‹ L'étudiantChapitre 12 sur 243 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

nÏMertatioD pliiluiophique mais non bura»n!taire ■ur les vacance*.

\i7^^Z u ne peut pas se livrer pcudaut douze

'^^ I mois (le l'année à un travail aussi a^^si-

du que celui i[ue s'est imposé l'éln-

1 diaut. — H n'y a pas de tenipcMament

! (lui rési.slerait à cela.

Aussi les professeurs de l'École de droit se s jut-ils dii , dans leur teuilrc

S r.'r^û^.-,?!^ ■';?:;—-:, <"oii se sj

|tlF'?i^J.J;^,• :' ^^;'^j so'liciiude pour leurs élèves : — Mes amis, nous ne vous ferons pas de cours pendant quatre mois de l'ainiéc; cl , pour nous consoler de votre absence , nous cuniinuerons bien cxaclonicnt à louclier notre traitement le premier de clia(pie mois. — Celle ré.solulion nous a coûté beaucoup ; — «i(j(.v il le fallait , il le faaallail.

Bilbui|uet, au'|uel les professeurs eraprunlent ainsi son cxpris- .sion favorite, aurait parfaitunient droit de ictu' riposter à sou tour: Messieurs , ceci est de la haute comédie.

Du reste , ce ne sont pas seulement les professeurs des Écoles ûc droit, de médcciiU' et du cnllét;(' de France, qui é|>rouvent le besoin de s'essuyer le fronl et de se croiser les bras , après avoir travaillé trois heures par semaine, pendant sej)l mois ou huit mois ( deux leçons d'une heure et demie chacune , on voit que le calcul est rigoureux).

Bon nombre d'autres fonctionnaires publics se sont aussi fait adjuger des vacances, tous le prétexte de lassitude générale dans tous les membres ; et , suivant les règles d'une admirable logique , ce sont précisément les fonctionnaires qui devraient être eu permanence pendant toute l'aunée qui s'amusent ii fermer le temple de la justice et à mettre la clef sous la porte. Les Chinois ne sont pas encore arri\és à cet excès de civilisation. A Pékin , les juges font leur métier pendant les trois cent soixante-cinq jours de l'année ; cl les plaideurs qui vont les trouver n'ont pas le désagrément de s'entendre dire par l'huissier :

— iMessieurs , vous repasserez dans trois mois. M. le président est allé pécher des goujons dans le fleuve Jaune.

On a beau dire , les Chinois ne sont pas déjii si Chinois qu'on leur en fait la réputa- ' lion.

Les départs des étudiants connuencent dès les premiers jours de juillet. — Ce sont surtout les élèves de première année qui tiennent à aller revoir la Normandie ou tout autre pajs qui leur a donné le jour. — *]r r:;^irneni chez eux pour

travaillci , attendu qu'ils se proposent de passer leur examen à Icu. retour.

Le» élèvLh (|ui doivent passer leur thèse sont les retardataires ; car, aj.int une juste cii;ili.uue d.iiis leurs fcirccs el dans leur instruction, ils ont toujours reculé le jour fatal où ils devaient se préseulei- divaul h urs jolies. — Mais cnliu , à force de reculer, il faut bien liuir par sauter.

C'est vers le mois d'août que les passants qui circulent dans le» rues Sainl-Jac(iues et de la Harpe jouissent du coo|) d'itil aussi rare (pie curiiiiv d'éUulianls surchargés de livres, do codes civils et de l)ou(|uiiis eux-mêmes sure liai gi's de poussière.

Ce sont les élè\es qui sont allés louer cli^z les bouquinist>'S touB

Us auteurs nécessaires à consulter |iuur la confeciiou de la fameuse thèse, qui traite, comme on le sait , l'un des points les plus importants de h) jurisprudence ou du la médecine. — Kl Dieu sjit si la médecine et la jurisprudence uuin<|uenl de points obscurs, surioul di-piiis (pi'uiie foule de savants ont préundu les expli(|ucr chacun à sa manière I

Or, pour bien éclaircir ce point [)Ius ou moins obscur, on ne doit s'en rapporter qu'à des auteurs de poids.

