CII.APITRE XIII
Xaes caocans du magasin.
I y a deux grandes classes de griseltes : celles qui travaillent chez elles et celles qui sont aiiachécs à des magasins.
La griseite qui travaille chez elle passe une journée aussi solitaire que monotone, qui n'est émaillée que par le stationnement d'un orgue de Barbarie ou parla petite cni/selte d'une voisine qui vient emprunter ^^ du feu, du sel, des aiguilles ou des allu- .^y'' mettes chimiques allemandes , — car les voisines ont toujours quelque chose à emprunter; — mais les griseltes qui travaillent ainsi en chambre.
BIBLIOTHÈQUE POUR RIRE
et (lui sont h leurs piî'ccs, sont les plus raies : presque toutes npparlieiineiit h un mni^nsin où il se confectionne une fuulc de relies ou de chapeaux ; plus une énorme quantité de rancans.
Surtout (inaiid la in;iîlressc du magasin est occupée à faire admirer à une ctiiiitc la grâce d'une nouvelle coupe et à s'extasier sur la manière ravissante dont le chapeau que l'on essaie coiffe madame.
La niaitressc du magasin , étant d'ordinaire arrivée à cet âge respeclah!eet respecté où les amours ne sont plus que de l'histoire ancienne, e^t toujours impalienléecinandon nicunU' l'iii'ituire licaucoup plus récente des coiniuéles failis au dernier hid m;is(|ué, cl onlonue fort sèchement A ses dcmoisi Iles de continuer la confection de leur ùil/i dans le plus profond silence.
Heureuses encore tpiand elle n'ajoute pas que des modistes qui se respectent ne devraii'Ut jamais aller au hal iuas(iué, ni surtout écouter les propos salants.
Ce qui n'empèrhe pas la pauvre femme de pousser un profond soupir en se rappelant le bon temps où on la respectait assez peu pour lui dire qu'elle était charmante!
Comme vous le pensez bien , Us conversations des modistes et aulns demoiselles de magasin roulent rareutent sur la question (l'Orient ou sur la (|ueslion espa'ji oie (à moins toutefois (|uc l'une (le CCS demoiselles ne vienne à faii^i la connai.-sanee d'un beau léfngié castillan aussi noble que brun, — .car alors on se livre à pas ni.d de (|ucstions sur cette question ) . — D'ordinaire les spectacles nouveaux et les amours idcii ont «;m1s le privilège de défrayer le.i dialogues pendant tout le temps que la maîtresse du magasin est occupée et cesse son rôle A' liuissière , toujours prèle à crier : Siliiicel
— Vous ne savez pas, mesdemoiselles, dit l'une, j'ai rencontré hier soir Virginie, la petite modiste d'en face, avec un paletot noisette qui depuis huit jours venait faire des factions devant le magasin... MI nioi (pii croyais que c'était pour toi , Eugénie!
ElgèME arec une woiic iltdaii/neii.sc. — Ah ! je n'en aurais pas voulu , bien certainement... il a toujours un cigare à la bouche... Je ne peux pas souffrir les hommes qui fument... Et puis d'ailleurs j'ai trop de vertu pour faire connai.ssance d'un jeune liomme que je ne connais pas!...
LUSA. — Vas-lu le taire... en voilà une, de chipie... Heureuse nient ((u'on sait ce qu'un sait.
EtGt.ME vivement cl en rougissant. — Qu'est-ce qu'on sait, mademoiselle?
Élisa. — Je dis qu'un sait ce (pi'oii sait... et voilà... Vous avez loujouis l'air de trouver à redire à la ceiiduiie drs autres... mais, comme dit le proverbe , il n'est pire eau ((ue l'eau qui doit... et si je parlais à un grand blond d'un certain petit brun...
tLGli.ME d'une nuance cerise do Munlniorency. — Madeinoi.scll'-, je vous prie de croire que je ne sais pas ce (jue vous voulez diie...
Céllstim:. — > Allons, liiiisa , D'taqninc pas comme ça Eugénie,..
Quand on est du même magasin, faut être bonne amie... chacun a ses petites faiblesses... Tiens! voilà encore mon Ernest qui passe... il me montre des billets de spectacle... c'est pour l'Ambigu de ce soir... quel bonheur !... c'est pour Paul et Virginie...
Élisa. — j'ai vu ça il y a trois jours... c'est bien gentil, mûis c'est bien invraisemblable... Imagine-toi que Virginie est une jeune lille de l'île de France... qui est, à ce qu'il parait, une île fort entourée d'eau; elle aime à mort un joli petit brun nomme Paul... Ils passent donc leur jeunesse à aller dans les bois cueillir des cocos... qui sont les noisettes du pays... tout en restant toujours sages comme des petites images... Un beau jour Virginie part poùi' Paris, où elle a une tante très-riciie qui a des moyens et qui veut lui faire doimer une éducation très-distinguée... Elle apprend donc à lire, à écrire, la danse, les modes et tout... mais elle s'ennuie toujours après PffM<, comme s'il en manquait à Paris... Vous voyez que c'est une jeune lille qui reste toujours très-jeune...
aiADiiMOisELi.E litMA soupirant. — Ah! je comprends cela... quand on a une amour con.séquentc dans le cœur, c'est pour la vie!...
Éf.iSA. — C'était bien la peine de me couper mon Dl pour dite des bêtises comme ça... Je reprends... Virginie se met donc en route pour revoir son chéri, et voilà qu'arrivée devant les côtes de l'île de France , elle fait naufrage et est noyée , toujours avec sa vertu... Ça fait frémir... mais ça ne fait rien, j'en reviens toujours à dire que c'est invraisemblable... A ça vous me direz que c'est en Amérique...
Mademoiselle Irma. — Vos plaisanteries sont très-déplacées , mademoiselle... ne dirait-on pas qu'il n'y a de la vertu qu'en Amérique... Mais si vous saviez l'histoirede France , vous amiezappri» (ju'il y a eu une nommée Jeanne d'Arc qui habitait Orléans, où elle avait une très-bonne réputation... car même on l'appelait in Pucelle d'Orléans... ce qui nel'a pisempérhéede sauver b Traiice !
ÉiiSA. — Ah ! bah ! dos contes de la mère l'oie... en tout ra; c'était avant la Révolution... Après tout, ça ne me regarde pas... du moment que c'était par opinion politique que cette demoisellj d'Orléans était restée si sage, c'est diiïérein... cl encore j'ai entendu dire que les femmes ne devaient |)as se mêler de politique,., .l'aime bien mieux aller au bal Musard... y vieudrez-vous dimanche?
CÉLESTINE. — Moi , j'aime mieux l'Opéra... j'ai un domino...
ÉiiSA. — Ah! 'ce genre... Prends-moi dans la calèche en passant...
CÉLESTINE. — J'en aurai une peut-être plus tôt que vous ne croyez, mademoiselle... et un grokom encore, avec...
ÉLiSA. — Un grohom... dites donc, mesdemoiselles... uii f/rohoni... C'est un groune qu'on dit... Après ça, je m'en moiiuc
pas mal des grounes.,, j'aime bien mienx un joli costume de dciurdcitr,,. On m'o donné liicr une perruque magninquc...