I.A r, RISETTE
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CÉI.nSTIM . — (^)lli Ç.1 , (hi y
l'iLlSA. — Oli! ([lie r'i'sl iiiOchant !... Mon Edmond , niadt-nioiéelle Célestine... je l'aimo iro|) pour l'avoir reçue d'un iuKre que loi... sans le cosliinie romplel... ei, si je voidiiis, il y a on a-^rut do rliaiigo d'on f.icr (|iii nie fait des propositions siinirhcs. .. mais jp n'ai plus ronliaiire dms li's a!;i'nls dr rlian^c. .. c'ol s^rcis mais c'est liien ^olalil, fl je \(>us raconterais bien des histoires sur lui... Nais clitit ! voilh madame I
CIIAPIÏUK XIV.
IiS griictlp ctt'Clle plut fidolo que les autre» fcminet?
ont admirateur que nous soyons des charmes cl drs venus sociales de la j;iiH'lte , franchement nous n'osons pas lépondre bien caténori(|uement oui ou «ou à la (juesiion épineuse (|ui forme le titre du présent (luator/.ième cliapilre de la préseule l'h\siolii;.;ie : c'esi-à-dire que pins nous rélléchissons h cette terrible question , et plus nous sirions tenté de répondre oui et non.
Ceci, au pn'mier abord, peut vous paraître un pi'u jésiutiipie, mais néanmoins c'est là l'expression la plus franche et la plus chire de notre pensée.
I (S jeu:ios pc-is, trc\s-jeunes, qui prétendent que la vertu chasséî du cœur de toutes les femmes du grand monde n'a trouvé d'asile que sous li' ci):s-age iriOusseline de laine de la j:;riseite, avaiirnit line opinioU qui a bc.Miin d'ôtre bien consciencieuse' pour me jiaraîlre totalement respectable; — et, d'un autre côié, les grenadiers de la yarde naiioiiale, (]ui, en leur qualité de beaux hommes, "i;t un ammir |)n);iie excessif et vous parient que pour pMi ([u'ils \ijulifssent s'en donner la peine pas une nio liste ne pourrait ré- M-!er aux charmes de leui- physique et de leur biiinici à poil, me Minhlent aussi se livrer à ini |)arad:ixe trcs-blàinab!e.
I a gri^etle est natiirelUnient lidile ; — sculeineiit elle est fidèle à son ainjnt ou h ses amants.
Je ni'expli(iue encore : — elle est fidèle à son a-iiant do seize à \iunt ans, — et ii ses amants de viîigi h viugt-(]uatre ans. Passé vingt-(|ualre ans , je ne réponds plus de ri.Mi. lU'inarqiiez rpie c'est déjà bii'U geniil comme ça : — car enfiii, quand je dis fi.lèle, je dis qu'elle saura ré.-i^!or aux offres qui lui .Ml aient faites par des personnes tjui ne lui scrnirnt dcrien, et aux olfres même les plus séduisantes, — telles que chapeau ro^e, lobc de soie noire, et meubles en acajou tout ce qu'il y a de [lus rouccux !
.Aprfs cela, il ne faudrait pourtant pas arriver jti-qu'à da offres qui trahiraient par trop le prince ru<se; car après tout, pour être i^riictte, on n'en est pas moins femme, et vous savez l'hisloire de Mazarin et de la reine de France , qui lui parlait aussi im jour de sa vertu.
— Si l'on vous offrait ounc millione? — disait le premier ministre en riant.
— Quelle horreur!
— Ouaire niillioncs?
— Quelle inlamie!
— I>ix milliones?
— Pour t|ui me prenez-vous?
— Vingt milliones?
— Cardinal , vous plaisnnloz!..,
— Deux cents millione'...
— .\li! vous m'en direz tant!
Du moment (pi'iMU' reine de Kranre , Irès-vortuense du reste, reconnaissiiit (pi'il arri\e une limite où la vertu doit faire la culbute, on ne peut pas irop s'étonner si, quand on propose aussi len fameux lieux cnils millions il la (>risetie , elh- ne trouve plus dans sou cour la force de crier : — Ah! «luelle hnireur!
t>eulciiiinl les diux l'.rnts rnitllons sont pour les iniPS un peiit logement meiihlé en noyer, — et pour lesaulresdu palissandre et cinq cents francs par mois.
