DIXIÈME LEÇON
, (non professée) — 17 février 1848. —
a Des choses, et non des mots. » — Alliance du jeune lettré et du peuple dans l'œuvre commune du monde nouveau. — Le jeune homme ne peut rester dans l'égoïsme; il est atteint, même en ses plus chers attachements. Il faut qu'il se crée un monde à aimer. — Anéantissement de l'Église et de l'État ; nullité de l'éducation, qui étouffe l'avenir ; absence de toute nourriture morale. L'individu doit suppléera ce que ne fait point l'autori é. — Contraste de la vie sombre, abandonnée, du peuple d'aujourd'hui, et de la vie brillante, tout éducative, du peuple d'Athènes. Unité des facultés humaines : Eschyle. Unité d'opinion, formée par le théâtre. — Le théâtre est la forme la plus efficace de Y Éducation nationale. [Cette éducation sera l'objet d'un cours; aujourd'hui un mot de ce que peut faire le théâtre.] Comment la légende populaire doit renouveler le théâtre. Lui conserver le caractère populaire. Paroles de la Pucelle. Napoléon chantant à Austerlitz. La légende de La tour-d'Auvergne, premier grenadier de la République. Comment un théâtre vraiment populaire peut recommencer la fraternité.
« Des choses, et non des mots. »
Ce que je demande aux hommes de ce temps,
dans nos grandes circonstances, ce sont des œuvres efficaces, moins de partage, moins de .disputes. Ne pas se dépenser en vaincs discussions, concentrer son énergie. — L'esprit de légèreté parle et jase, l'esprit de contention s'agite et querelle ; ils s'usent et s'épuisent d'avance» L'esprit de sacrifice est moins bruyjgit, il couve, il prépare, il produit, parle moins, fait davantage.
La génération qui va passer fut une génération . de parleurs. Que celle-ci en soit une de producteurs véritables, d'hommes d'action^ de travail social. D'action, en plusieurs sens ; la littérature, sortie des ombres de la fantaisie, prendra corps et réalité, sera une forme de V action ; elle ne sera plus up amusement d'individus et d'oisifs, mais la voîx du peuple au peuple.
Quel but des actes et des paroles? Le même, et très-simple, ne le perdons point de vue; que le tumulte des disputes ne le laisse jamais s'obscurcir devant nos yeux : Fonder la fraternité^ sur un ordre de choses plus humain et plus juste. La révolution politique, qui doit écarter les obstacles, se subordonnera d'avance à ce but suprême, elle se souviendra qu'elle n'est qu'un moyen d'y atteindre.
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Ainsi, dès son premier travail, la Fraternité doit êlre préparée d'une manière- fraternelle ; je veux dire que toute réforme ou révolution politique doit s'appuyer sur l'alliance des classes lettrées " et populaires, cultivées et non cultivées, sur les sacrifices mutuels d'intérêts ou de passions, que ces deux moitiés de la France doivent se faire, si elles veulent créer cette fois une œuvre moins passagère que ne fut leur premier essai. Pour créer un monde nouveau, il faut l'accord des sentiments, l'unité d'acles et d'efforts. La génération est de tous les actes celui qui suppose le plus l'accord de deux volontés. L'enfant conçu dans la dispute naîtra-t-il ? vivra-t-il ? jamais.
Sachons bien (c'est toute li pensée de ce cours) que nous ne ferons rien de bon sans le peuple. Nos petites réformes bourgeoises ne servent point le bourgeois même. — Et que le peuple sache bien aussi que, sans le concours des hommes cultivés, de ceux qui ont eu le temps et l'étude, qui ont concentré dans la science l'expérience des temps passés, le peuple ne peut rien de durable.
Je ne vois pas au reste qu'en général, et dans l'état ordinaire, ces deux forces, le savant, le peuple, soient portées à se méconnaître. Nos jeu-
nés gens lettrés, éclairés, dont j'ai vu ma chaire entourée, me semblaient pleins d'âme, de cœur pour les classes souffrantes et laborieuses. Cellesci, de leur côté, ont une remarquable déférence pour la science bien constatée. Voyez de quels sentiments est entouré le bon et charitable médecin. Bonaparte savait si bien l'ascendant de la science sur le peuple, et sa disposition naturelle à lui rendre hommage, que, même après ses éblouissantes victoires d'Italie, il crut ajouter à sa popularité en prenant place à l'Institut dans la section de mécanique.
Oui, pour bâtir solidement, il faut la ferme alliance du savant et du peuple, — de l'étude et de l'inspiration, — de la pcjiséb réfléchie et de l'instinct énergique.
