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CHAPITRE I

Arrivée du proTÏDcIal à Paris.

oici noire homme. — Qu'importe d'où il vient , que ce soit de près ou de loin , du nord ou du midi, d'une petite ville ou d'une grande , de Bordeaux ou de la Fcrté-sous- Jouarrc , de Marseille ou de Landerneau ; il n'en sera ni plus ni moins provincial. — Le voici! Preiions-le à sa première émotion. Dés que la vigie placée sur l'impériale de la diligence a signalé les tours de Notre-Dame, le provincial a mis la tète à la portière, écarquillant ses yeux gris, tout entier au spectacle qui allait se dérouler devant lui. Il est entré par la barrière d'Italie , en disant : — « Me voilà donc dans la plus belle ville du monde ! <> Puis il a parcouru la rue WoulTetard dans toute la déplorable longueur qui la caractérise , et alors sa lèvre inférieure s'est allongée en signe de déception, tandis que ses sourcils étonnes prenaient la forme peu flatteuse de deux accents circonflexes.

La diligence a dégringolé l'é- Iroile, noire et tortueuse rue de la Harpe , et , dans sa déliante perplexité , il s'est demandé tout bas : — Suis-jc mystifié? Convenez que la question valait la peine d'être posée. — Mai'* bientôt ce doute affreux cesse à l'asncct des

quais, des ponts et du Louvre qui se dessine dans toute sa splendeur; |a grande ville est justifiée, Paris a fuit ses preuves, et le provincial entre rassuré dans la cour des Messageries.

Aussi, voyez-le fraiidiir lestement le marchepied. Avec quel balte nient de cieor il foule le sol glissant th' la capitale! Dans son trouble, il iiu songe pas à \eiller siif ses effets, que l'on jette du haut en bas de la voilure; son sac .de |)uit tombe d'un côté, sa malle roule de l'autre. 11 ne sait pas, j'imprudenll à quels périls est exposé son bagage ! Il ignore , l'ingénu ! qu'il y a des gens qui voyagent tout exprès pour changer de valise ; de même que certains élégants ne vont en soirée que lorsqu'ils éprouvent le besoin de posséder uii chapeau neuf.

Un commis du lise le lire de son exfqse en lui demandant :

<i N'avez-vous rien à déclarer? » Surpris d'abord par celte question ambiguë, le voyageur inexpérimenté répond avec poli(csse : — B Je vuus déclare (pie je si|(s M|iphant(J de me voir ici. » Le commis

de l'oclroi le prpnfl pour

un loustic et s'cf^veloppe d^ns sa dignité. La malle ' c^ le sac sopt ouverts.' p on bouleverse |e linge el les babils du provincial , qui so récrie vai|icipent contre celle vipt^(J!)|) de sa garde-robe. Pois le comniis , d'un œil de tiiomplie (il e.st hpigne) et d'un geste formidable,

andii quelque chose (pii ressemble à un bâton de maréchal enveloppé dans une feuille de papier gris , et s'écrie :

— Qu'est-ce que cela?

— Cela , répond le provincial avec sa candeur ordinaire, c'est un saucisson que j'ai acheté à Lyon pour l'ofl'rir à un ami que je possède à Paris.

— L'amitié, reprend l'agent fiscal, est uu sentiment que j'honore comme homme ; mais comme employé des contributions indirectes , je ne puis pas, je ne dois pas oublier que le saucisson est un objet soumis aux droits.

— Certes! dit le provincial, le saucisson de Lyon a toujours eu le droit d'élre mangé. ,

— Jeune homme! s'écrie "-^ l'employé des finances, vous me paraissez provenir d'une contrée lointaine et facétieuse ; mais nous

verrons tout à l'heure si vous serez tu train de rire , quand je ferai mou procès-verbal.

L'intervention officieuse di:

conducteur prévient le funeste dénoùmeiil de celle scène , à la- (luelle le novice provincial ne comprend rien. L'expérience (les voyages peut seule apprendre en effet jusqu'à quel point on peut violer les lois de l'État et porter atteinte à la fortune publique en dissimulant involontairement un saucisson. Far bonheur un conducleur est un soleil qui dissipe aisément les nuages

LE PaOVINCIAL A PARIS,

de l'octroi. Aux rayons de sa |)anile conciliatrice, l'orage s'apaise. Le provincial en est nuilte pour abomlonncr au lise le corps du délit ; quant au conducteur , ses services sont désintéressés , et il se trouve assez paye par un bon pourboire. Nu faul-il pas arroser la connscatiun?

Revenu de cette chaude alerte, qui est sa première iribulalioii parisienne, le provincial s'aperçoit tpie tousses coni|)a;^nous de Voyage ont déjà quitté la cour des diligences. Ln cuniiiiissiunnaire s'est chargé de son bagage.

— Où faut-il porter ça, mon bourgeois? demande l'enfant de l'Auvergne.

— Ma foi, je n'en sais encore lieu! répond le provincial, ([ni n'a pas iungé au chapitre du lugenieni.

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