CHAPITRE II
ELABORATION DES MENSURATIONS
Dès 1904, G. VIOLA apportait une méthode « à but clinique » permettant d'évaluer les proportions du sujet examiné en rapportant ces mensurations à une table de déviation centésimale. Celle-ci comporte des degrés positifs et négatifs, s’écartant du O qui représente les mensurations du « normotype ».
Les degrés de VIOLA correspondent à des écarts égaux au centième de chaque mesure du normotype. Il devient donc facile d'apprécier en quoi le sujet examiné s’écarte du type moyen et de juger quel est l’importance de cet écart. Cependant, l'emploi de la méthode de VIOLA a montré quelques défauts qui expliquent peutêtre pourquoi elle est demeurée d’un emploi restreint. Un matériel de mesure encombrant, peu maniable, l’usage de mensurations parfois illogiques, en sont les inconvénients d'ordre pratique, mais Sur le plan théorique, d’autres difficultés se présentent. La notation en degrés centésimaux, comportant des écarts égaux entre eux, si elle donne une idée des proportions, ne peut en donner une évaluation mathématiquement exacte; en particulier elle ne peut renseigner sur les rapports anthropométriques. Les rapports de volume ou valeurs des divers segments corporels, dont l'importance est primordiale dans le prôcédé de VIOLA, sont cependant éva-
MM. Jean DELAY et Paul NEVEU ont été amenés, tout en conservant le principe de la déviation positive ou négative par rapport au normotype, à créer une méthode nouvelle d'examen métrique et de notation des écarts. | :
Après avoir établi un normotype théorique à partir de la valeur médiane des DEAR d’un groupe, ils ont calculé des tables de déviation qu Pils appellent proportionnelles ou géométriques.
Les écarts, au lieu d’être constants, y sont proportionnellement croissants au-dessus de 0 et décroissants au-dessous. À partir de chaque dimension du normotype, ils ont établi une progression géométrique de raison 1,005, chiffre choisi arbitrairement.
À étant le premier terme correspondant au degré 0, le deuxième terme À %X 1,005 correspondra au degré + 1, le troisième À %X 1,005?, au degré + 2, le n ième A X 1,005n-1, correspondra au degré n-1. Le degré de déviation caractérise donc l’exposant du coefficient 1,005.
Les tables ainsi constituées, permettant, par transformation des dimensions du sujet examiné en degré de déviation proportionnelle, d'apprécier immédiatement l’importance de l'écart en plus ou en moins du normotype. La différence des degrés de déviation de deux dimensions distinctes caractérise la variation de leur rapport. On obtient ainsi une évaluation exacte de la variation des proportions.
Pour mieux comparer les proportions de plusieurs sujets, il peut être utile de réduire les degrés de déviation proportionnelle à l’échelle d’une dimension du normotyÿype prise comme base, la stature par exemple. Il suffit d'adopter, comme origine ou degré O, le degré de de la stature, c’est-à-dire de faire la soustration algébri-
que de ce degré des déviations Proportionnelles des diverses dimensions.
CRT NES
- Voici deux exemples concrets, qui montreront comment les mensurations ainsi élaborées permettent une appréciation précise des structures corporelles.
Dans un premier exemple, E... a une stature 0, ses proportions seront directement comparables à celle du normotype. Le cou est long, (+ 15), le tronc est assez haut (—- 2), les épaules un peu larges (-- 3), le thorax un peu bref (sternum : — 5), étroit (— 7) et surtout aplati (— 15) ; il se rétrécit vers les hypocondres (hypocondriaque transverse) (— 12). Les étages thoracoabdominal (abdominal supérieur de VIOLA) et abdominal sont peu peu allongés (+ 5 et + 7). Le bassin est étroit (bi-iliaque — 12) mais non aplati (antéro-postérieur 0) et l’écart des trochanters est normal (— 1). . L'écart bi-trochantérien comparé à l'écart bi-acromial (— 1 et + 3) indique, selon la terminologie de PENDE, un type féminin pré-maternel. Le membre inférieur (0) est un peu court par rapport au tronc (-- 2). La cuisse est courte (— 10), la jambe un peu longue (+ 6). Le membre inférieur est un peu long (+ 3) au profit du bras ( 4) plus que de l’avant bras (+ 2). Quant aux extrémités, si le pied est un peu long (+ 2) la main “est nettement courte (— 10). Les diamètres transverses et antéro-postérieurs tous négatifs, à l'exception du biacromial, montrent la prédominance leptosome chez ce sujet bien qu'il soit proche du normotype.
Dans un deuxième exemple, Z..… a une stature de 1478 cm. (—— 12). Les écarts de déviation seront les mêmes si nous adoptons comme origine le degré — 12 au lieu du degré 0; nous obtiendrons ainsi par simple soustraction les degrés de déviation correspondant à une stature ramenée à celle du normotype. Voici les résultats obtenus et leur interprétation : Z.. est petite, elle a le cou un peu court (— 2). Tronc un peu court (— 3). Epaules très larges (+- 17). Thorax large (+ 16) aplati (— 3) rétréci vers les hypocondres (— 3) mais
7, Pie
bombé (+ 1). Sternum très bref (— 29) par contre thoraco-abdomen très haut (+ 28). Ventre un peu court (— 5), hanches étroites (— 5), bassin se rétrécissant vers le bas (— 8) mais très rond (antéro-postérieur + 17). Donc, forme générale du tronc large en haut; bombé vers le bas. Cuisses très courtes (— 17) jambes assez longues (5). Membres supérieurs courts (— 6) brièveté du bras (— 12) avant bras plüs long (0). Extrémités : mains longues ( 10) mais encore plus larges (- 13). Pieds très larges (- 13) et hauts (+ 4). Diamètres surtout positifs. Bréviligne.
Les chiffres viennent ici nous aider à comprendre les formes. Ils décrivent, mieux que les mots et les comparaisons, leurs variations qui sont ainsi objectivement fixées. ‘
Revenons maintenant sur certaines propriétés particulières aux degrés de déviation proportionnelle... Ceux-ci correspondent à l’exposant dont est affecté le coefficient 1,005 ou raison de la progression géométrique utilisée. |
Soit A’ une dimension quelconque, n son degré de déviation, A la dimension correspondante du normotype ou valeur de base : |
A’ — A X 1,005n et — — 1,005n À A’ n est donc le logarithme base 1,005 de —.
==" los 1005 A
Les degrés de déviation proportionnelle présentent denc toutes les propriétés des logarithmes, d’où une simplification remarquable des calculs, et de l’interpré-