Des nuages se sont élevés, je le sais bien, des divisions, des oppositions d'intérêts et de pensées. Il ne manque point de gens pour les aigrir, les augmenter, en les systématisant. D'autre part, les plus intéressés à la conciliation se pressent, se précipitent à la violence, à la ruine. Ils ont hâté de périr... Le temps vole. Il se resserre, l'intervalle où nous pouvions travailler à combattre \eé défiances, décider les sacrifices, au nom
de la nécessité, de l'intérêt même, neutraliser d'avance les plus dangereux effets du divorce social. N'importe, je me fie encore à la magnanime ardeur qu'une jeunesse désintéressée et française peut mettre à l'œuvre sainte d< cilialion. Entre le jeune homme et le ne crois pas qu'il faille tant de parole discussions pour recommencer la fratei est l'état naturel; c'est la situation pn est monstrueuse et contre nature.
Pour peu que le jeune homme y song sitera pas un moment à aller au devait pie. Il n'est pas libre de s'enfermer dan siblc égoîsme. Ni dans la fortune, ni famille, il n'aurait sécurité. La fortune parait pompée par la Bourse, par l'alliai des banques et des rois. La famille î pai tre deux croyances opposées, elle offre j l'image de discorde qu'on voit dans 1' seul mot que j'ai dit ailleurs : a Époi dont un autre a l'âme, jeune homme, t'en," c'est épouser le divorce. »
Ainsi, jusque dans l'amour, où tout ci fugrerait, là tu es atteint. Telle est la s tu vis, telles sont les influences ennemie
vaillent le cœuc qui t'est cher, que, tu n'auras jamais en ce monde, si , tu ne modifies ce monde,
que des ombres de l'amour....
Il faut que tu te crées un monde meilleur, plus conforme à ta pensée. Il ftftit que ton cœur s'élargisse, ety. pour que l'amour même individuel ne soit point frustré ici-bas, il faut, jeune homme, que tu t'élèves aux formes plus générales, plus hautes de l'amour, qu$.tu crées par l'énergie, par le génie, 4iôttveau Prométhée, un sublime objet à aimer, une Pandore sociale.... Aime cetle création 4'avenir, que*tu feras chaque jour et qui sera tienne, aime ladite nouvelle que tu bâtie, aime et fais ta foi.;.. La femme aujourd'hui se détourne et recule aux vieilles pensées, pourquoi î -c'est qu'en toi elle ne sent pas assez le soufiRe vivant de l'esprit nouveau s elle "te suivra du cœur, dès qu'elle te vcfrra héroïque et reconnaîtra» Dieu en toi.
La femme a besoin de-Dieu. JUais quelle ynage «de Dieu voit-elle en l'hommô d'aujourd'hui).. . (Est-ce l'étroite préoccupation de' l'intérêt, de Tardent, qu'ont t^it de jeunes vieillards* cette peur -de l'avenir, cet effroi de la concurrence qui aceuse jqu'on esl le moins digne?... — Est-ce la froideur
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mortelle, la sèche et triste indifférence, qui, n'ayant que faire du cœur, va cherchant des plaisirs vulgaires, et revient plus indifférente, plus que jamais morte à l'amour ? *
Je sais bien qua> chez plusieurs, la froideur n'est qu'apparente, que le feu sacré est couvert plutôt qu'éteint. « Si nous sommes douleurs, disent-ils, c'est que rien de grand à croire, à aimer, n'apparaît à l'horizon* Ce n'est pas la foi qui nous manque, mais plutôt l'objet dé la foi. Qu'estce que vous nous enseignez qui puisse faire de nous des croyants?... Nous nous traînons, il est VïaL Qft'on nous montre quelque but sublime, nous aurons des ailes encore !»
„ Nul homme, rçulie voix humaine ne pourra vous montrer jamais un but plus haut que celui où la nécessité vous appelle, le s^Jut public et le vôtre. Ce n'eBt pas un homme quuparle,- c'est le temps qui crie.#*.
Jamais un fchamp j)Ius vaste ne s'est ouvert à l'héroïsme de l'individu. — Dans cette société veuve, où la religion et la politique finissent en même temps, où l^État n'est plus, où le prêtre n'est plus, reste à l'homme d'être fort et grand, de remplir de son activité féconde les deux places
immenses qui se trouvent vides, de sorte que tous ceux qui cherchent, qui craignent, parmi ces grandes ténèbres, qui ne voient plus la patrie, ni Pieu, les retrouvent à leur sanctuaire , au foyer de l'àme humaine.
Non, le prêtre n'existe plus, et sa place est vide. L'esprit a pa^sé ailleurs, la force morale ailleurs. Le triste mystère d'tine vie contre nature se révèle trop chaque jour. ... et jusque dans nos cours d'assises. — Qui veut la place du prêtre?
