‹ L'étudiant et la grande dameChapitre 19 sur 28 · CORBINEAU, LADY WILTON, LE DOMESTIQUE · texte numérisé non relu

CORBINEAU, LADY WILTON, LE DOMESTIQUE

CORBINEAU, faisant plusieurs salutations trls-pn fondes. Quoi ! mylady, vous daignez, c'est moi certainement qui aurais dû... et j'allais avoir l'honneur de me rendre. (Iroant tes feux.) Ah! mon Dieu! que vois-

ie?-

LADY wilton. Votre propriétaire.

CORBINEAU , à part. L'inconnue de ce matin!.. La cliente de Ferdinand serait une mylady !

lady wilton. Je venais savoir par moi-même!., si vous vous trouviez bien dans votre appartement.

CORBINEAU, avec hésitation. C'est petit, mais c'est charmant ! flatterie à part, c'est très-bien! trop bien peut-être pour un jeune médecin comme moi, et un avocat comme mon ami, un avocat qui commence; nous craignons que cela n'éloigne les cliens.

lady wiltox. Comment cela?

corbineau. Le local pourrait les effrayer pour les honoraires, parce que l'on paie toujours en raison, non pas du mérite, mais de l'appartement.

lady wilton. S'il en est ainsi, il faudrait prendre un logement encore plus cher, ne fût-ce que par spéculation.

Corbineau. C'est ce que font beaucoup de nos confrères... mais mon ami et moi, nous ne spéculons pas, nous ne tenons pas aux richesses, et nous refléchissions à ce bail que j'ai signé à votre intendant, ce bail de douze ans.

lady wilton, souriant. Un engagement aussi long vous effraie.

CORBINEAU, vivement. Non pas avec vous, mylady. (Avec embarras.) Mais avec votre intendant ; car, s'il faut vous l'avouer , ce prix de cent cinquante livres...

LADY wilton. Trouvez-vous que ce soit trop cher?

corbineau. En français, non! parce que cent cinquante livres , c'est très-bien, c'est dans nos mœurs, dans nos habitudes; chaque pays a les siennes; mais ce qui est dans vos usages et ce qui n'est pas dans les nôtres, à mon ami et à moi, ce sont 1rs sterlings.

MAGASIN THEATRAL

LAD* wilton. Quti voulez-vous dire?

CORBineau. Qu'il y a eu de ma part une petite erreur.

lad Y wiltoiv. Dout je ne veux pas profiter ! et ce sera comme vous l'avez entendu, vous et votre ami.

CORBineau, Ui-ec/'oie. En français?

LADY wilto*. Certainement! je l'exige.

CORBINEAU. Ah ! mylady.

LADY wilton. Ne m'en remerciez pas, car, à un moindre prix encore, vous me rendriez grand service.

COrbineau. Que dites-vous ?

LADY WILTON. Je vais m'absenter, je pars pour Strasbourg, et j'étais fort inquiète de laisser ainsi cet hôtel seul et abandonné; mais, habité par vous et votre ami, me voilà tranquille.

COrbineau. Ah! madame...

LADY wilton. Vous acceptez?

CORBineau. Le moyen de vous rien refuser!

lady wïlton. Je vous en remercie, et vous m'enhardissez.

CORRINEAL. Comment?

lady wilton. Je pousserai encore plus loin l'exigence. Je laisse ici un mobilier considérable , des chevaux , des domestiques qui n'auraient ritn à faire, des voitures qui se perdraient sous la remise, et je vous prierai en grâce, dans mon intérêt, de vouloir bien vous en servir vous et votre ami, le plus souvent possible.

CORBINEAU, a part. Allons, voilà les voitures à présent. KHaut.) Eu honneur , madame, je suis confus.

lady wilton. Du service que vous me rendez?., c'est être trop généreux. Mais croyez que de mon côté je ne serai pas ingrate, et si dans le monde où je suis répandue je peux vous être utile, à vous et à votre ami...

CORBINEAU, à part. Toujours le même refrain! c'est drôle! je ne puis pas marcher sans mon ami.

L1DY -VTILTOK.

Air : de Céline.

Par mes protecteurs et mon zèle , Si je pois vous servir tous deux , Augmenter votre clientelle...

CORBI>EAt\

Ah! pour moi, c'est trop généreux.

( A part.)

Dans ces bienfaits un dessein secret perce, Et je commence à soupçonner qu'ici

Je sers de chemin de traverse

Pour arriver à mon ami.

(Haut.) Ma clientelle! Certainement, je ne demande pas mieux ; non pas que je n'en aie déjà une assez nombreuse.

LADY wllton. Je le crois.

COrbineai;. Et surtout assez élevée. J'ai des malades en haut du faubourg Saint- Jacques, du faubourg Saint-Martin , dans tous les faubourgs ; je n'ai pas un moment de libre. (Regardant sa montre.) Ah! mon Dieu! deux heures! ( A part.) Et Dorothée, je suis sûr qu'elle compte sur moi.

lady wilton. Qu'est-ce donc? une visite?

CObbineau. Une visite très-pressée.

LADY wilton. Un malade ?

CORBineau. Au faubourg Saint-Martin.

Oui, une personne qui souffre beaucoup, et que ma présence seule peut calmer.

lady wilton. A deux heures? vous n'y serez jamais.

CObbineau. C'est vrai ! elles vont sonner dans l'instant; mais en couiant un peu vite. . . .

lady wilton. De la rue de Richelieu au faubourg Saint-Martin, je ne le souffrirai pas. (Elle sonne.) John, un cheval au tilbury.

CORBINEAU. Quoi! VOUS voulez?..

lady WILTON. Vous vous essaierez à me remplacer.

CORBineau. Au fait! ça fera très-bien, ça haussera les actions.

lady wilton. John ! rien encore? pas de lettres de Strasbourg ?

JOHN. Non, mylady!

lady wilton, à part. Oh! mon Dieu!

chaque instant accroît mon impatience.

CORBineau. Le jockey vient-il aussi?

lady wilton. Sans doute!

CORBineau. Un jockey en livrée ! pauvre Dorothée, la voilà obligée de me donner un cocher... {Se retournant vers lady Wilton. ) Ah! madame, Ferdinand avait bien raison de dire que vous étiez la meilleure, la plus aimable des femmes.

LADY wilton, ase c émotion. Ah ! il vous a dit cela? s'il le pense et vous aussi, c'est tout ce que je demande.

CORBINEAU, vivement. Je le jure.

LADY wilton. Prouvez-le moi, en tenant votre parole et en restant ici tous les deux... Adieu, mon cher locataire, adieu!

(Elle sort.)

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