LES DEUX FORMES CLINIQUES DE LA RAGE
lapins leur donna toujours la rage furieuse. Ce même virus, inoculé au chien et au cobaye, n'a subi par la suite aucun changement dans cette remarquable propriété de toujours provoquer la l'orme furieuse chez un animal qui la présente assez raremenl . comme Je lapin. Ensuite, parlant du bulbe d'un de ces animaux de passage, le douzième, il parvient adonner, en l'inoculant, la rage mixte (treizième passage), enfin la rage paralytique, forme qui se perpétue dans une deuxième série do lapins nombreux.
Ainsi donc, on peut faire une sélection artificielle du virus rabique. Roux a confirmé ces faits intéressants, en parlant du bulbe d'un lapin qui avait reçu en injection le nerf cubital d'un malade mort de rage parai vtique. La précaution essentielle pour réussir consiste à inoculer deux lapins à chacun des passages, et à prélever, pour pratiquer le suivant, le virus sur l'animal qui a présenté la plus tvpiqne des deux tonnes, paralytique ou furieuse.
Ce fait est général : les deux formes de la rage sont dues au même virus, et elles peuvent chacune se perpétuer indéfiniment. Toutefois il semble bien que le chien soit un des animaux les plus aptes à prendre la rage furieuse. Dans la série de nos expériences d'inoculation au chien d'un virus humain, nous avons vu que quinze passages n'avaient apporté aucune modification aux Symptômes furieux observés dès le début de nos expériences sur le premier chien.
D'autre part, di Vestes et Zagari ont cru observer que la rage paralytique ou spinale, forme assez rare chez 1 homme, se déclarait chez lui en général à la suite de morsures siégeant aux extrémités inférieures
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observation conforme aux recherches expérimentales (|ui permettent de constater la rage unir à la suite d'une inoculation de virus des rues dans le sciatique, la forme furieuse ;'i la suite d'une trépanation chez le chien et le lapin. De mêmé chez l'homme n'observe l-on pas presque constamment la rage furieuse à la suite des morsures au "visage el sur les téguments crâniens?
Chez les animaux, l'inoculation du virus rabique dans les veines provoque le plus souvent la rage paralytique.
Ces différentes constatations montrent bien que le même virus des rues pourra donner l'une ou l'autre forme de la maladie, suivant le point d'introduction dans l'organisme, par conséquent suivant la région des tenlres nerveux où débutera la culture, et aussi en raison de certaines conditions offertes par telle raie d'animaux.
4- La culture du virus rabique. — L'un des .arguments des partisans de sa nature protozoaire est l'impossibilité de cultiver le parasite de la rage. qui. semblable en cela à beaucoup de microorganismes animaux, semble exiger, pour sa multiplication, le concours de la matière vivante elle-même. C'est là une raison insuffisante, car nous connaissons' plusieurs exemples de microbes végétaux dont la culture n'a pu encore être obtenue.
Pour chaqUe espèce bactérienne aussi, il existe un ensemble de conditions plus ou moins étroites, qui assurent son développement : à côté des bactéries auxquelles sont réservés des processus aussi différents
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que la fermentation butyrique et que l'œdème malin, il en existe d'autres qui n'ont qu'une seule fonction, tels les microbes qui président à l'assimilation de l'azote dans les nodosités des légumineuses, et on peut supposer l'existence d'espèces bactériennes assez différenciées pour ne pouvoir se développer sans le concours de la substance vivante.
Tout ce que nous savons sur le parasite de la rage nous montre qu'en dehors des neurones centraux cl périphériques, non seulement sa culture, mais sa conservation sont impossibles. Introduit au contact de certains I issus, dans le péritoine par exemple, il peut perdre sa virulence en l'espace de quelques heures, et lorsque sa présence est constatée dans les humeurs, elle l'est seulement d'une façon transitoire. Au contraire, sa -conservation reste assurée pendant longtemps au sein des centres nerveux où la culture est déjà faite.
Pour ces raisons, des expérimentateurs ont souvent songé à la possibilité de cultiver le microorganisme de la rage dans le cerveau ou dans la moelle, fraîchement extraits de l'organisme.
Déjà, au laboratoire de Pasteur, des essais avaient été faits dans ce sens. Ivraus (/ly.'i). qui les a repris en modifiant les conditions de l'expérience, n'a cependant rien obtenu, et sa conclusion est que jamais il n'a pu démontrer la virulence du bulbe à la suite d'une injection de matière virulente s.. us la dure-mère ou bien dans le cerveau d'un lapin mort.