Et l'État existe-t-il, quand les premiers hommes publics, accusés de choses honteuses, ne répondent qu'en montrant la force à ceux qui attestent la loi, et, pour toute justification, leur lancent ce défi : « Soyez forts ! »
De tant de choses coupables, la plus coupable, à mon sens, ce n'est pas encore d'avoir tellement foulé le présent, mais surtout d'avoir, autant qu'on pouvait, étouffé l'avenir, d'avoir, par l'abandon des générations nouvelles qu'on délaissa dans la barbarie, abaissé, compromis d'avance les révolutions prochaines. Ce serait, grâce à Tinfidélité de nos tuteurs politiques, ce serait des révolutions barbares qu'il faudrait encore attendre, si l'on ne comptait sur le progrès général
L'ÉDUCATION NATIONALE, des mœurs, sur l'heureux instinct qui, quoi qu'on fasse, avance dans '.
raison.
Lorsque, en 1833, une enquête in non par des inspecteurs ordinaires, tre cents personnes, professeurs hommes graves de toute classe, 1( celte enquête eut révélé la profoni France, la nullité de ses écoles, qu la guérir? On devait s'attendre que averti, ne se remettrait plus de son voir à l'insouciance, à l'avarice de qu'il prendrait lui-même en main 1" Uonale. Il fallait trente millions, se sur un budget qui, pour tant de déj augmentait de cinq cents millions.
Tout est resté abandonné. — Li ont fait peu de chose, on pouvait bi — Les écoles normales, créées poB maîtres d'école, languissent, péris à promettre aux jeunes maîtres que Les bibliothèques populaires, ce fa de doter chaque village d'une bibli mune, qu'est-ce que tout cela est c n'a voulu, on n'a osé rien faire, soi
L'ÉTUDIANT, jre à l'activité du clergé, soit qu'une que s'effrayât d'éclairer les hommes, combien devrait-on, à la veille des réésirer plutôt unprogrès dans la civil'adoucissement des mœurs, qui en at!
ni le cleagé, ne donne aux populations aliment moral. Ils ne le veulent, ils ne- ... Qu'a-t-il à donner aux autres, celui en lui?
eurs orateurs, religieux ou politiques, mt leurs vieilles formules, ou bien ablement sur la circonstance du jour.
ipes? rien. D'idécs?rien. — Toute leur •chaire, c'est d'éluder Dieu; s'ils le ;ela sonne faux; ils s'excusent, sem- « Assez, parlons d'autre chose. »
'eux, aujourd'hui, ne sortira des papeut toujours désavouer. Aucun n'oun livre, fixer sa pensée flottante, qu'il plus démentir demain, faux Anciens du peuple!... Descendez, qu'il monte au siège de justice, le pasou vieux, n'importe, qui vient au nom
' L'ÉDUCATION Tout homme qui a un f plus grand encore, dans suppléer cesmaîlres de la il ne nous vient plus d'e exemples et leurs procès, tenant pour la mort, et ni Donc, je prends un ho la feule, je lui mets la m:
comment il bat, et je dis :
parle aux hommes - — D maines. Dis-moi quelque chose de ma France, que des actes immortels qu'i Ouvre le cœur de ton cœ\ et que tes paroles rouler es prêtre, je le reconnais dans ce naufrage où l'É tu sois seul l'État et l'Ég!
« Prends avec toi doi hommes jeunes et de gn semble, soulevés d'une ; mettez-vous simplement pie. Donnez-lui des livre dant qu'il ait des lois ! D souverain qui fut toute 1
cités antiques : un théâtre vraiment du peuple. Et sur ce théâtre montrez4ui sa propre légende, $e* actes, ce qu'il a fait. Nourrissez le peuple du peuple. Qu'A s'alimenta de lui-même, reprenne force et courage à cette bonne nourriture de vie, pauvre malade épuisé.... Qjie lame lui revienne aujourd'hui; la Loi reviendra demain. » !
On ne fait point de livres populaires, 1 ^ le sais parfaitement. De 1, tels livres se font eux-jjiêmes. Que ce peuple se fanimç, il changera lui-même pour lui ; et nous, nous écouterons. Mais aujourd'hui* c'est nous d'aborcLqui devons parler écrire. L'obstacle de son côté est vraiment trop grand, son cœur est serré, le souffle lui manque, il a à peine une voix. Muet depuis si longtemps, la parole ne peut lui venir, sa langue desséchée est immobile eh sa bouche.
Le cœur saigne quand on songe dans quel coçar plet dénûment de toute assistance morale passent les jours sombres, irifortunés du peuple. Rien qui le nourrisse, le ranime; rien qui dilate la poitrine, relève l'homme courbé sous la pesanteur des maux. La seule chose qui soit permise, que vous entendiez crier pour lui dans les rues, c'est le cri des exécutions > l'annonce de la p$ine
de mort. L'ouvrier aisé des villes a le mélodrame sanglant, la Gazette des Tribunaux, renseignement mutuel du crime. Le paysan? rien.
Vie sombre et saris consolation ! vie sauvage où la société n'intervient que pour punir!.... J'ai gardé de ma' dure et nécessiteuse enfance cette impression singulière, qui pourtant exprime trop bien les ténèbres où vivent tant de millions d'hommes : Que, pendant dix ou douze ans, jamais n'avait lui le soleil.
