‹ L'étudiant et la grande dameChapitre 13 sur 28 · SCENE XI · texte numérisé non relu

SCENE XI

Les Mêmes, LOUISE , entrant par le fond.

LOUISE, accourant essoufflée et le cœur gros. Mon papa ! mon papa !

DUPRÉ, bas à Ferdinand. Chut! c'est Louise... nous en reparlerons quand elle ne sera plus là.

LOUISE, apercevant Ferdinand et d'un air froid. Ah ! vous voilà, monsieur ! c'est neureux. (Regardant autour d'elle.) Vous étiez seul ici?

Ferdinand. J'arrive avec monsieur votre père.

LOUISE, de même. C'est bien! {A part.) Elle est partie! {Bas à Ferdinand.) Plus tard ! quand mon père n'y sera pas, nous nous expliquerons là-dessus.

Ferdinand, plus étonné. Comment ?

LOUISE, appuyant. Et sur d'autres choses que j'ai vues ici...

FERDINAND, suivant ses regards et voyant les gants sur le bureau, D'autres choses?., ah! je devine... ces gants que vous avez trouvés...

LOUISE, soupirant, à elle-même. Si je n'avais trouvé que ça...

Ferdinand. C'est une cliente qui est venue...

LOUISE. C'est possible!., les clientes, c'est très-commode pour les avocats...

dupré. Oui... c'est comme les malades pour les médecins.

LOUISE, d'un air composé. Mais vous en nvez qui prennent un bien vif intérêt à »out ce qui vous touche, monsieur... qui sont fort curieuses, fort indiscrètes!

dupré. Bah!

Ferdinand. Que voulez-vous dire ?

LOUISE , à son père. Que tout-à-1'heure cet homme qui vous a apporté de l'argent, vous n'avez pas eu le dos tourné qu'il s'est approché de M. Moquette.

dupré, à Ferdinand. Mon premier comimis, un garçon intelligent.

LOUISE. Et lui a fait des questions sur notre jeune locataire du cinquième.

FERDINAND. Sur moi?

louise. S'il sortait souvent ? s'il rentrait tard? s'il recevait beaucoup de visites? Quelles personnes il fréquentait?

Ferdinand. Par exemple !

dupré. Qu'est-ce que ça lui fait?

louise. M. Moquette a cru que c'était un espion.

dupré. Cela en a tout l'air.

louise. Il l'avait déjà saisi au collet et allait lui faire un. mauvais parti...

DUPRÉ, à Ferdinand. C'est qu'il est fort comme un Turc, Moquette !

LOUISE. Lorsque cet homme lui a avoué que c'était sa maîtresse qui l'avait chargé de prendre ces renseignemens.

Ferdinand. Sa maîtresse !

dupré, se récriant. Sa maîtresse !

LOUISE, toute en larmes, à Ferdinand, Oui, une grande dame !

dupré, à part. Là! je l'avais deviné.

LOUISE, pleurant plus for t. C'est elle qui a fait payer vos loyers, c'est elle qui vous a envoyé tous ces cadeaux, c'est elle qui vous a fait suivre, surveiller en secret.

FERDINAND. Mais...

LOUISE, vivement. Ne le niez pas... j'étais là... j'ai tout entendu.

DUPRÉ, à part. C'est quelque vieille femme qui se ruine pour lui... et qui en est jalouse!., une marquise italienne...

elles n'en font jamais d'autres.

LOUISE , s' essuyant les yeux. Et maintenant, monsieur, parlez.... justifiez-vous si vous pouvez. Quelle est cette dame ? d'où la connaissez-vous ? Je veux tout savoir, d'abord.

FERDINAND , hors de lui. J'en deviendrai fou.. . c'est un complot! une infâme calomnie pour me perdre, pour m'enlever Louise! mais je saurai confondre... {Comme frappe d'une idée subite.) Ah! attendez ! quel trait de lumière... {Courant à Louise.) Cet homme a-t-il affirmé qu'il venait pour moi, pour M. Ferdinand? m'a-t-il nommé?

LOUISE. Non! il a dit le jeune homme du cinquième.

Ferdinand, vivement. Je l'aurais parié... c 'est pour Corbineau.

DUPRÉ. Pour Corbineau?

LOUISE. Pour M. Corbineau?

FERDINAND. J'en suis sûr, maintenant.

{À part.) Cette blonde dont il me parlait ce matin! cette folle qu'il a ensorcelée. {Haut.) C'est Corbineau, vous dis-je, et les questions, les loyers, les cadeaux, tout est pour lui.

