CHAPITRE X
'appeler Don Juan, toucher à sa seizième année, éire Ijeau, vif, spiriiuel, riche; avoir une mère jeune encore, dont l'amie intime se nomme Julia — cIIg se nommerait A'exandriiie, Opliélia , ou n'inipurte comment, (jue cela reviendrait absolument au même — la'pi' lie Jnlia est âgée de vingt-trois ans, a des yeux grands et niiirs.dans lesquels flamboie une expression de fierté, d'amour et de ce quelque chose qui n'est pas encore le désir, mais peut le devenir d'un moiueul à l'autre, laquelle Julia est mariée à un sieur Alfoiiso — ou .'^ganarelle , ou Arnolplie , ou Géronle , le nom ne fait rien à l'affaire — qui a cinijuanle ans, est laid, brutal et jaloux. Avoir grandi sous les yeux de la belle Julia , avoir élé pour el.e un joli enfant qu'elle aimait & caresser, puis tout à coup s'apercevoir qn'c.lc ne vous careS>e plus, qu'elle baisse les ycax dès que vous l'abordez, (|ue c'est avec nn délicieux Irern- ■:; blemeni que sa petite main se dégage de la vôtre, vous laissant [lour adieu nue pression pénétrante , si légère, si douce, qu'à la rigueur on pourrait douter si cette pression est un rêve on
une réalité :oblenird'elle Ç^'^^I^'.' 'j-^^r^'^^.^^lt^''
des regards dérobés que ^4'-'.'.; i "■" ♦- ' -
le mystère rend plus teutires encore ; voir uioiuer à ses joues , loat empourprée» de l'é<
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BIBLIOTHEQUE POUR RIRE
dm (le In jcuiifssi'. de soudaines routeurs qii'aiirim inoiif ne légitime: puis, un soir (]ue le soleil a disparu et (pie la lune — la cfidsie lur)o, disent messieurs les poêles — qui revêt d'un charme saint l'arbre et la toiuelle, donne il toute la nature un caractère de beauté et de douceur intime, pénétre jusqu'au cœur, et y fait descendre uiiu aiiimireuse lansueur qui n'est |)()int le calme — est venue répandre sur l'a/.ur du ciel le demi-jour de son disque argenté, et pousse les g' rbes de sa \oluptueuse liMiiiére juscpie dans l'épaisseur des plus profondes ténèbres, se trouver assis au|)rés de Jtdia — ou môme d'Alexandrine — sur l'herbe tendre; l'enlacer d'une étreinte frémissante sans (]u'elle cherche à se dégager, et l'entendre murnimer bien bas ; « Je ne consentirai jamais. »....
Apprendre une langue étrangère des lèvres et des yeux d'une femme — bien entendu quand maître et disciple sont tous deux jeiuies — la voir sourire si l'on dit bien, sourire plus encore si l'on dii mal, poui' une leçon exaciemiMit retenue recevoir un chaste baiser, puis, après trois mois d'éludés assidues, ne savoir delà langue étudiée que ces trois petils mots : » Je vous aime ! »
Chaque matin , à son réveil, voir à deux pas d(! soi et pour soi
un bain, mievcclleiii déjeunei' et une femme charmante— une femme (pii aujourd'hui n'est |)as celle d'hier, demain ne sera pas celle d'aujour d'hui.
Savoiripie lorsqu'on dort deux beaux yeux vous regardent dormir.
Klrc aimé d'une blonde Anglaise qu'on aime, rencontrer une brune Vénitienne dont l'aspect vous jelte au cœur des sensations liorriblement scélérates, avoir une envie démesurée de lui confier qu'on l'adore, entendre la voix de la conscience qui vous dit : • Souvions-loi, coquin que lu es, que ce matin même tu as juré à l'Anglaise une fidéliié élerneile; » répondre à cette voix : «Je m'en souviens iiarfaiicnient , ô ma conscience , mais quelles dents ! cl puis, ô ciel, quels yeux! je vais seulement ni'informer si elle est femme ou demoiselle, ou si elle n'est ni l'une ni l'autre...
N'avoir pas plus de barbe au menton qu'une jeune fille de quinze ans, être
s:A:sJ^Jlll!rîlflliiIL.lBî!rt
sous un cosiume de femiiicdiuis le sérail du Grand
."■eigncnr , se trouver au milicn de deux mille
odalisques les plus belles et les plus aninur''Mses du monde eiitii'r, et... n'avoii que
l'embarras du choix.
Voir Catherine, iinpéfalricc de toutes lesRussies, se rouler h
terre, et vous dire, d'une voix entrecoupée de soupirs enflammés : Il O Juan ! Juan I Juan I » — lui répoiuln^ avec indillérence : « Que voulez-vous que j'y fasse? » et prendre la poslc en faisant de loia à la susdite impératrice des saints peu respectueux.
Inspirer de l'amour h toutes les femmes sans exception aucune : à la ravissante Leïla , — à la non moins ravissante Aurora, — à la plus ravissante encore Adeline Amundcvilie , ne pas savoir à laquelle de ces trois niallieureuses vous devez accorder le bonheur, et
— dans cette perplexité
— être éveillé au beau milieu de la nuit par un revenant vêtu d'une lugubre robe de moine , fouiller hardiment sous celte robe , et y trouver
— quoi? Une duchesse, ravissante entre les ravissantes I Qui jouit d'un menton h fossette!... — Et de beaucoup d'autres agréments I — Qu'il sciait trop long d'énumérerl... — Uoni vous devenez le seul et liiouiphant possesseur! ! !...
Telles soin les roses dont se couronne le Don Juan; — non pas daii^ la vie réelle — mais dans le poëiiie que lui a consacré lord Uyron.
N. li. — Pour plus amples renseignements, lire ledit poëmc : il est en seize chaiiis —seulement. —Il pourrait être en vingt-quatre. Honneur à Byron 1