que la façon donl se comportent ces noyaux.
En i, on voit le « parasite » sous l'apparence d'un corpuscule central volumineux et fortement coloré, d'aspect homogène. Tout autour de lui. de nombreux amas nucléaires plus petits, de forme régulière, d'aspect homogène et entourés d'un cercle incolore très net.
En :>., 3, on voit, au lieu d'un amas unique à l'intérieur du (i parasite », de petits corpuscules irréguliers.
La figure 5 représente le « parasite » Contenant diverses .formations de diamètre variable; dans quelques unes , la chromatine est disposée en corpus cules bien individualisés.
Les figures 6, 7, 8 représentent chacune une for mation centrale volumineuse, sous forme d'une tache plus obscure sur le fond du corps du « protozoaire ». (les formations peuvent contenir des amas chromatiques nettement différenciés, ronds ou ovoïdes, de grandeur presque uniforme.
^.\T^^l•: m Vll<i:s RABIQUE
Fig. 9 (suite).