J'éprouvais parfois le besoin de société ou de fêtes. J'allais de moi-même là- où je voyais des hommes, aux églises; j'assistais, derrière un pilier, à ces pompes d'un autre âge, à ces mystères qu'on nous met entre l'homme et le Dieu de l'homme. Toujours je m'éloignais plus triste ; il m'eût fallu d'autres fêtes plus divines (étant plus humaines),
A Quel contraste, quand on se rappelle la vie toute lumineuse, la vie brillante, héroïque des cités de l'antiquité, la vie, tout éducative, permettez ce mot, du peuple d'Athènes, à la fois amusante et sérieuse, tout en actes publics, en fêtes. — «Vie aristocratique, » dit-on; c'est l'objection que ne manquent pas de faire les grands
amis du moyen âge. Mais qui de vons accepterait une telle aristocratie? L'Athénien, le libre et souverain citoyen d'Athènes, non-seulement volait, jugeait, combattait, mais naviguait, tirait la rame ; il paraissait sur le théâtre ; c'était un privilège du peuple de jouer, au moins dans les chœurs. Les habitants non citoyens assistaient à
ces spectacles^prenaient part aux fêles religieuses et civiles qui, elles-mêmes, étaient des spectacles. Le moindre esclave, après tout, vivait au milieu de ces fêtes, y aspirait le souffle d'Athènes. Il lisait Homère aussi bien que son maître. Plus d'un homme libre faisait des travaux d'esclave, comme Cléanthe, qui puisait l'eau toute la nuit pour philosopher tout le jour. Platon fut esclave un moment. Le plus héroïque héritage qui passa des Grecs aux Romains fut un tel esclave, Épictète.
Ce qui fait la beauté d'Athènes, c'est que chez ce peuple actif, énergique, s'il en fut jamais, tout Athénien était prêtre aivcc les prêtres, acteur avec les acteurs. Le culte et le théâtre n'étaient pas le monopole de quelques-uns, mais la fonction de tous.
Il en résulta une chose sublime, c'est que l'homme s'éleva là à une telle unité de facultés
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qu'on n'en a pas vu de pareille au monde. Imaginez ce grand Eschyle, le soldat de Salamine, qui, revenant de la bataille, jette son épée, et, devant le peuple, joue lui-même la victoire. Un moderne n'eût pas manqué de courir au décorateur ; il lui eût demandé une mer, une flotte; il eût hiis le drame dans tout ce qui n'est pas l'âme. Eschyle ne s'en soucie guère. Il joue seul, ou presque seul. Voilà le palais de Xercès, le plus secret fond du palais, et tout Athènes regarde. La reine attend, elle craint, elle pleure.... Un messager, la tête chargée de cendres, vient lui raconter la défaite. Xercès lui-même arrive, en lambeaux, un arc sans corde à la main.... L'arc de l'Asie est brisé.... Triomphe à jamais, invincible Athènes !
Chose plus hardie encore. Le même homme s'attaque au vainqueur, au dieu de Delphes dont l'oracle prétend avoir sauvé la ville. A ce jeune dieu de la cité, il oppose les vieilles divinités de la nalurS. Ce dieu a ordonné le crime d'Oreste ; mais ' les saintes Euménides, vengeresses du sang versé, condamnent le parricide ; elles lancent à Apollon lui-même cette parole audacieuse : « Voyez-vous ce trône de Delphes? comme il dégoutte de sang !»
Ce fut un spectacle incroyable, et qui ne s'est
vu qu'une fois, de voir Eschyle représentant luimême sur la scène son terrible Prométhée, cloué et crucifié sous les yeux du peuple par la Force et la Violence, qui, à grands coups de marteau, enfonçaient les clous d'airain. Et lui proclamait du haut de son roc la mort future de Jupiter, l'avénement d'une meilleure race de dieux.
Vrai héros! sublime unité! le même homme défend sa patrie , l'enseigne , l'illumine , lui agrandit les cieux. 11 affermit le foyer d'Athènes, assure ses dieux contre les barbares ; — mais ces dieux mêmes, il les trouve barbares, et leur prédit leurs successeurs.
Quelle merveilleuse éducation que ce théâtre d'Athènes ! plus féconde à l'âme du peuple que le subtil enseignement des Socrate et des Platon. Tout ce que ceux-ci donnaient en logique aux disciples choisis des jardins d'Académus, le peuple l'avait reçu en fortes et puissantes images, disons mieux, en actes héroïques, de ses sublimes acteurs, les Sophocle et les Eschyle.
