FERDINAND, LADY WILTON
LADY WILTON. Eh bien î vous voilà tout tremblant ; qui donc vous écrit de Strasbourg ? et comment cette lettre peut-elle vous causer une pareille émotion ?
FERDINAND. Jugez-en ! (Lisant.)* Mon fils!.. »>
lady wilton. C'est de votre père ?
FERDINAND. Oui, madame.. . « Mon fils, » toi que je n'ai jamais pu presser contre >• mon cœur!... je viens de toucher le sol » de la France ! »
LADY WILTON, avec joie. Ah ! ( A ellemême.') Enfin!..
FERDINAND,* continuant. « Dans quel- » ques heures je serai dans tes bras ! mais » je ne veux pas que ton premier regard » soit, pour tes parens, un regard de repro- » che ; je ne veux paraître à tes yeux que » justifié de notre abandon et de notre » absence. . . et lady Wilton qui dans ce » moment doit être auprès de toi... lady » Wilton se chargera de notre défense ; » écoute ses paroles, mon fils. »
LADY WILTON, émue. Il a dit cela!
FERDINAND. Voyez plutôt. (Avec respect. ) Je vous écoute, madame.
LADY WILTON, après un silence. Quand je vous disais tout-à-1'heure que vous ne pouviez vous marier sans le consentement ou la présence de vos parens... vous voyez que j'avais raison ; j'espérais un retour dont malgré mes soins et mes démarches je doutais encore ; mais votre père revient enfin, et dans quelques heures il vous l'apprend, il sera ici... dans vos bras.
FERDINAND, avec émotion. Seul!
LADY WILTON. Probablement. . .
Ferdinand. Et ma mère !.. ma mère ! . . madame ; vous ne m'en parlez pas ! vous qui connaissez si bien et mon sort et mes parens, je ne vous demande qu'une chose.
lady wilton. Laquelle !
Ferdinand. Dites-moi si ma mère existe encore.
lady wilton, très-émue. Elle existe!...
Ferdinand. Ociel! ce vieux précepteur dont vous me parliez ce matin m'avait dit qu'elle n'était plus. .. Tout ce qu'il m'avait appris d'elle, c'est qu'elle était créole, c'est qu'elle m'avait envoyé avec lui, dans ce pays... Et pourquoi m'exiler ainsi?
pourquoi me priver de sa vue, de sa tendresse... elle ne tenait donc point à l'a- ! mour de son fils ?
lady wilton, vivement. Si! mais elle tenait encore plus à son estime!., elle était décidée à renoncer à lui plutôt que de rougir à ses yeux.
Ferdinand. Rougir devant moi... et comment cela?
LADY wilton. Si une famille noble , riche et bien cruelle l'avait empêchée de donner sa main à celui à qui elle avait donné son cœur î si, libre enfin par la mort de ses parens, et maîtresse de sa fortune, elle était accourue en France pour s'unir à celui qu'elle aimait, au père de son enfant! et qu'elle eût appris alors que, fidèle à l'honneur, il avait succombé les armes à la main, sous les drapeaux de son empereur! pouvait-elle se présenter devant ce fils qu'elle ne pouvait plus avouer ; pouvait-elle, en baissant les yeux de honte, lui dire : Je t'ai donné la vie, mais je ne peux te donner ni un père, ni un nom!.. Ah! plutôt mourir, ou ce qui était plus cruel encore, plutôt vivre loin de son enfant!
Ferdinand. Grand Dieu!
lady wilton. Mais, si le ciel avait eu enfin pitié de sa douleur... si ces déserts de la Russie, qui ensevelirent tant de braves, avaient consenti par miracle à rendre une de leurs victimes... si elle allait enfin revoir celui dont la présence lui rend l'honneur (levant les y eux sur Ferdinand), n'aurait-elle pas le droit alors de lever les yeux sur son enfant?
FERDINAND. O ciel !
LADY wilton, avec tendresse. Et de lui dire, comme je le fais en ce moment: Mon fils!..
FERDINAND se précipitant dans ses bras qu 'elle vient de lui ouvrir. Ma mère ! . . . ma mère!... c'est vous !... Ah! que je suis heureux !...
LADY WILTON, l'embrassant et le serrant sur son cœur. Et moi donc!...