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CHAPITRE IV

Distinction.

Sous le rapport di's misères et de l'originalité, il y a employés et em - 'i ployés , comme il y a fagots et fagots.

Nous distinguons l'employé de Paris de l'employé de province. Cette Physiologie nie complètement l'employé de province. L'employé de province est heureux: il est bien logé, il a un jardin, il est généralement à l'aise dans son bureau.

Il boit de l'eau pure , ne mange pas de filet de cheval , trouve des fruits et des légumes à bon marché.

Au lieu de faire des dettes , il fait des économies. Sans savoir précisément ce qu'il mange, tout le monde vous â'inx qu'il ne mange pas ses appointements !

11 est heureux , il est considéré , tout le monde le salue quand il passe. Il est marié , dès lors il est invité , recherché , sa femme et lui ; tous deux vont au bal chez le receveur gétiéral , chez le préfet, le sous-préfet, l'intendant. On s'occupe de son cararière, il a des bonnes fortunes, il se fait une reiiounuée d'esprit, il a des chances pour être regretté, toute une ville le connaît, s'intéresse à sa femme , à ses enfants.

Il donne des soirées, et, s'il a des moyens , un beau père dans l'aisance, il peut devenir député.

Sa femme est bien gardée, elle est surveillée dans sa conduite par l'espionnage des petites villes ; et s'il est malheureux dans son intérieur, il le sait :

tandis qu'à Paris un employé peut n'en rien savoir.

Il nous est impossible de ne pas constater que l'employé change tellement selon les milieux où il s'implante, qu'à ces caractères nous ne reconnaissons plus l'employé , la province le dénature entièrement. Nous ne saurions voir dans cet être joufflu , calembourdicr,

L'EMPLOYÉ

rieur, payant des cont:ibutions, (loiinant des repas, festoyé, descendant le fleuve de la vie sans peine , notre employé forcé de faire à Taris ses sauts de trein|>liii pour échapper à ses créanciers , forcé de jouer les scènes iiKulcnies de M. I)iin:inclie pour faire ses emprunts, cet iuirépidi' naufr.T^é cpii iw. se soutient au-dessus de l'eau que par une cou|)e hardie et par des iioinls d'aiguille audacieux, qui nage avec une agilité de poisson, souvent entre deux eaux , dé|)loy;uit autant de >icc que de vertu , et traversant enlin un vaste désert d'houunes , sans ciianieau pour se consoler.

L'employé de celte Physiologie est donc exclusivement l'employé de Paris. Ce livre ne comprend que cette classe de plumigères, la seule où puissent s'observer les manies , K s mœurs, les instincts qui font de ce mammifère ù plumes un être curieux et capable de donner lieu à ime physiologie , expression qui veut dire : discours sur la nature de quelque chose. Or , T AXIOME. — L'employé de province est quelqu'un, tandis que l'employé de Paris est quelque rfiosc.

Oui, quelcjuc chose de merveilleux, de commun et de rare, de singulier et d'ordinaire, qui lient de la plante et de l'animal , du mollusque et de l'abeille.

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