‹ L'étudiantChapitre 129 sur 243 · CH.\PITRE XIII · texte numérisé non relu

CH.\PITRE XIII

lie GarçOD de Bureau.

Sous celte pyramide humai ne , on haut de € iii-?^^. •!'q"c"e est le '" ,'^0,', minisire , se trouve un homme heureux, ca ché dans un coin , sous sa crypte , derrière son paravent , sous sa livrée de

drap bleu à bordure muliicolore: cet homme, c'est le garçon de bureau. Le garçon de bureau peut très-bien le soir devenir changeur de contre-marques à la porte d'un théâtre, ou receveur dans un bureau grUlé, ou porteur d'un journal du soir.

Le garçon de bureau ne peut pas aller au-dessus de l'huissier ; mais comme il y a peu d'huissiers aujourd'hui, comme les ministres et les directeurs généraux exigent un certain physique, une certaine figure, des mollets et des manières, cette place est le bâton de maréchal des garçons de bureau, c'est-à-dire très-rare.

Véritables piliers de ministères, experts des coutumes bureaucratiques, ces garçons, sans besoins, bien chaudes, vèiu> aux dé|)ens de l'administration, riches de leur sobriété, sondent jusqu'au vif les cmplojés, ils n'ont d'autre moyen de se désemniyer que de les observer : ils connaissent leurs manies, savent jusqu'où ils peuvent s'avancer dans le prêt , et font d'ailleurs les commissions avec discrétion. Ils engagent ou dégagent au mont-de-piété pour les employés, achètent les reconnaissances et prêtent sans intérêt. Voici pourquoi. Aucun employé ne prend d'eux la moindre somme

sans la rendre en y joignant une gratilicaiiun : les sommes sont légères, les temps de prêt très-comls, il s'ensuit des placcmenis à la petite semaine, excessivement sûrs et proliiables.

Serviteurs sans maîtres, quittant leur livrée i cinq heures, ayant peu d'ouvrage , ces gnrroiis ont de sept .'i huit cents francs d'appointements. Les étrennes, les gratifications portent leurs émoluments h douze cents francs, et ils sont rn pn-iiion d'en gagner autant avec les eni|iloyé3. Lem- industrie du soir leur rapporte il peu près trois cents francs. Fiifin leurs femmes sont gardc-m.ila.les, font des reprises aux cachemires, blanchissent et racconiinudriit les dentelles, sont marchandes il la toiktie, et (piei(|uefois tieniii'iit des bureaux de tabac, ou sont concierges dans des maisons opulentes, et gagnent autant (juc leurs maris.

Aussi n'est -il pas rare de voir des garçons de bureau électeurs ayant une maison dans Paris. Après trente ans, ils ont une pension de six cents francs. Vous trouverez dans le livre des pensions, des garçons de bureau retraités b treize et quatorze cents francs.

La figure de cet employé du derniiT ordre est plus curieuse qu'on ne le pense, car le vrai philoso|)!u' est rare; et ce garçon, qui n'est jamais célibataire, est le pliilosojihe des adnn'nis'.rations.

Les garçons voient tout dans les bureaux, ils ont leurs jugements à eux, leur petite polilicpie; ils ont leur importance aux yeux du public , ils sont les eunu(]nes do ce vaste sérail : moins ils ont à faire, plus ils se plaignent. Si le garçon d'un bun^au est, par hasard, appelé dix fois dans une matinée, s'il va d'un ministère à un autre tro s fois; s'il est renvoyé d'une division à l'autre comme un volant sur doux raquettes, il se plaint, il dit que c'est îi en perdre la tête.

Voici le beau idéal du garçon de bureau. Quand, eu 1830, il y eut ce grand mouvement national qui ne peut se rendre que par celte profonde pensée politique : Olc-toi de ta que je in'i/ mette! qui dirigea la conduite de tous les libéraux, les bureaux furent agités, il y eut des déménagements de fond en comble. Cette révolution pesa principalement sur les garçons do bureau, (pii n'aiment guère les nouveaux visages, l'n de nos amis, venu de bonne heure au ministère, a entendu le dialogue suivant entre deux garçons : — Hé bien, comment va le tien'/ Il s'agissait d'un chef de division.

— Ne m'en parle pas, je n'en peux rien faire. Il me .sonne pour me demander si j'ai vu son mouchoir ou sa tabatière. Il reçoit sans faire attendre , pas la moindre dignité. Moi, je suis obligé de lui dire : Mais, monsieur, monsieur le comte votre prédécesseur, dans l'intérêt du pouvoir, il bûchait son fauteuil avec son canif pour faire croire qu'il travaillait. Et il brouille tout ! je trouve tout sens dossus dessous : c'est un bien petit esprit. Et le tien T

— Le mien, oh ! j'ai fini par le former, il sait maintenant où est son papier à lettres, ses enveloppes, son bois, toutes ses affaires. Mon autre jurait, celui-là est doux... mais ça n'a pas le grand genre, il n'est pas décoré, je n'aime pas qu'un chef soit sans décoration; on peut le prendre pour un de nous, c'est liuinilianl. Il emporte le papier de bureau, et il m'a 'demandé si je pouvais aller servir chez lui des jours de soirée. — Eh ! quel gouvernement, mon cher ! — Oui , tout le monde carolle. — Pourvu qu'on ne nous rogne pas!... — J'en ai peur ! La chambre est bien jM-ès regardante. On chicane le bois des bùthes. — Et bien! ça ne durera pas longtemps, s'ils prennent ce geurc-Ià.

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