‹ L'étudiantChapitre 18 sur 243 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Iiei Reinei de Caroaval.

oule gloire s'éteint : un peu plus un peu moins de tem|)s pour effacer les traces d'un passage, voilà tonte la question. Le carnaval a ses cèié- '.'j [hrités, et le bœuf gras peut

' dire aussi à propos des

grands noms de son règne :

Je n'ai fait que passer , ils n'étaient déjà plus.

Il y a peu d'années, quelques joyeux dissipateurs trônaient et étaient les rois des fêtes de nuit , les torches ardentes traçaient devant leurs chars des sillons de lumière, des coursiers panaches et enrubanés traînaient la cohorte et ses joyeuses bacchantes.

Il y a peu d'années encore, un noble étranger donnait, dit-on, la loi aux raouts du carnaval.

Partout où il y avait grand luxe et riche festival , on l'attribuait à

lord S

Et puis après est venu Chicard, espèce de Mazaniello qui a détrôné l'aristocratie pailletée des marquis, des sultans, et a montré le premier un manteau royal en haillons.

Mais déjà Chicard a perdu de sa popularité, sa gloire vieillit; et la vieillesse en France, c'est la mort.

Le royaume du carnaval est tombé en quenouille. Sa loi saliquc est révoquée. Ce sont les femmes qui régnent. Comme h la mort d'Alexandre, l'empire est partagé entre les nombreux généraux. On a fait la monnaie de Chicard.

Et les reines populaires des bals masqués sont au nombre de cinq; elles se nomment /l/oHi^Heton, Carabine, Baïonnette, Sairetache, par corruption Saùredache, et Couievrine :

cinq noms de guerre qui cachent cinq individualités bien connues \jé pajs des L<jielte».

Vous dire, lecteurs, quelle ciiarle elles ont octroyée h leurs sujets ;

Vous dire l'éliquette de leur cour, les excentricités de leurjangnge; décrire les arabesques de leur danse, est chose impossible an langage vulgaire : il n'y a que la poésie qui puisse traduire ces fails-liV Je recule devant la tâche.

N'attendez pas non plus une biographie, lecteurs, la vie de la phalène et du scarabée est insaisissable. Pour faire leur portrait, il faudrait que l'archet fût frappé de paralysie; car dès que Musard agite son petit bàlon... nos cinq reines ne sont plus des êtres terrestres... elles ne louchent plus le sol , elles vivent dans l'espace : c'est la balle de caoutchouc mise en mouvement , l'arrclc qui peut ; et si vous l'arrêtez, tenez-la bien, car, si elle échappe, elle frappe de nouveau la terre , et voilà les bonds qui recommencent.

Le joli petit être qu'on nomme Mousqiielon , et qui est le chef de bande, affectionne le costume de Titi... Quelquefois on le trouve sous la veste de pilote... Mousqueton est le titi par excellence, c'est le vrai gamin de Paris, avec sa gaieté, sa souplesse, ses bons mots. Mais, il faut le dire avec la franchise de l'iiistorien voué à l'impartialité, le sans - sou cinms (mot "" nouveau que nous adoptons par anticipation sur les arrêts de l'Académie ) , le sans-soucisme manque à Mousqueton pour être un gamin parfait. Mousqueton pense quelquefois à l'avenir, elle lui demande ce qu'il lui réserve : comuie si ces sortes de questions devaient se faire à dix-huit ans.

Carahinc avait, dit-on, renoncé à sa part de royauté, elle avait déserté le bal el s'était vouée au théâtre départemental. Le directeur avait fait son acte d'enrôlement de manière à se croire en ■^ droit de compter sur sa Dugazon. Jusr/J qu'au 2h décembre, le directeur et la pensionnaire furent d'accord; mais le 27 décembre, le journal annonce le premier bal de l'Opéra.

Carabine quitte la scène au milieu d'un duo.

— Où allez-vous donc? s'écrie le directeur.

— Tiens, c'te bêtise! à Paris...

— Mais votre engagement.

— Expiré I

— Il est contracté pour toute l'année théâtrale.

— Eh bien , mon année théâtrale, à moi, commence le jour où les bals finissent , et elle finit le jour où les -bals commencent. Si ce n'est pas comme cela sur notre aimanach , faites-en fabriquer un autre.

Baïonnette est d'origine américaine , c'est un anneau de la chaîne qui relie le cancan européen à la chica du nouveau monde. Baïonnette fait école dans le cigare; quand elle fume, ses yeux ont une puissance magnétique qui fascine lesétouriieaux les plus sauvages.

Sabretaclie ou Sabredache lient à la fois de la chèvre acrobate et du singe funambule, elle danse le cancan sur la tête; et quand elle ne trouve pas de siège dans un bal, elle s'assied sans façon sur la tête d'un débardeur.

La renommée de- Sabredache est parvenue jusqu'aux sphères sociales les plus élevées. Dans une circonstance dillicile, une personne haut placée, l'apercevant dans la foule, dit un mot dont Tal- Icmaiit des Uéaux eût tiré bon profit. Mais tout ce que nous pouvons faire en cette circonstance pour le lecteur, c'est de déposer le mot chez l'éditeur de celle monographie, lequel se chargii de le

LE UdDAUUEUl..

rt'pt'tor tout bas, el do le dunner roniiiip supplément firntiiil à cliaiiuo ac(liKiciii il'uii cxcuipUiire de la l'Iiij.siolojic du Débar-

deur. C'est un nouveau genre de prime dont la librairie tirera peui-Clrc un jour un parti avantageux.

Demander M. AuVeit, tous les dimanches de cinq heures du malin à six heures un (juart.

Coutevrine est de nouvelle création. IHlc n'a pas encore tout l'acquis de son emploi. Klle est d'origine nabine. Sa popularité a encore beaucoup à coiupiérir pour être au niveau de celle de Mousqueton, de Carabine , de liaïonnette et de Sabrvduche. Elle vient de faire un héritage qui lui permettra de perfectionner son éducation carnavalesque : elle est recherchée en mariage.

Page 1