LOUISE. Il serait vrai?

dupré. Ca n'est pas possible.

scejne xii.

Les Mêmes, CORBINEAU, entrant en

chantant :

Quand on sait aimer et plaire, etc.

FERDINAND, à Corbineau qui entre. Hé !

arrive donc...

DU pré, regardant Corbineau. Je ne croirai jamais qu'un physique pareil puisse valoir ce prix-là ! c'est exorbitant.

CORBINEAU. Tu étais impatient! sois tranquille , nous ne coucherons pas dans la rue. (Narguant Dupré.) Nous avons un appartement, mon cher.

Ferdinand. Il ne s'agit pas...

corbineau. Et un appartement un peu soigné ! pas au cinquième ! pas de mansardes ! un hôtel magnifique, où nous aurons un entresol charmant.

Ferdinand. 11 faut d'abord...

CORBINEAU. C'est un monsieur très-obligeant qui me l'a indiqué... cent cinquante francs de loyer.

Ferdinand. Mais...

corbineau. Salon , salle à manger, deux chambres à coucher, cabinet avec des dégagemens, office, salle de bain...

Ferdinand. Es-tufou?. . cent cinquante francs!

corbineau. Oui... mais il sera meublé!

on est en train.

DUPRÉ , se recriant. Oh !

CORBINEAU , le regardant avec malice. Il paraît que les loyers tombent beaucoup.

FERDINAND, impatiente. Va-t'en au diable !

corbineau. Je l'ai arrêté.

FERDINAND, en colère. Je n'en veux pas. corbineau. Eh bien ! je le garde pour moi.

FERDINAND , avec ironie. Oui... ça ira bien avec le reste.

corbineau, étonné. Quoi donc?., quel reste ?

Ferdinand. Eh parbleu!... tout ce que l'on t'a apporté, et ce qui depuis un quart d'heure me fait tourner la tête , ce nécessaire-ci , une pendule , une montre , que sais-je?

CORBINEAU , avec joie. Comment ? une montre ! elle s'y est donc mise, Dorothée, hein!., quand je te le disais... Voilà ce que j'appelle une femme!

LOUISE, à son père. Vous l'entendez?..

FERDINAND, à Dupré. Là !..

DUrRÉ, étonné. Jenepeux pas en revenir.

CORBINEAU , courant d'un objet à l'autre. Tu ne voulais pas me croire ! les blondes sont très-sensibles. Pauvre femme, -^-.•'

Dieu ! quelle richesse , quelle élégance!.. Créature céleste , et celte montre ( la met~

tant), toujours là sur mon sein une

chaîne d'or : je porterai toujours les tiennes., enchanteresse!...

Ferdinand , à Dupré. J'espère que vous ne doutez plus...

louise , avec joie. Vous voyez que ce n'est pas pour lui, qu'il était innocent...

dupré. Je suis pétrifié.

CORBINEAU , se carrant et mettant les mains aux entournures de son gilet. Voilà, mon cher Dupré , voilà ce que c'est que d'être aimable ! (A Ferdinand.) Tu verras que le cabriolet viendra aussi , et alors tu ne m'éclabousseras plus dans ta calèche...

DUPRÉ et LOUISE. Sa calèche!..

corbineau. Ou celle de sa maîtresse...

c'est la même chose... une femme charmante qui l'adore !..

dupré et louise. Sa- maîtresse !

FERDINAND , à demi-voix , à Corbineau.

Te tairas-tu ?.. devant mon beau-père et ma prétendue?

corbineau. Sa prétendue !

FERDINAND , regardant Louise. Dieu !...

elle pâlit!

dupré, effrayé. Elle va se trouver mal, il ne me manquait plus que ça !..

CORBINEAU, la soutenant. Sa prétendue !

il fallait donc m'en prévenir. (A Dupré.) Ce que j'en disais , c'était pour le vanter, pour le faire valoir... parce que cette au«« tredaroe... la calèche. (Bas à Ferdinand. y Je vais la prendre sur mon compte, qu'estce que ça me fait? (Haut.) La calèche... C'est moi qu'elle aime...

DUPRÉ. Celle-là aussi...

corbineau. Comme unefolle.^ Louise.) Oui, mademoiselle Louise, c'est une passion qui est à moi seul, qui m'appartient , je vous le prouverai... (Aux autres.) Cela lui fait du bien... elle revient... (A Dupré.) Un peu d'eau de Cologne , là , dans cette chambre...

DUPRÉ. J'y cours...

(11 Ta pour entrer; lady Wil ton parait.)

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