La souveraineté du peuple apparaissait au théâtre plus que sur la place publique. Athènes méritait le nom que les sophistes lui donnaient, sans en sentir la portée : une théâtro-cratie. Le
peuple, acteur tout entier, jouait le peuple antique (revivait sa vie d'autrefois), ou raillait le peuple moderne, c'est-à-dire lui-même. Quand on voit dans Aristophane le vieux bonhomme Peuple, moqué, volé par ses esclaves, on sent bien qu'une telle scène eût été bien dangereuse à l'auteur et à Facteur si le peuple n'eût JQué lui-même. Luimême en effet remplissait les chœurs.
Le peuple souverain au théâtre, tour à tour acteur et critique, y retrouvait incessamment l'unité compromise dans les disputes de la place publique; il se créait cette communauté de pensées, de sentiments, cette âme identique, qui fut le génie d'Athènes et qui reste encore dans l'histoire le lumineux flambeau du monde. Là, il se formait ses idées, qui faisaient ses mœurs, et des mœurs sortaient les lois. Parmi les fonctions mêmes et les intérêts opposés, les lois n'étaient pas discordantes, parce qu'elles rappelaient le foyer commun, le terrain neutre et désintéressé, où s'élaboraient l'opinion, la moralité, pour tout dire, l'âme du peuple.
Un théâtre vraiment populaire où le peuple joue pour le peuple, comme il en fut à Athènes, comme il en fut dans nos mystères du moyen
âge, où jouaient des foules, où parfois la moitié d'une ville s'amusait à amuser l'autre ; un tel théâtre, dis-je, c'est la forme la plus efficace de l'éducation nationale. Efficace four rapprocher les hommes, commencer la fraternité; efficace pour cultiver les travailleurs fatigués qui ne lisent point et qu'un enseignement direct ne manque guère d'endormir; efficace pour développer, aiguiser l'esprit, soit l'esprit réfléchi du Nord qui juge et critique la vérité de la représentation, soit l'esprit spontané, improvisateur des Méridionaux; à ceux-ci ce serait dommage de donner des pièces faites, un texte suffit, ils sauront bien eux-mêmes le développer.
Je consacrerai un cours à YÉducation nationale; étudiée dans toutes ses parties : enseignement indirect, et par les livres, et par le culte, et par les fêtes et le théâtre, «fe ne prétends pas mettre ici un cours dans une leçon. J'ai dit en ces dix leçons la première chose qui me semblait essentielle à dire au public.
Un mot seulement. Dans ce moment où l'État et l'Église sont indifférents ou hostiles au développement national, le génie individuel y aidera puissamment, si, mieux inspiré, il se fait entendre
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du peuple par la légende commune, la légende simple, forte et vraie, ou dans les livres, ou dans le drame. La plupart de nos grandes légendes nationales sont hors des disputes du temps, et telles qu'aucun pouvoir n'oserait les interdire sans se dénoncer lui-même.
Ce moyen d'éducation, le plus puissant de tous, qui fit le génie de l'antiquité, nous est plus nécessaire peut-être encore. Le besoin urgent de la France est de se retrouver elle-même, de se redire qui elle est, ce qu'elle fut, ce qu'elle fit. La légende, non gâtée par le romanesque et le fantastique, mais retrouvée selon le cœur et selon la vérité, répondra seule à ce besoin. Ceux qui ne l'ont pas au cœur, qui n'en sentent point la portée morale, l'annulent en croyant l'orner. Le génie même peut s'y tromper. Les pièces historiques de Shakspcare, si vagues (une seule exceptée), si faibles devant l'histoire, montrent assez que le plus grand génie du monde ne doit point se jouer sur ce terrain sacré de la légende nationale, s'il n'a la patrie dans le cœur.
Celui qui se serait tellement incorporé la légende, qu'elle serait dans son sang, dans sa fibre et dans ses os, celui-là aurait un don; c'est que
la fibre de tous remuerait à sa parole et que tous le comprendraient, tous, paysans, ouvriers, les plus incultes travailleurs, et que tous le respecteraient, et que personne ne rirait, et qu'il n'y aurait pas de critique. Tous, devant cette lumière, qu'ils le voulussent ou non, baisseraient 'les yeux. Tous les. cœurs groupés ^autour formeraient au grand harmoniste comme un immense clavier dont il remuerait les cordes à son gré ; il jouerait de toute la France et il en tirerait une symphonie merveilleuse de bonne entente et de concorde.
Je ne sais pas bien si le génie littéraire est la • première condition pour opérer ce miracle. L'immensité, la profondeur, la fantaisie de Shakspeare, la force du fort des forts, de celui qui fit Tartuffe, n'y réussiraient pas peut-être. — Il faut bien plus et bien moins. Il faudrait cette chose à laquelle nul cœur ne résiste, un charme d'enfance et de sainteté, comme il est dans les paroles de la Pucelïe d'Orléans, — et en même temps une verte vigueur d'héroïsme populaire, comme dans se§ vives répliques aux ruses des pharisiens.