Et né.-iinni>iiis on trouve des griseitcs tilleuient vertueuses, qu'elles ri'fu^eut même les dnir cents ni il lions — quand elles ont un alliant (pi'elles aiment de toute leur âme — et cpii est fort riche.
il est îi reniarqiici- ipi'outre l'inllueiice exerrée [)ar l'ûge sur le caractère et la manière de voir, et surtout de caicu'er, d.' la grisetlc, — il est d'autres malignes inHuences qui s'exercent ciicoro sur ceriair.es classi s île cetle même population féminine.
Ainsi le degré de vertu de la grisetti' varie suivant qu'elle a été poussée par son étoile et p.ir madame sa mère à culrer en apprentissage dans un magasin de lingerie ou de modes, de mercerie uii de parfumerie, etc. , etc.
f)hacuiie di; ces branches do commerce a une répnlation de vertu |ilus ou moins grande, et cela depuis un très-grand nombre de siècles.
Les lingèrcs passent pour Ôtrc plus farouches que les mercière», les mercières que les gantières, et les gantières (pie les parfum uses; — et il est universelleuieul reconnu que les modistes jouissent, surtout h Paris, d'une très-mauvaise réputation i
Tne lingèrecrainl toujoiu-s de se laisser chilTunncr; elle sait que les C'i's et les caiiczons sont si vétilleux I
Mais une modiste , une fois (|u'elle a ôté sou chapeau , ne craiut plus qu'on lui chiffonne rien au monde.
Après cela, mon Dieu! pour ma part, je ne lui en veux pas de ce laisser allei- , et je trouve cette philosophie aussi pleine de charmes que décelleléc.
AiisM, pour mon compte, je trouve que la modiste est le type le plus parfait de la griscite.
Mais, voyez le malheur, — il se trouve (juc la plupart du temps cetf; griselle ne veut pas être une grisrtte, et trailc pies<|i!e d'insolent quiconque se permet de lui donner celle ipialili» aiion. — O aristocratie, oti vas-tu te nicher! (Je qui n'empêche pas la modiste d'élie l'une des plus intréiiides daii^cus's de tous les bals masqués plus ou moins cliicards qui ont rejidu célèbre le carnaval parisien.
an né
CHAPITRli XV.
Métemptycosc 6nale de la grisette.
M. de Balzac préiend, ou du moins prétendait il y a quclipicf
nées, que le bel âge des femmes, c'est trenie ans.
Ce principe peut Otrc vrai en général, mais à coup sûr il (kl
BIBLIOTHÈOUE POUR RIRE.
roiDpli'lpmciit faux si on l'iippliqiip à la grisplto; car h vii)<;t-iiouf ans la grisctlc est (iui'l(i«e chose de fort irislc, cl à ticiile ans la griscUc n'existe plus.
Non pas que nous voulions dire par ces lugubres paroles qu'arrivée à celle époque crili<iue , la grisMte ili'\i('nni' tiiliuiaiie de l'entreprise des pompes fuiièhres, — non pas vraiment, il s'en faut niènie beaucoup, car jamais elle n'a été plus grasse et plus dodue; — mais elle n'est plus dodue et grasse en qualité de grisclte; c'est connue gilelière , lingère ou mercière, ce qui n'est jilus du tout la même chose. Comme nous l'avons déjà f.iil remarquer au commencement de ce Milmiie, le jeune fille s'est évanouie et s'est transformée en une jeune femme plus on moins fraîche, et ayant encore dwi dents plus ou moins blanches, mais qui à coup sûr n'est plus la rieuse grisette que vous aviez fait danser quelques années auparavant:— il va transformation, transmutation, métempsycose; — elle a de l'ordre, de l'économie, (pulqurfois un mari et presque toujours des enfants, aiiX(|uels, — mariée ou non, — elle inculque des leçons de vertu comme si elle n'avait fait que cela toute sa vie.
