‹ L'étudiantChapitre 126 sur 243 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Rtiumè.

Vous devez apercevoir maintenant pourquoi tout va si lentement dans le pays de bureaucratie.

L'État payant iréspeu ses eni|)loyés, les emploi es •"'""' obligés d'avoir une double existence , de faire deux choses , de se partager entre l'adniinislration et une autre industrie; en sorte que les affaires souffrent, vont lentement, et ne peuvent pas aller autrement.

On se demande; comment la maison Rotschild, qui a tout autant de détails que le ministère des finances, qui remue autant de capitaux , qui est obligée de savoir les ressources et les finances non-seulement de la France, mais de l'Angleterre , de l'Espagne, de la Belgique , de l'Autriche et de Naples, du pape et du grand-Turc, qui paye autant d'intérêts que la l'rance, et qui a des relations avec toutes les villes d'Europe, fait ses affaires avec vingt commis, quand le ministère des finances en a plus de mille. Les vingt employés des Rotschild travaillent dix fois plus que ceux du Trésor; mais ils ont un avenir, ils apprennent à être banquiers, ils veulent savoir comment on gagne des millions, ils voient une récompense proportionnée à leurs efforts ; tandis que les employés, en France , ont un misérable avenir, peu d'honneur quoique très-honorables , et n'apprennent que la dépense sans apprendre la recette. Autrefois , dans les ministères français, les efforts, les travaux pouvaient être récompensés : un ministère attendait le petit employé Colbert, Lctcllier, de Lyonne. Aujourd'hui il faut être député pour devenir administrateur.

Les traitements ne sont point proportionnés aux exigences du service. Cent employés à douze mille francs feraient mieux et plus prompteiucnt que mille employés à douze cents francs. Mais la machine est ainsi montée , il faudrait la briser et la refaire ; et personne n'en a le courage en présence de la tribune et des sottes déclamations de l'opposition , ou des terribles puffs de la presse. Il s'ensuit qu'il n'y a point solidarité entre le gouvernement et l'administration : un ministre veut et ne peut pas, il y a des lenteurs interminables entre les choses et les résultats. Si le vol d'un écu est impossible, il existe des collusions dans la sphère des intérêts. On ne concède certaines opérations qu'après des stipulations secrètes , impossibles à surprendre. Enfin les employés, depuis le plus petit jusqu'au chef de bureau , ont leurs opinions à eux , ne sont pas les mains d'une cervelle , c'est-à-dire , n'agissent pas tous dans la pensée du gouvernement; ils peuvent parler contre lui, voler contre lui, juger contre lui.

La subordination n'existe pas dans l'administration à Taris. Un comniis-rédacleur pourra très-bien humilier son chef de division eu le rencontrant à pied dans les Champs-Elysées, quand il sera , lui , en voiture élégante avec une jolie femme. Un employé supérieur, un directeur qui fait cl défait des préfets, qui décide des choses les

BIBLIOTHÈQUE POUR RIRE

plus graves dans l'État, n'est presque rien dans Paris. Ou a beaucoup perdu eu repoussant les costumes et les uniformes auxquels tenait tant Napoléon.

Sur les neuf heures que tout employé doit h l'Étal dans les bureaux, il y en a bien quatre et demie de perdues en couve rsalious, eu narrés, en disputes, en taille de plumes, en intrigues. Ainsi, l'État perd cinquante pour cent dans le travail. Il pourrait faire faire pour dix millions ce (pi'il paje \iii^;t. Les varii'lés d'omplou's (pie nous avons décrites consliluenl les rouages de la niaeliine. Maiutenaut voici les moteurs !

Page 1