A cette hauteur plus haute que toute littérature, la critique expire , les prétendues conve-
nances finissent. Rien de noble et rien de bas. Tout est permis à cette sublime enfance, elle peut dire tout ce qu'elle veut. Notrs rôle est d'adorer.
Dans ces réponses de Jeanne d'Arc, au milieu des plus grandes choses, qui semblent venir du ciel, vous en trouvez d'autres, populaires, vertes et vives, qui sont du village, de cette gaillarde race des paysans de la frontière. Il ne faut pas, comme on a fait, y mettre Unt de différence. Tout est de la même source, tout du peuple et tout de Dieu.
Entre autres questions captieuses, pour trouver quelque prétexte de magie, et parvenir à la brûler, on lui adresse celle-ci : «Jehanne, ne disiez-vous pas aux gens d'armes de se faire des étendards à la ressemblance du vôtre, que cela leur porterait bonheur? — Non, je disais seulemenl : Entrez hardiment parmi les Anglais, et j'y entrais moi-même. » — Puis, s'i m patientant de toutes ces subtilités : « Je viens de par Dieu, je n'ai que faire ici; renvoyez-moi à Dieu, dont je suis venue ! — Jehanne, vous êtes donc bien sûre que vous êtes en état de grâce? (question perfide; qu'elle répondît oui ou non, elle toiubait dans un
piège). — Si je n'y suis, Dieu veuille m'y mettre I Si j'y suis, Dieu veuille m'y tenir ! » — Les pharisiens restèrent stupéfaits.
/ Un peu plus loin, parlant d'un secret d'en haut qu'elle voudrait bien dire au roi pour le salut de la France, elle dit naïvement : «Ah! s'il le savait, il en serait plus aise à dîner.... Je voudrais qu'il le sût, et ne pas boire de vin jusqu'à Pâques. » Voilà le trait du paysan, si sobre, mais il faut un peu de vin. Pour elle, à la guerre, elle ne mangeait presque rien ; un doigt de pain dans du vin lui suffisait pour tout un grand jour de bataille.
Nos auteurs ne manquent pas de supprimer de tels traits. Et c'est justement la vie populaire. Qui d'eux oserait raconter qu'au solennel moment où ce calculateur terrible, Napoléon, vit l'armée russe, à Austerlitz, se placer juste à la place qu'il avait dès longtemps choisie, il ne retint pas sa joie, et se mit à demi-voix à chanter un air du temps (Ah! comme il y viendra!...) L'ennemi était venu de lui-même à ces étangs glacés qui allaient l'ensevelir.
Austerlitz fournirait un sublime proverbe héroïque, comme bien d'autres faits de l'Empire, époque toujours saisissante pour le peuple, par la
grandeur des événemenls, l'étrangeté des guerres lointaines, par les cruels revirements, les tragédies du destin. Ces légendes, toutefois, onjt l'inconvénient d'augmenter, de fortifier un sentiment trop naturel, l'adoration de la force et de la vk* toirc, à part toute idée morale. L'idée, la moralité, domine au conlfaire dans nos belles légendes do la République, les seules qui puissent vraiment comparaître auprès de celle de laîucelle d'Orléans.
Respectez-les, vous qui vous hasarderez à toucher ces sainles légendes, conservez-nous-les bien entières. Au nom de la France, n'en écartez rien de ce qui en fait la vie, quand même tel ou tel détail vous semblerait faire tort au héros. Ah ! laissez-le donc être homme.... Combien le peuple vous en saura gré !
Si, par exemple, vous donniez la pure, l'adorable légende du premier grenadier de la République, ne retranchez rien, je vous prie. Montreznous-le bien tout entier. Qu'on voie dans La Tourd'Auvergne, outre le soldat, un simple et un saint, un bonhomme d'antiquaire, plu§ sobre que les anachorètes, obstinément pauvre, n'ayant rien et toujours trop, un pauvre donnant aux pauvres.
— Dites que ce terrible soldat était un homme d'une bonté, d'une patience extraordinaires, d'une imagination douce, romanesque, un peu chimérique, comme parfois on en rencontre dans la légende des saints bretons.
Il faisait avec simplicité des choses si hardies, que tou; les auraient crues absurdes, et telles qu'on n'en lit guère que dans Cervantes, comme lorsque, se mettant dans une barque avec un petit canon, il prit un fort à lui seul. Son faible n'était pas les romans de chevalerie, mais les antiquités celtiques. Ses livres ne le quittaient guère plus que son épée ; les balles durent parfois s'aplatir sur la dure Grammaire bretonne, ousur le Précis historique de la ville dé Carhaix. 11 faisait la rude et obscure petite guerre des Pyrénées, toujours à pied, laissant son cheval aux pauvres recrues qui n'étaient pas encore bien endurcies à marcher. Ces recrues, fort peu aguerries, et dont telles pourtant firent plus tard l'honneur del'armée d'Italie, durent infiniment à la bonté patiente de La Tour-d'Auvergne. Il avait une méthode pour enhardir; c'était d'aller seul en avant, son teau sur le bras; il recevait la décharge, manteau était criblé, lui jamais blessé ; il se
retournait e* riant mec douceur, tous ces jeunes gens s'élançaient....