Nous même, dans de nombreux essais . nous n'avons jamais réussi à obtenir de culture dans des moelles fraîchement extraites sur des lapins normaux préalablement saignés. Des tronçons de moelle épinière de
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o cm., 3o de longoeur étaient placés clans dos boîtes (l° IV|1'' : piqûre était faite à l'une des extrémités do La moelle avec quelques gouttes d'émulsion de virus «les rues ou de virus fixe, ^près un certain nombre de jours d'exposition à h. nies les températures, depuis celle de la glacière jusqu'à celle de l-'étuve à M;", et dans l'obscurité, on prélevait l'extrémité opposée de la moelle. Or jamais elle ne s'est montrée virulente, tandis que Je virus avait souvenl conservé son activité à L'extrémité même où il avait été introduit.
Nitseb a entrepris récemment des expériences sur la diffusion du virus fixe au dehors de l'organisme.
Dans les laboratoires pour les vaccinations antirabiques, il est d'usage de prélever les centres nerveux des lapins de passage immédiatement après la mort; on peut supposer, en effet, que Le virus rabique achève de se généraliser pendant l'agonie, soit par diffusion, soit par culture, dans les organes nerveux, qui seraient ainsi moins virulents s'ils étaient extraits avant la période agonique.
Il n'est pas impossible non plus qu'après la mort le virus rabique puisse se répandre dans d'autres tissus de l'organisme, raison pour laquelle il faut toujours rechercher sa présence dans les humeurs pendant la vie de l'animal.
Nitsch prétend que le virus fixe passe après la mort de la substance grise à la substance blanche, et il se demande si celle diffusion ne pourrait continuer aussi à travers d'autres tissus.
Voici ce que dit col auteur.
Si on laisse le cerveau ou le foie d'un animal neuf en contact tmmédial avec un cerveau infecté, à l'air.
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dans l'obscurité et à Là température de la chambre, mi ne peul constater après quarante -huit à soixantedouze heures l'existerice du ^ i iti s rabique dans le cerveau normal ou dans le l'oie à la profondeur de i à 2 mm.
Si cependant, toutes les conditions de l'expérience étant restées sans changement, on remplace l'air par l'hydrogène, alors après quarante-huit ou soixantecinq heures on peut constater l'existence du virus de la rage à la profondeur dé 2 à \ mm. Parfois, même dans ces conditions, on ne réussit pas à démontrer l'existence du virus, même à une profondeur très peu considérable, celle de i millimètre environ.
L'absence absolue d'oxygène n'est pas une condition indispensable du passage post mortem du virus rabique des cellules nerveuses au suhstratum environnant; seulement une diminution notable de la quantité d'ow gène est nécessaire.
Donc, en dehors de l'organisme animal, le passage du virus rabique d'un cerveau infecté à un cerveau sain, resté en contact immédiat avec lui, peut se produire même à la température de la chambre. Ce passage est relativement rapide.
Et maintenant se pose une question fondamentale : est-ce qu'il faut considérer ce passage du virus comme l'effet de sa culture dans un cerveau neuf, ou tout simplement comme le résultat d'une diffusion, d'une pénétration d'un virus, d'un substratùm à un autre? Pour Nitsch, il ne s'agirait pas d'une culture du virus rabique. mais seulement d'un phénomène post mortem, relevant de la diiïusion ou de l'osmose. A l'appui de cette opinion, l'auteur attire l'attention sur les deux points sui\anls.
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i ) (!<• phénomène se produil à la température de la chambre; or, toul ce qu'on saij sur la rage fait sup poser que la culture de virus fabique n'esl possible qu'à une température d'environ .')-" C. ;
2) Après quarante huit heures déjà ou peut constater l'existence du NÎrus rabique à la profondeur «le 3 à /1 mm.; [| est cependant presque impossible que ce virus puisse s'être multiplié dans un temps si court.
D'autres expériences de Nitsch il ressort que déjà, après vingt-trois heures de séjour d'un cerveau infecté dans l'eau, le virus rabique y passe, même à travers la pie-mère, en une quantité telle, que 1/10 ce. de cette eau suffit pour faire périr un cobaye avec les symptômes classiques de la rage après six jours et demi ou sept jours et demi.
Nous pensons, comme Nitsch lui même, qu'il ne faut voir dans ces expériences que des phénomènes de diffusion, nullement de culture.