Il y a nifme plus: sur vingt grisetles il en est tout au plus cinq qui arri\ent jus(pi'à l'âge de trente ans ])our perdre ladite qualification; — car de vinsît à vingt-cinq ans deux ou trois passent Lortllcs; quatre ou cinq achètent des fonds de magasin avec diverses économies, et sept ou huit passent ferblantières, marchandes de vin en demi-gros ou épicières en fin , — avec un époux béni par M. le maire !
Car autant la grisette de vingt-cinq ans a de laisser aller quand on lui conte (leurelte, autant elle se montre bégueule avec celui qui lui laisse entrevoir (|u'il pourrait bien se décider à la fréquenter pour le bon motif.
Alors elle y met une diplomatie qui ferait honneur à une élève de M. de lal- Icyrand , et applique de grandissimes sotiflleis à l'audacimx ipii se permet seuleimiit de lui serrer témérairement le bout desdoi^ts.
El l'ainounux, qui tuut naturellement n'y voit que du feu , olfre immédiatcnienl et lé^iiiimement son cœur, sa main et ses bouteilles : — le tout est accepté.
Une fois mariée, la grisette est généralement bonne femme, bonne mère et bonne marchande de vin (ou autre), et se laisse d'anlant moins prendre aux belles paroles des galants qui viennent flâner autour de son comptoir, (|ue sa jeunesse a été d'autant plus orageuse. — Il n'est rien de tel i|iie l'expérience pour apjirendre à conu;ii<'''j les hommes! Quant à la grisette qui, par suite de
manœuvres astucieuses, parvient h se faire épouser par un bon petit bourgeois (pii a ((uel jues bonnes petites mille livres de renie, — ce qui se voit encore assez souvent , — elle perd bien promptement son heureux et primitif naturel de grisette, pour prendre le naturel beaucoup moins heureux d(; la bourgeoise.
C'est-à-dire qu'elle est horriblement chipotière avec sa cuisinière, cl qu'elle |)rcnd constamment avec sa couturière et sa marchande de modes des airs de princesse. — Il va sans dire qu'elle ne les appelle que ma ■petite! ou plutôt même ma p'tite!
Elle garde toute son amabilité pour son mari , qu'elle nomme
mon gros hichon ! — ce qui ne l'empêche pas de le menacer de lui arracher les yeux toutes les fois qu'il se permet de sourire à sa bo;ine, ne fût-ce que pour demander de l'eau pour faire sa barbe.
^ A trente-cinq ans, la gri- "° sette, devenue petite bourgeoise, a tellement satisfait son penchant pour la gourmandise, qu'elle tourne à l'obésité d'une manière dé|)lorabIe, et, à quarante ans, son portrait gravé sur bois pourrait servir d'étiquette aux flacons qui renferment le précieux ruc.ahout des Arabes.
Quant à la grisette qui n'a la chance de devenir ni bourgeoise, ni femme mariée , ni bouti(|uière, ni lorctte, — elle devient inmianquablemcnt une vieille fille excessivement vertueuse et non moius méchante, qui, à cinquante ans, ne manque pwjscttie jamais de s'affilier à la congrcgatioii de la sainte Vierge Marie'.
lUais à quoi bon nous inquiéter ainsi de ce que devient la vieille grisette? — nous inquiétons-nous, au mois de mai, de ce que deviendront les boutons de rose qui charment nos yeux et qui nous embaument de leur parfum ? — Chaque année une nouvelle génération de griseites fraîches vient remplacer la génération an-' cienne. Il en est en France de la grisette comme de la gaieté : — elle ne s'éteint jamais !
A la fin du carnaval dernier, vous avez remarciué en soupirant que quelquesunes des joyeuses habituées de Musard commençaient à danser avec des pattes d'oie.
— Allez à l'ouverture des bals de cette année , et vous trouverez deux cents nouveaux frétillants débardeurs tout frais échappés des magasins d'Ilerbaut, de Palmyre, de Victorine, etc., etc. Et, à l'instar des courtisans saluant jadis ra\énement de chaque nouveau règne, vous crierez : La iriselic est morte, vive la grisetu !
I'.i:is. — Typ. G.iitli't. rae Cil-Ie-L'cur, 7
LE FLANEUR
Par Xioals HUAB T, — 70 Vifi&ettes de KM. AIiOPBE, DAUMIEB, et MAUBISSET.