OCTAVE DOIN ET FILS, ÉDITEURS
8, PLACE DE l'odÉON, 8
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INTRODUCTION
La rage a de tout temps excite la curiosité des savants. Considérée, dans l'antiquité, comme une maladie exclusivement épizootique (Hippocrate) , une inflammation des nerfs (Démocritc), au commencement du xix' siècle comme une vésanie (Bosquillon) , elle était devenue l'objet d'observations cliniques d'un grand intérêt et aussi de recherches expérimentales avec Cbabcrt, Magendie, Bréchet, Boule.y, Galtier, Meyncll et Youatt, Hcrtwig, Krùgelstein, Lenhossek, Yirchovv.
En 1881, lorsque Pasteur entreprit son étude, on avait acquis sur la rage les connaissances suivantes.
C'est une maladie nerveuse qui n'est jamais spontanée, mais toujours transmise par la bave des animaux enragés.
Les premiers symptômes éclatent après une longue incubation de vingt à soixante jours. A ce moment l'homme devient triste, inquiet, indifférent aux personnes et aux choses; on le voit rechercher la solitude et se livrer à une agitation incessante; certains malades accusent des hallucinations, d'autres des troubles nerveux au siège même de leurs morsures.
Après quelques jours, cet état mélancolique fait place à une période d'excitation caractérisée par de la fièvre, de l'oppression et par l'bydropliobie, sorte de crise spasmodique du pharynx, accompagnée d'autres réflexes exagérés.
Si le malade ne succombe pas alors par asphyxie, il passe, avant de mourir, par un dernier état, de paralysie, et la
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durée totale de La maladie excède rarement trois on quatre jours.
Il n'est pas de race humaine, pas de pays qui soient préservés de la rage. Cependant, en dépit d'expériences courageusement entreprises de différents côtés, sa nature restai! toujours impénétrable.
Zinke (i8o4) paraît avoir réalisé, Un des premiers, la transmission expérimentale de la maladie en souillant, avec la bave d'un animal enragé, des plaies cutanées faites chez le chien et chez le lapin.
Dans leurs recherches, Grimer, le comte de Saline, Magendie, Breschet, essayent encore la salive des animaux rabiques, et c'est Hertwig, le premier, qui imagine de rechercher le contage ailleurs que dans la bave,. à savoir dans le sang et dans les nerfs ; mais pas un seul des chiens inoculés ainsi ne prit la rage.
Si nous ajoutons à ces travaux ceux de Rey, de Renault, de Brandt démontrant que la maladie peut être communiquée aux herbivores, que parfois elle revêt une forme paralytique, et plus tard (1879) ^es recherches si nombreuses de Galtier sur la rage du lapin, nous voyons finalement que personne ne pouvait la transmettre à coup sûr. Lorsque par hasard l'infection était suivie d'un résultat positif, c'était à la suite d'une incubation extrêmement longue, parfois d'un an et plus.
On comprend combien de telles expériences étaient peu encourageantes et manquaient de précision. Beaucoup des animaux que l'on faisait mordre succombaient à la suppuration de leurs plaies; la plupart exigeaient une surveillance indéfinie, dans l'attente de la rage.
Cependant, en 1879, un médecin de Pau, Duboué, avait conclu de ses observations que le virus rabique déposé à la faveur de la morsure doit suivre la voie des nerfs jusqu'aux centres nerveux, idée dont la justesse allait être démontrée par les recherches ultérieures.
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L'étude expérimentale d'une maladie contagieuse comporte sa transmission aux animaux, la connaissance de l'agent pathogène, sa culture pure en dehors de l'organisme.
La science nouvelle que Pasteur avait fondée venait de prouver sa puissance et sa fécondité par toute une série de résultats de la plus haute valeur pour des maladies virulentes comme le choléra des poules et le charbon.
Mais ce fut vainement qu'on chercha à isoler chez les animaux morts de la rage un microbe spécifique de leurs organes pour le cultiver en dehors d'eux.
Pasteur saisit aussitôt le nœud du problème : puisque la rage se présente comme une maladie du système nerveux, c'est en lui que doit siéger le virus, et c'est là qu'il faut le déposer pour transmettre l'infection aux animaux. Leur moelle et leur encéphale vont, après la mort, constituer une culture pure de l'agent pathogène, qui pourra être indéfiniment entretenue par passages successifs dans le cerveau de nouveaux animaux.
Les communications où Pasteur pénètre ces faits inconnus tiennent seulement quelques pages des Comptes rendus de l'Académie des sciences, et pourtant elles renferment tout ce que nous savons d'essentiel sur la rage.
A la séance du 3o mai 1881 , Pasteur, en une note très courte, indique les résultats expérimentaux si constants donnés par la méthode de la trépanation , peu de mois précisément après-que Galtier avait communiqué à l'Académie de médecine toute une série d'essais infructueux de transmission de la maladie en inoculant sous la peau l'encéphale de chiens enragés. C'est qu'il ne suffisait pas-d'avoir en main la culture; il fallait encore, pour l'entretenir, l'injecter au bon endroit, c'est-à-dire dans le cerveau lui-même, et cette légère modification, qui nous parait aujourd'hui si simple, élait pour Pasteur la condition des découvertes futures. Elles n'ont pas tardé à compléter nos connaissances sur
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1 infection rabique : dans la séance dn 11 décembre 1882, Pasteur signale des 'résultats clcs plus 'importants. Toutes les formes de la rage procèdent d'un même virus. Il siège dans les centres nerveux et s'y conserve pendant un long temps. L'inoculation sous -méningée constitue la seule voie absolument sûre de transmettre la maladie. Celle-ci peut guérir spontanément chez le chien, ce qui fait entrevoir dès maintenant la possibilité de vacciner cet animal contre la rage.
Puis on apprend bientôt les premiers essais d'immunisation des animaux, au moyen de moelles où le virus rabique a été atténué par la dessiccation. La méthode est appliquée à l'homme ; des instituts s'ouvrent pour le traitement préventif de la rage.
Peu de découvertes scientifiques ont eu dans le monde aussi grand retentissement : Pasteur venait de résoudre une des questions les plus mystérieuses dans l'histoire des maladies transmissibles à l'espèce humaine.
Beaucoup de points restent à élucider dans l'étude de la rage. Le présent livre est destiné moins à présenter un tableau complet de nos connaissances sur celte maladie qu'à montrer jusqu'où l'expérimentation a permis de poursuivre les travaux de Pasteur sur celte question.
La partie clinique sera seulement esquissée, le traitement de la maladie présenté à titre d'application de celte élude expérimentale de la rage.
L'intérêt que les savants ont reporté sur elle depuis quelques années nous a conduit à donner la bibliographie complète de la question depuis les travaux de Pasteur.