De liés nombreux essais ont été faits pour cultiver le virus rabique dans différents milieux préparés avec de la matière cérébrale ou avec les substances qui entrent dans sa composition chimique: ces essais n'ont jamais rien donné. On peut supposer qu'après la mort il se forme dans la matière nerveuse quelque produil nuisible à la multiplication du virus rabique. Comment tourner cette difficulté?
Comme le jaune d'œuf renferme quelques unes des substances chimiques du cerveau, en particulier de la lécithine sous mie forme naturelle, nous avons essa\é de cultiver du virus des rues dans le contenu d'un œuf. Des parcelles de substance cérébrale étaient aspirées à travers les méninges dans une boule de verre pour
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anaérobics. que l'on remplissait ensuite du contenu d'un œuf préalablement agité, et dont la réaction alça Une avait été vérifiée. Le vide était fait dans le tube, qu'on exposait à 07" pendant trois à quatre jours, après en avoir mélangé soigneusement le contenu. Très régulièrement, celui-ci se montrai! virulent à la dose de o ce, i5. Huit cobayes ont reçu ainsi huit de ces préparations, et tous ont pris la rage entre le neuvième et le onzième jour, c'est-à-dire avec un retard à peine sensible, leur bulbe se montrant chaque fois virulent pour un autre animal.
Mais tous les essais (entés pour obtenir une culturefille avec le premier œuf ensemencé ont échoué.
Nous pensons donc qu'il ne s'agit pas là d'une culture, mais que le contenu de l'œuf, probablement le jaune, peut conserver la virulence du microorganisme de la rage. Il nous a semble qu'elle était moins bien assurée lorsque le vide n'avait pas été fait dans l'appareil.
Ces phénomènes de conservation . même prolongée, du virus rabique ne sont pas exceptionnels, et au cours de tentatives de culture en sacs intrapéritonéaux , nous avons vu la rage éclater au onzième jour chez un animal qui avait reçu du sérum de lapin normal, chauffé à 70" et ensemencé avec un peu de virus fixe : ce sérum était resté en sac dans le péritoine d'un lapin pendant onze jours.
Bien entendu, il s'agissait d'une parcelle virulen le qui avait échappé à l'action destructive; car le contenu des sacs ensemencés avec le virus des rues ou avec le virus fixe ne conserve pas ordinairement sa virulence.
Dans l'hypothèse d'un produit nuisible, formé après
2(i2 NATURE DU VIRUS HABIU1K
la mon dans la substance nerveuse, la minime quantité de viras ensemencé contient peul être suffisamment de ce
Produil pour, gêner b duplication du microorganisme
de la rage. Il faudrait donc renoncer au tissu nerveux comme source do culture et choisir Je sang, qui s'est montré viraient dans de rares cas, mais qui contienl peut être le microbe rabique chez tous les animaux infectés.
Cependant toutes les tentatives" les plus variées d'ensemencement du sang ont échoué. Il ne faul pas oublier que le sang, si rarement doué de virulence, ae la conserve pas longtemps. Dans une de nos expériences, du sérum sanguin qui avait infecté un animal ne se montra plus virulent neuf jours plus'tard.
Nous nous sommes encore demandé si l'impossibilité de reconnaître la virulence du sang ne viendrait pas de ce que la saignée provoque une phagolvse. d'où mise en liberté de la cylase, destructive du microbe rabique:» Nous nous sommes donc proposé de rendre inactive l'alevine, en privant le sérum des sels par la dialyse.
Mais comme un sérum, privé ainsi des sels indispensables à l'action alexique. pourrait la récupérer au contact des substances salines des milieux de culture, nous avons ensemencé la sérosité de l'œdème, dépourvue de cylase. et recueillie chez un animal rabique. Essais également infructueux.
Faut-il rappeler enfin les nombreuses tentatives de culture de la salive? -
De [ouïes ces expériences el d'autres encore, on peut seulement tirer les conclusions suivantes, pouvant servir à de nouvelles recherches:
[° Le virus rabique supporte liés bien la tempéra
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ture de 87° el \ garde sa virulence pendant un nombre de jours au moins égal au temps nécessaire à sa culture dans le cerveau vivant.
2° Sans qu'on puisse en l'aire une condition nécessaire, le virus rabique semble se conserver mieux à l'abri de l'air.
3° La présence d'autres microorganismes ne nuit eu rien à sa conservation peut-être même trouve-t-il dans cette substance vivante un aliment nécessaire. Toutefois, il n'a élé donné à personne d'obtenir de culture mixte du microorganisme de la rage.