‹ L'étudiantChapitre 21 sur 243 · DEUXIÈME NOTE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME NOTE

Ingurgiter nn verre de Champagne, c'est le jeter de six pouces de haut dans la gorge à l'instar de petites missives lancées dans la gueule béante de la boîte aux lettres.

TROISIÈME NOTE, l'n donilno de moyenne force ingurgite dix verrot de Champagne

pendant la susdite romance; il y a des débardeurs qui vont jusqu'à vingt, ils ingurgitent deux fois pendant une mesure du chant; mais , pour ne pas être en retard , la position semi-horizontale est préférée par eux à la position verticale.

L'ingurgiteur se couche sur la table, et il est vrai qu'il n'est pas rare de le voir couché dessous un moment après.

Il y a quelques années, un directeur de théâtre avait inventé le moyen suivant d'attirer lo public à un bal masqué.

Une loterie se tirait dans le bal, et cent vinjt numéros avaien

BIBLIOTHÈQUE POUR RIRE

droit i> une placo d'un b.MKiuct qui dcvail être servi dans uu des

foyers.

Les billols d'hoiiimes élanl les seuls payants, étaicnl les seuls reçus au fe>iiu.

Les hommes adiuisau gala avaient le privilège d"o(Trir leur place i une dame, et c'est sur cet acte de fine galanterie que le directeur avait apjuiu' son opération.

Quinze jeunes dominos, dévoués aux intérCts directoriaux, et instruits par le spéculateur, furent lancés contre les possesseurs des I Mets.

1 1 Vo-moi 5 souper, » disait le domino au porteur du coupon ; ft fuiiiKi It façon la plus économique était de donner son billet, eo moii.. de deux heures les cent vingt billets passèrent dans les mains des sirènes et remontèrent, comme le Nil, vers leur source : c'est-à dire (pi'ils rentrèrent dans les mains de l'administration.

Le prévovant direcicur avait fait un marché avec un restaurateur \oisin, et lui avait demandé un souper de dix francs par tète ; mais & la condition de lui dire à une heure du malin seulement le chilTre des personnes.

Vers deux heures, le régisseur est envoyé vers le restaurateur et lui remet une lettre que celui-ci, après lecture, ne semble pas comprendre. Il vient lui-même au bal, et dit au directeur :

— Tous avez écrit le mot personne! mais vous avez oublié de mettre devant le chiffre... Est-ce cent ou cent vingt personnes qu'il faut servir?...

— Je vous ai écrit :

« Personne, »

répond le directeur; c'est-à-dire que personne ne soupe, et que ïous pouvez vendre vos poulardes, vos galantines, vos bayonnaises aux débardeurs et à vos autres pratiques.

Le restaurateur baisse un peu l'oreille; mais le directeur se ravisant commande un repas de quinze couverts à trois francs par léte pour les quinze dominos , ses agents de perception. Sans compter le prix des billets de ceux qui vinrent avec l'espoir d'un bon lut à la tombola du souper.

Le directeur gagna à ce petit coup de Bourse :

120 soupers à 10 fr 1200 fr.

A déduire : 15 soupers à 3 fr. . .

A mettre en caisse 1155 fr.

Il ne faisait pas tous les jours d'aussi belles recettes.

In type de carnaval qu'il ne faut pas laisser échapper, c'est celui du (/c6«r(/ewr solitaire ou soliphage; cette individualité, qu'on retrouve sous plusieurs costumes, se montre même sous l'habit de pierrot, bien que le pierrot ait l'habitude de vivre en compagnies.

Le masque solitaire semble un reclus au milieu du inonde. Le malin du samedi gras il se costume, rôde dans son quartier, et

reçoit avec Oegme les allocutions bruyantes des moutards de l'artondis^cmoni. A deux heures, le masque solitaire prend un ca-

briolet de place, et il parcourt la ligne des boulevards depuis la Madeleine jusqu'à rÉlé])liant. A minuit il entre au bal masqué, se mêle au galop et danse seul. Après le bal, il soupe en téte-à-têtc avec lui-même ; quand le garçon du restaurant lui demande combien il faut de couverts, il n'a pas l'air de comprendre qn'on puisse so mettre jamais plus d'un à la même table. C'est ce qui a valu à cette individualité le surnom de soliphage.

qu au vestiaire fusion des

Page 1