Il n'était pas jeune, au moment de la Révolution. L'appel de 92 le trouva collé sur ses livres, où il prouve invinciblement la suprématie des Celtes, seule origine du monde. Il partit gaiement, et, mettant son système en action, prouva merveilleusement la bravoure celtique. Rendu plusieurs fois à ses livres par l'âge ou par les circonstances, toujours son cœur le ramenait à l'armée, tantôt le danger de la France, tantôt l'amitié; il fut trois fois volontaire (la dernière à cinquante-sept ans), une fois comme remplaçant, pour rendre à son ami, 5 son maître en antiquités, un jeune fils, appui de sa vieillesse. 11 était à peine arrivé que, dùns un combat d'avant-poste, un malheureux hulan lui perça le cœur. Toute l'armée en pleura. Chaque soldat voulut conlribuer pour lui, donna quelques sols, la solde d'un jour. De ces sols, on acheta une urne où Ton mit son cœur, et que le quarante-sixième portait toujours avec luî.sous le drapeau. Son nom restait au contrôle, et on ne manquait jamais de l'appeler à son rang; le plus ancien grenadier répondait : « MoM au champ d'honneur. »
26a L'ÉTUDIANT.
Ce qui fait bien sentir la distance entre la légende républicaine et la légende impériale, c'est la lettre touchante par laquelle cet homme héroïque exprime sa douleur d'avoir été nommé par Bonaparte : Premier grenadier de France. Il refuse, il proteste que, dans son corps, c< il n'y eut jamais premier , ni dernier. » Il est, dit-il, vivement affecté, il est trop jaloux de l'estime et de l'amitié des grenadiers, pour s'aliéner leur cœur. « Mes voies ont toujours été droites et faciles. J'attendais de mes services, si l'on y at lâchait un jour quelque prix, un salaire plus digne d'un homme de guerre : ou l'oubli, ou que l'on ne s'en rappelât qu'à ma mort. »
Grande, superbe leçon de la République à l'Empire ! Dernière et grave parole de ce temps antique où personne ne s'imaginait, en donnant tout à la patrie, avoir assez fait pour elle.
Ces légendes-la sont si fortes de fonds, quelle que soit la forme, que si, par essai, vous les donniez à représenter à nos paysans de telle partie du Midi, vous n'auriez que Caire de leur composer une pièce; il suffirait d'un texte, d'un libretto bien entendu ; le reste irait de lui-même. L'improvisation est naturelle chez eux, non molle et
vague, comme en Italie, mais étonnamment énergique. Regardez-les autour d'un charlatan, d'un théâtre en plein vent; leurs yeux s'allument; visiblement, ils prendraient volontiers le rôle de l'acteur, et parleraient à sa place.
Même dans des pays moins animés du feu du ciel, pour des choses nationales, il n'y a pas besoin d'acteurs ; tout le monde serait acteur. Ainsi que Camille Desmoulins l'a dit : « Ce sont des Athéniens. » Naguère encore, dans l'Ouest, je ne sais si cet usage subsiste, dans plusieurs départements , on jouait la pastourelle ; c'étaient des jeunes gens, vifs, intelligents, qui s'en tiraient à merveille. Les sujets n'y prêtaient guère. Combien mieux la chçse eût été, s'il se lïkt agi de sujets nationaux, qui déjà sont dans le cœur de tous !
Seulement, si l'on mettait en scène un personnage à respecter, comme celui de La Tour-d'Auvergne, il serait à désirer qu'on ne le confiât qu'à un homme qui pourrait le rendre digne. J'espère bien que nous laisserons là notre absurde préjugé sur le prétendu déshonneur qu'il y a à dire tout haut ce qu'on trouve beau et honorable de lire et dire tout bas. Bonnes gens, est-cç qije par hasard vous vous croiriez supérieurs à Shakspeane ou à
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Molière? est-ce que vous seriez plus nobles que le héros de Sala mine, qui Joua la bataille quand il Teut gagnée?
Moi qui vous vois sous vos masques, ô pauvres aefeurs du monde, je jure bien que si jamais vous vous associez au peuple pour jouer ensemble la comédie nationale, ce sera la première fois que vous aurez été vrais
Âh ! que je voie donc, avant de mourir, la fraternité nationale recommencer au théâtre!.., un théâtre simple et fort, que Ton joue dans les villages, où l'énergie du talent, la puissance créatrice du cœur, la jeune imagination des populations toutes neuves, nous dispensent de tant de moyens matériels, décorations prestigieuses, somptueux costumes, sans lesquels les faibles dramaturges de ce temps usé ne peuvent plus faire un pas.
