CHAPITRE IV
Voyage à la recherche dune Parisienne.
Extrait de* mémoires posthumes de Tliéopliile Jourdan ( des Bouchcsdu-Bli6nc).
INTRODljCTIO^.
'ai écrit ces mémoires pour l'édification de la postérité, cl pour l'intmclion des jeunes pens qui comme moi se sont rendus à Paris, sur la foi des réclames les plus trompeuses, pour y jouir des charmes de la plus belle moitié du genre humain.
A force de lire les livres de poésie,
t't A MJfi'JBJPBÉ? I<^s romans et les journaux , j'avais fini «M^J^im^^^^ par prendre au sérieux toutes ces - .^a-s>=a? =• femmes ravissantes, faniaslicpies, spirituelle», aphrodisiaques, bonnes, espiègles, dévouées, qui, au dire des éci'ivains , pullulent sur les trottoirs de la capitale.
Dans mon imauination , j'en voyais de (uns les rangs , de tous les métiers, de tous les lige* : des duchesses, des grisetiis, des actrices, des épouses dùillusion néco, des enfants candides, des femmes de trente ans au ccTur et »n teint bistrés. Ma poitrine battait ï l'Idée de venir couler un trimestre flannne de punch au milieu de ce bas-empire, de cette régence, de ce dix-huitième siècle perpétuel qui s'appellent Pari». Ce vœu suprême, il me fut permis enfin de le réaliser. J'ai rivai ) Paris. Après avoir remis mes lettres de recofnmandation, après avoir épuisé tous ces potages cacbv-lés, tous ces dîners sous enve-
loppe, je me répandis comme nn torrent dans les thi'-âtres, dans les promenades , dans les concerts , demandant Laïs à toutes les ouvreuses, poursiiivaiil la marquise de R... sur chaque chaise des * Tiiiierics, et chircliaiit Miisidora au fond de tous les quadrilles de Musard. Mon c(rur tri'ssaillait d.'vant i'!ia(]ue capote, mon âme entonnait l'Iioisanna dc\ant toutes les mantilles. Doux frémissements des robes de satin, comme vous retentissiez agréablement h mes oreilles ! plumes agitées par le vent, comme vous me paraissiez légères! toiiie bouche me semblait souriante, tout regard animé. Je prélais mie grâce imaginaire îi tous les visages (|ue je rencontrais, même dans lesomnibu.s. A cette époque , je no pouvais rencontrer une femme dans la rue sans avoir aussitôt l'envie de l'inviter à souper.
Je voulais it tout prix savoir ce que c'est qu'une Parisienne ! 0 vous qui lirez riiistoire de mes reclinclies, plaignez-moi, et que mon tiiste sort vous serve de Icçou !
CIJAPITEE PREMIER. — MUSIDORA.
race 'i un ami de collège, des journées grecques vinrent enfin luire pour moi. J'entrai à pleines voiles dans l'ère erotique ; je réussis à soopei' avec une actrice (|ni devait bien èlre un peu courtisane, puisqu'elle s'appelait Musidora.
^'e faites pas attention , je vous prie , à mon bonbour, à ma joie, à mon délire. Je dois souper avec une actrice ! le renduz-vous est fixé à minuit. A cinq heures mon ami vient me prévenir que Mnsiilora ne peut être à nous à l'heure dite; sa soirée est libre, mais sa nuit ne lui appartient pas. Au lieu d'un souper, c'est un dîner que je commande; n'importe, je suis toujours heureux 1
Nouveau rendez-vous est pris pour six heures; à sept heures j'étais encore en contemplation devant les deux lithographies qui ornaient les murs de notre cabinet particulier. Enfin mon ami arrive , et elle avec lui. Miisidora estcharmante. Nous avalons le potage.
Plusjc la considère, pins je la trouve admirable ; elle ne parle pas parce qu'elle mange; l'adorable créature a faim ! Enfin nous ai ii\onsaii dessert. Je me tais pour recueillir les mille saillies qui vont sortir de celle bouche divine. Pendant une demi- heure , elle ne fait que parler de M. Francis Cornu , qui écrit un rôle pour elle ; j'enteiids prononcer le nom de M. Alboize, et j'apprends, non sans étoiinenient , que M. Bouchardy dirige lui-même ses répétitions en casquette!
Cette manière de faire de l'esprit me parut fort peu amusante; mais j'atlendis.
Au café, .Musidora me demanda de quel pays j'étais; je loi ré- |X)ndis : — De Tarascon , en Provence.
Elle reprit : — Moi , je suis de Die , en Daupliiné ; puis elle se mil à fredonner l'air de la Cachucha, qu'elle devait danser dans une féerie mythologique.
Je dois dire qu'au milieu de tout cela , j'attendais toujours les œillades brtUantcs, les incroyables espiègleries dont les actrices de Paris régalent toujours ceux (|ni dînent avec elles dons les romans. Musidora ne me regardait pas le moins du monde, mais elle buvait beaucoup d'aniscue. Boni me dis-je, «lie est tieDtimenlale, et