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CHAPITRE I

Nouvelle dè6 ùUod de l'houiue.

Air!iEa'î

Aristote, Platon, Socrate, M. de Donald , M. Cousin et une foule d'autres philosophes et naturalistes , dont le détail serait beaucoup trop long pour vous et pour moi, ont successivement proposé de nouvelles définitions de l'animal qui est convenu de se nommer Itommc.

Les uns ont dit — que l'horame était une intelligence servie par des organes, — ce qui me semble bien flatteur pour une foule d'épiciers , d'actionnaires et même de représentants.

D'autres ont tout simplement déclaré que l'homme est un animal à deux pieds et sans plumes, — ce qui, comme l'a fort bien fait observer Diogène, nous met sur le pied de la plus parfaite égalité avec uu simple coq qui Aient d'être plumé par un cruel rôli.-seur. Aussi riaton, pour compléter sa déûniliou de l'homme, aurait

dû ajouter que c'est un animal à deux pieds et sans plumes, non destiné à être misa la broche : — et encore les sauvages de la mer du Sud donneraient-ils un démenti à cette opinion philosophique et gastronomique.

Beaumarchais , par la voix de Figaro , déclarait que le bipède en question ne se distinguait des autres animaux qu'en mangeant sans faim, en buvant sans soif et en faisant l'amour en tout temps.

Ceci se rapproche déjà plus de la vérité. Mais cette définition n'est pas encore totalement satisfaisante ; car une foule de gens ne sont pas à même de se distinguer de la manière qu'exige Beaumarchais : — il est beaucoup de pauvres diables qui ne peuvent pas manger, même lorsqu'ils ont faim.

L'homme s'élève au-dessus de tous les autres animaux uniquement parce qu'il sait flâner.

On peut même aflirmer que c'est là sa supériorité sociale , et, malgré Beaumarchais, qui cependant était un homme d'esprit, nous dirons que ce qui distingue essentiellement l'homme de la brute, oui ! ce qui fait de l'homme le roi de la création , c'est qu'il sait perdre son temps et sa jeunesse par tous les climats et toutes les saisons possibles.

Étudiez plutôt les mœurs et les habitudes de tous les animaux de votre connaissance, et vous admirerez toute la justesse de cette remarque. — Après qu'ils ont pris leur nourriture : — le singe gambade, — le chien court adroite et à gauche, — l'ours tourne sur lui-même, — le bœuf rumine, — et ainsi de toutes les autres ciéaiurrs qui embellissent plus ou moins la surface de la terre» Mais l'homme seul, après sou diucr, achète un cigare, qu'il cou-

niBl.IOTllËQUli; POUR rii\e.

sent h payer quatre sous parce qu'il est mauvais, — puis il va

llàlUT.

Donc , vous voyez bien que nous avons parfaitement raison de définir i'/iOKi HIC/ — Va animal à (Ictix pieds, sans plumes, à paletot, fumant tt fli'iiiant.

Vous remarquerez encore que , pour se distinguer du siiir;o qui parfois se promî-ue dans les hois , la canne à la main , — le llànenr parisien , par un excùs de civilisation, a soin de porter sa canne dans sa poche : ce n'est pas utile, mais c'est gênant. Si la diiïércnce entre ces deux animaux intelligents est peu sensible, en revanche les points par lesquels ils se ressemblent sont nombreux et saillants, — Us ont également l'air de ue penser h rien, — de ne s'inquiéter, de ne s'occuper de rien, lis vont tous deux à droite ou à gauche sans raison , sans but , et re>iennenl sur leurs pas sans plus de motifs; — tous deux regardent les femmes dans le blanc des yeux et leur foui des grimaces plus ou moins amoureuses; enfin, tous deux sont remarquables par l'inconvenance de leur tenue dans les lieux publics. — Nous ni^ prétendons pas dire que le flâneur se permette toutes les légèretés du singe, mais rien n'est sacré pour lui ; vous îe voyez baguenauder dans le palais des rois , dans le temple du Sei^^neur, dans le sanctuaire de la justice, partout où se rcucuulrcnl de jolies fenmies ou des hommes ridicules.

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