Vous verriez là des Eschylcs, qui, mettant la pièce en poche, y substituant la leur, leur énergie héroïque, joueraient, comme celui d'Athènes, sans réserve, sans ménagement, à la mort ou à lavie; qui, comme lui, cloués sur le roc de Prométhée, livreraient leurs mains aux clous, leurs bras au marteau.
Qu'est-ce que le théâtre? L'abdication de la personne actuelle, égoïste, intéressée, pour prendre un rôle meilleur. Ah! que nous en avons besoin !.... Venez, je vous prie, venez reprendre votre âme au théâtre populaire, votre âme au milieu du peuple !
Qu'est-ce que le théâtre? l'oubli momentané de nos misérables querelles. Mettez deux hommes ensemble, partout ailleurs ils disputent Envoyezles au théâtre, comme acteurs ou spectateurs, à reproduire ou à regarder les hommes qui valurent mieux, ils oublient, ils critiquent ou applaudissent ensemble. — Oublier ensemble, déjà c'est de la fraternité.
Un homme venant proposer une mnémonique au grand Thémistocle : « Donne-moi donc plutôt, dit-il, un art d'oublier. » — Or, cet art, c'est le théâtre. I/art d'oublier le mal, le bas, le vulgaire et la vie; au contraire, de se souvenir, de la vie haute, noble, pure, que l'on eut dans un autre âge.
Des fêtes! donnez-moi des fêtes ! et des drames, des choses fictives, plus nobles que ce que je vois ! Que je me repose, me récrée, me relève, aux paroles des anciens héros!
N'allez pas me dire (c'est là leur objection ordinaire) : « Non, tu es si malheureux que tu n'as pas besoin de fêtes. Tu es trop triste, ennuyé, soucieux; tu as trop baissé déjà sous la pesanteur des maux. La vie chez toi est lourde et lente; ton sang appauvri coule à peine. A quoi te serviraient les fêtes et les drames, le spectacle des douleurs antiques?... Tu as bien assez des tiennes. »
Eh bien ! je vous dirai, mes maîtres, que c'est justement pour cela que les fêtes me sont nécessaires. L'inquisition en donnait bien, le terrorisme en donna. Et, si je remonte au peuple le plus heureux, parce qu'il fut le plus actif, Périclès disait déjà à ce jeune héroïque peuple : « Nous avons de belles fêtes pour adoucir et charmer la mélancolie de la vie. »
Si les Athéniens, peuple souverain d'uft empire qui couvrait la mer Egée et l'Asie Mineure, qui aspirait à l'Italie, si les Athéniens, régalés de fêtes, de spectacles, la nuit et le jour, étaient pourtant mélancoliques, comment ne serais-je pas triste, mpi, à qui vous contestez, ô maîtres sévères, la jouissance de siéger à quelque banquet politique, et d'entendre parler des droits d'électeurs ou
d'éligibles, qui, il est vrai, ne sont pas miens?
Je voudrais au moins, en quelque village, après la vendange, après la moisson, jouer, voir jouer quelqu'une de ces belles légendes, pour me figurer un moment que je suis venu à une époque héroïque de braves gens désintéressés, comme était Latour-d' Auvergne. Il est temps que cela me vienne. J'ai vu la fin de l'Empire (un temps où le soleil ne s'est pas levé une foi*, autant que je me rappelle); j'ai vu l'imbécillité de la Restauration, et la trahison depuis. Il faut bien, pour me faire quelque illusion, que je la place au théâtre. 11 y a longtemps, très-longtemps que je n'ai ri. Et même, ai-je bien ri jamais?... Voilà ce qui manque à mon cœur, ce qui manque sans doute à la France. Elle ne rit guère, ou bien des lèvres. Si elle riait une bonne fois, et des puissants,- et d'elle-même, de sa longue patience, qui sait si, de tous les trôjnes du monde, un seul resterait debout?
En attendant, la vie se passe: nous n'avons tous, comme disfcnt les bonnes gens, que notre pauvre vie eftee monde. Rions... Mais, pour cela, il faut que notre cœur se relève ; que l'on se rapproche, et ville et campagne ; que le paysan nous accueille
un peu, nous, ses bons acteurs; plus tard il saura bien être sou acteur Jui-même. Qu'un jour, au moins, la table sort commune entre la joyeuse trompe, la bénisse, cette table, par la délivrance de quelques prisonniers pour dettes, comme faisaient les anciens, ou mieux, par l'adoption de quelque enfant abandonné de l'amour qu'on adoptait sur l'autel, aux fêtes de la Fédération. Nous pourrions alors gaiement jouer ensemble Latourd'Auvergne, ou tout autre drame, comédie nationale, proverbe héroïque, n'importe, rire, pleurer, et dire : « Je suis homme et j'ai vécu. *>
FIN DU CODAS