X.a balte
es mcssicui-s sont nrrivés...
C'est presque toujours la voix la plus fraîche cIl- toutes les voix de l'auberge qu'on envoie faire celle annonce au relais dudiner.
Aussitôt vous voyez les flots d'aiïamés se précipiter sur les pas de la uiéuagère du clicf de i iiisinc.
Il y a des voyageurs qui ont le tact si fin, les scnssi exquis, que, sans jamais avoir mis le ^«;~C pied dans une localité, ils ^»*^^>.'î- savent, comme par révélation surhumaine . le chemin delà sr.lle à manger: ils connaissent les issues secrètes, et, a\anl que vous ayez secoue la poudre de vos bottes ou de vos chaussons de lisière , ces précurseurs sont déjà b uble; ilsoni dévoré le pt tage, dépecé les volailles, et ils vous disent, d'aussi loin qu'ils vous aperçoivent :
— Monsieur, vous envcrrai-jc un pilon? Quant aux ailes, elles sont nonchalamment étendues .-ur l'assietle du premier occupant. Le commis voyageur est la terreur des tables d'hôte de voyage. Sous prétexte qu'il est pressé et qu'il aura le temps , pendant l'inlervallc du relais, de faire quelques pratiques, il ravage tous les plats, les découpe, ou plutôt les mulilc, sans aucune connaissance visible de l'anatomie. Il faut cependant rendre au commis voyageur la justice de dire qu'il est le plus inflexible censeur des négligences ou des oubHs. Il passe p,,^^^^~^ >^ .
une sévère mspection
des denrées , et il ne |i!
permet pas qu'un pou- u
let répudié par les vo; a- •
geurs de la veille sr
pré-sente effrontément
le Icodemaia. Uans une
circonstance pareille ,
un chef de cuisine cer-
lifiaul la primeur d'un
bôtc de sa basse-cour,
un vojageurlui imposa
silence eu découvrant dans une poularde un fatal billet ainsi conçu :
• Messieurs., j'ai l'honneur de vous prévenir que je sois cuit depuis
• sept jours. •
Le commis voyageur a souvent de ces saillies, et, malgré le discrédit dont on l'a frappé depuis quelque temps, il trouve encore le moyen de dérider les fronts les plus sévères.
Témoin cette conversation qui un jour s'éleva entre deux convives ; l'un demanda à son voisin :
— Monsieur est corainis voyageur î
— Oui, monsieur.
— Pour ([Utile partie monsieur voyage-t-il?
— Je voyage pour les nez.
— Pour ies nez de carton, les masques de carnaval, les lonps moyen- âge?
— Non , monsieur ; je voyage pour les nez de chair : si vous l'aimez mieux , jmur les nez humains.
Tous les convives partent d'un éclat de rire.
L'orateur sarde le sérieux le plus obstiné , et continue en s'adresganl h soit voisin de gauche, dont la figure est illustrée d'un nez qu'on croirait daguerré-^jlypé au passage d'Odry : — Monsieur, je bis, si vous le voulez, une afTiiro avec vous: quoique votre nez ne aoil pas de première qualité et qu'il appartienne à une variété qui est peu demandée... je vous l'achète...
— Mon nez?
— Oui, monsieur... votre nez...
— Livrable?
— A votre iuort.
— C'est moius inquiétant.
— Et payable de votre vivant.
— C'est assez agréable. Et quel est le prix? dit ironifjuemeiit le convive.
— Oh! mon Dieu, je le paierai au tarif...
Le commis voyageur prend la mesure du nez de son voisin ; il calcule sur un agenda, à la manière des toiseurs-vérifica leurs, et il dit:
— Je vous offre deux cents francs.
— Ça me va, dit le voisin.
— Seulement, monsieur, dit le négociant, j'exige un dédit do vingt bouteilles de Champagne dans le cas où l'un de nous se désisterait du marché.
— Je n'ai aucun motif pour rompre le pacte, si vous m'accordez toute la vie pour faire la remise du produit et si vous ne gênez en rien sa circulation.
— En rien du tout, monsieur; vous pourrez importer et exporter à votre loisir la marchandise susnommée : je ne vous fais pas même une condition de le faire assurer.
— Je consens donc à la clause du dédit.
— Je vous paierai demain , monsieur , dit l'acheteur. Quelques minutes après le marché conclu, celui-ci parle bas h
une servante d'auberge, à laquelle il serre fM:tcment les reins, suivant les traditions antiques de messieurs les commis ambulants.
La servante rc vient bientôt, tenant à la main nm énorme pincclie dont l'extrémité dos 'L branches est rougie M.
au feu et jette des ' ' étincelles. — Donne cette pincette , Fanchette , dit le commisvoyageur, et il se lève et la présente à la hauteur de la figure de son voisin.
— Qu'est-ce que cela? s'écrie l'homme qui a vendu son nez.
— C'est une pincette rouge, monsieur; toutes les fois que j'achète, je inarque ma marchandise afin qu'on ne puisse pas me la changer : j'ai acheté votre nez , il faut que je l'estampille.
— Mais je ne souffrirai pas...
— Alors, monsieur, je vous ferai remarquer que c'est vous qui rompez le marché en mettant entrave aux usages commerciaux.
— Je voudrais bien vous voir à ma place... vous.
— Moi , je n'ai pas vendu , j'ai acheté... payez le dédit... Je fais juges messieurs les convives.
Le vendeur Au condamné h l'unanimité.