SCENE XII
FERDINAND, LADY YVILTON.
LADY WILTON. Eli bien ! vous voilà tout tremblant ; qui donc vous écrit de Strasbourg? et comment cette lettre peut-elle vous causer une pareille émotion ?
Ferdinand. Jugez-eu! ( Lisant . ) - Mon fils!.. »
lady WILTON. C’est de votre père ?
Ferdinand. Oui, madame Mon fils,
» toi que je n'ai jamais pu presser contre » mon cœur!... je viens de loucher le sol
■ de la France ! »
LADY WILTON, avec joie. Ah! (y# ellemême.) Enfin!..
FERDINAND,* continuant. « Dans qucl-
■ ques heures je serai dans tes bras ! mais
• je ne veux pas que ton premier regard » soit, pour tes pareus, un regard de repro-
■ che ; je ne veux paraître à tes yeux que » justifié de notre abandon et de notre » absence... et lady Wilton qui dans ce » moment doit être auprès de loi... lady
• Wilton se chargera de notre défense ;
• écoute scs paroles, mon fils. »
LADY WILTON, émue. Il a dit cela!
FERDINAND. Voyez plutôt. (Avec respect. ) Je vous écoute, madame.
LADY WILTON, après un silence. Quand je vous disais tout-à-l’hcure que vous ne pouviez vous marier sans le consentement ou la présence de vos parons... vous voyez que j’avais raison ; j’espérais un retour dont malgré mes soins et ine9 démarches je doutais encore ; mais votre père revient enfin, et dans quelques heures il vous l'apprend, il sera ici... dans vos bras.
FERDINAND, avec émotion. Seul!
LADY WILTON. Probablement...
FERDINAND. Et inamère!., ma mère!., madame ; vous ne m’en parlez pas ! vous qui connaissez si bien et mon sort et mes parens, je ne vous demande qu’une chose.
LADT WILTON. Laquelle!
FERDINAND. Dites-moi si ma mère existe encore.
LADT wilton, très-émue. Elle existe!...
FERDINAND. Ociel! ce vieux précepteur dont vous me parliez ce matin m'avait dit qu’elle n’était plus... Tout ce qu’il m’avait appris d’elle, c’est qu’elle était créole, c’est qu’elle m’avait envoyé avec lui, dans ce pays... Et pourquoi m’exiler ainsi?
pourquoi me priver de sa vue, de sa tendresse... elle ne tenait donc point à i’atoour de son fils ?
lady wilton, vivement. Si! mais «il»
tenait encore plus à son estime!., elle était décidée à renoncer à lui plutôt tfSe de rougir à ses yeux.
FERDINAND. Rougir devant moi... et comment cela?
LADY WILTON. Si une famille noble , riche et bien cruelle l’avait empêchée de donner sa main à celui à qui elle avait donné son cœur ! si, libre enfin par la mort de ses parens, et maîtresse de sa fortune, elle était accourue en France pour s'unir à celui qu’elle aimait, au père de son enfant ! et qu’elle eût appris alors que , fidèle à l’honneur, il avait succombe les armes à la main, sous les drapeaux de son empereur! pouvait-elle se présenter devant ce fils qu’elle ne pouvait plus avouer ; pouvait-elle, en baissant les yeux de honte, lui dire : Je t’ai donné la ne, mais je ne peux te donner ni un père, ni un nom!..
Ah ! plutôt mourir, ou ce qui était plus cruel encore, plutôt vivre loin de son enfant!
Ferdinand. Grand Dieu!
lady wilton. Mais, si le ciel avait eu enfin pitié de sa douleur... ai ces déserts de la Russie, qui ensevelirent tant de braves, avaient consenti par miracle à rendre une de leurs victimes... si elle allait enfin revoir celui dont la présence lui rend l'honneur ( levant les yeux sur Ferdinand ), n 'aurait-elle pas le droit alors de lever les yeux sur son enfant?
FERDIN AND. O ciel !
LADY wilton, avec tendresse. Et de lui dire, commcjc le fais en ce moment: Mon fils!..
FERDINAND se précipitant dans ses bras qu’elle vient de lui ouvrir. Ma mère!... ma mère!... c’est vous !... AhI que je suis heureux !...
LADT wilton, l’embrassant et le serrant sur son coeur. Et moi donc!.,.