Lorsqu'aprés cet exaniei»

i plus ou moins brillant (plui souvent moins) arrive enfui le jour du départ, réiudian\ est ordinairement conduit jusqu'au marchepied de la diligence par une jeune personne irès-sensihlc qui inonde de ses lirraes la cour des messageries Lafilte et Caillard; ce qui est très-mais i i pour les autres vo;a;;eurs, ils prennent dcrinunidité. L'éludianl éiaut liounue et Frrrrançais, a plus d'empire sur sou cœur et sur ses glandes lacrymales. Aussi, glace à sa force d'ànie , parvient- 1 à coutiiuier à fumer tranquille» ment son cigare en disant a sou Ariane : — Allons, Filiue , allons,

neplcuredonc

pas comme ça, c'est des Wtiscs. — Voistu, c'est plus fort que u'.oi !

•te ne pourrai

V^Pf:

r*\rp:-

."^v? jamais l'aticnjir^'Qii- dre pendant \\ deux mois!

— Comment ,, , ^ ,; dois -je pren- ..'v^tVîl^, dre ces paroles, rifiiiel — i \ , Je les prends,

Jj^;3s-^-^=-J ""'*«^ / queje^lcp6- ^-^ Ions, Fifine, pas de ces idées-là .. Tiens, voilà six sous, lu monteras dans l'omnibus pour traverser le Pont-Neuf... et jure-moi que tune regarderas seulement pas la rivière...

Puis, dès que l'appel des voyageurs commence, l'étudiant imite l'écureuil dans un de ses plus pérdieux exercices et grimpe sur l'impériale ajirès avoir déposé un dernier baiser et une dernière bouffée de cigare sur l'œil de sa plaintive tourterelle, qiù s'écrie : — Tu ui'écri-

BIBLIOTHEQUE POUR UlUE.

.on srti? — Du pnmii'i- relais... l'ifine... du prerairr relais, jclipics jours ii|iio> , U'jtiiiic \()va};i'ur ariivp au sciu de ses os, .SI- Taii (1rs rf|iroilu's de n'avoir pas iiicore songé à accomplir sa promesse, el so dit :

— Il fsl huit luures du soir... Ou'esl-cc que fait ma pauvre

Firme dans ce luomcnt-ci T ]c suis sur qu'elle est à sa fenèlrc,

cl ipi'i Ile ie«.ii(le les étoiles eu pensant à moi.... Or , !i la mOmc licure, la jeune vcUNe , (pii mena^Mit de se périr de dé>cspoir, prend

mip glace , et même deux glaces, au Palais-Ro\ al , pendant que, pour se distraire pcu- ; (lant les longues soirées

d'octobre , l'éludianf, relégué il la raniiiagne, se voit oliligé de faire mi cent ou uiéiiii' ! Iiisii nrs (ents de pi |uei avec le cmé du \iliaL;e, — ou de jouer en fa.nillc un nond)re indélerminé de parties de loto.

CHAPITUE XVI.

Fin finale.

rcncz une chenille , ou , si vous avez des préjugés vulgaires , el si vous éprouvez dudéRoûl pour ce petit être , qui pourtant est fort inoffensif, — rc- (jdrdiz une chenille, suivez attenlivement sa croissance et ses allures pen- ! dant cin(| ou six semaines, el vous finirez par assister au spectacle étonnant d'une métempsycose : — l'insecte rampant (liMeni on brdlanl pajiilion. Eii bien, toujours sans autre comparaison , l'étudiant nous offre le sperlaclo prodigieux d'une métempsycose non moins étonnante , — seulement elle a lieu en sens inverse; c'est-à-dire qu'après avoir voltigé pendant trois ans à Paris, le brillant papillon une fois retourné en province se transforme en ciirysalidc pour le restant de ses jours.

Du jour où il est reçu avocat ou docteur en médecine , l'étudiant n'est plus le même homme; il

aelii'le un habit noir, il fait coiq)er (SCS cheveux, il ne ' prend plus de tabac qu'en prise; — bref, il devient un jeune bourgeois rangé, inonlant cxaclcmcnt sa garde, et ne connaissant plus les dominos même de nom.

1,'un se met à courir aprts les malades, l'autre après les plaidais.—celui-ci après les niinislres qui disposent des places de substituts , — el celui-là enfin après les jeunes filles ricJiement dotées ! Ce sont surtout les futurs avoués ou notaires qui entrent le plus

avant dans les voies d'une réforme complète : — ils se mettent en elbeuf noir des pieds à la télé, — liabit, pantalon et gilet. — Le noir donne un air grave qui inspire beaucoup de confiance aux pères et mères de famille; — ils se disent dès le premier abord: — Voilà on jeune homme en elbeuf noir qui, bien ceriainement, fera le bonheur de notre Virginie!

Le jeune homme continue à fasciner la famille, il apprend à jouer an reversi, et se plaint d'avoir mal au cœur (juand quelqu'un fume par hasard i^n cigare à côté de lui.

Bref, avant la fin de l'année il épouse une jeune personne agréablement dotée parla nature et pi us agréablement dotée par ses parents. Ce qui lui permet d'acheter une étude de notaire a\ec des panonceaux dorés, — et , en vertu des pouvoirs que lui donne sa nouvelU: i>rofession , il fait des testaments, des contrats de vente, des contrats de mariage, etc. , etc. , e'est-à-dii e (pi'il fait tant de choses, que (luehpicfois même il fait banqueroute.

Les étudiants entrés dans la robe noire du u)inisière public .se marient moins vile, mais ne .se livrent pas à une morale moins effrénée. — Ils enfnnceni Démosthènes et Cicéron à propos du plus pctil délit forestier, les Pères de l'Église .sont auprès d'eux bien peu de chose quand il s'agii de flétrir en police correctionnelle un danseur qui s'est permis le cancan.

Enfin, arrive à quarante ans, l'ex-éludiant , en quelque position que le sort l'ait placé, a immanquablement pris une femme, du ventre et des kmeltes. Ce que c'est que de nous, grand Dieu ! C'est-à-dire qiie cela rend un homme lolalement méconnaissable; et lorsque l'ancien étudiant fait un petit voyage à Paris, — c'est à peine si , dans ce gros bourgeois, l'œil de Fifine elle-même peut rï':oinaîlre son ancien Alfred à quinze pas et à quinze ans de

distance. Il est vrai qu'Alfred lui-même ne reconnaît plus guère Fifine , la séduisante giisette, dans la respectable sage-femme ornée d'un cabas, d'un chapeau d'ouvreuse de loges, d'un tour fabriqué

de cheveux qui ne lui appartiennent pas, et de pattes d'oies qui ne lui appartiennent que trop.

Ilélas, mon cher monsieur, — hélas ! quelquefois l'étudiant finit plus tristement encore , et l'ex-héros de la Grande-Chau- S niière, l'ex-lion du grand esta-

\,^j minet de l'Univers, l'ex- séducteur de toutes les plus jolies /griscttesdc Paris, cet étudiant enfin dont la poitrine d'homme ^^ a été calcinée par tant de briS- ^ÎtÏ^ lames passions, — y compris T"^--^^-, celle du billard et des petits verres, — n'a plus au inonde qu'une seule passion, — celle de la pêche à la ligne.

G Code civil, si c'est là l'innuencc que tu exerces sur les nobles facultés (le l'homme, — on devrait faire une loi pour défendre l'étude des lois!

FliN DE I.'lirUDIA.>T.

Tarit. • Typ. fi:iiH*i, rue Ïîtl-Ie-Co'ur. 7.

LE DEBARDEUR,

Par M. MAURICE ALKOY. — 55 Vignettes de BI. GAVABNX.

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