CHAPITRE I
Comme quoi on arrive à être homme de loi.
Après Irois nus de sérieuses études sur le culoltage des pipes, mêlé Ad jus romanum et dejusdela treille;
Après avoir :
Approfondi le code du bloqué, du carambolage ot de la pnulo.
Suivi avec une assiduité digne du prix Monihyon, les cours plus ou mniuscbicardsde laGrande-Cliaumièroet de la non moins grande Chartreuse; Ce titre de madré, qu'il partafjo avec le madré corbeau de la
Consommé un nombre illimité de biftecks-Viol, do petits verres, fable, et madré canialoup, son paysan, flatte inliniment le jeune de bols de punch, de bichoffs, de grisettes et de spectacles-Bobino ; licencié.
Un jeune homme s'éveille un beau malin avec le tilre d'avocat ! j II se lève , et , comme le bonheur et l'orgueil rendent généreux,
Son portier qui , la veille et les jours précédents , lui avait dit en il donne dix sous à sou portier eu récompense du tilre de madré , ouvrant les fenêtres : I dont le courtisanesque Cerbère l'a salué le premier.
BIBLIOTHÈQUE POUR RIRE
Cela fait , le nomeau l)cniosili('iie dit adieu à la vie d'étiidiaiit , à ses pompes et à ses liifietk-i-cnoiitchouc;
Il fait tomber sous le rasoir ses moustaches et sa barbe faiitaslique ;
Il lèr;ue à son ami le plus intime :
Sa queue d'Iiuimeur,
Sa pipe ,
Et sa veuve consolable.
Puis, chargeant sur le dos d'un commissionnaire sa malle, ses livres et son rarioii à rhapcau, il s'exile de celte nie Saiiii-Jaccpies, où s'écoulèrent ses trois plus belles années, de ce qiiailirr lalin (]ui fut le tliéàlie de sis joirs les plus franches, de ses amours les moins êlcrnelles, de ses pas les plus prohibés, de ses plaisirs les moins interrompus et les moins parsemés d'études !
1! s'exile de celle terre promise qu'il oubliera demain , — qu'il dénigrera plus lard.
C'est à un sixième étage de la rive droite, on bien à un qualrièmc ^laçe du faid>ouri; Saint-Germain, que notre jeune homme de loi va planter sa tente et arranger sur deux rayons les liuit ou dix volumes qui composent sa bibliolhèque srienlifiqne.
Il se revêt ensuite d'une paire de bas de soie noire,
D'un pantalon noir,
D'escarpins noirs,
D'un gilet noir,
D'un habit noir.
D'une cravate blanche, — costume symbolique qui signifie que la loi noircit bcaiiroiip les gens et qu'elle les blanchit peu.
Ainsi nippé, notre licencié se rend chez Martin, lecosiuniier du palais, loue une toque crasseuse, une robe d'un noir douteux, un rabat d'une blancheur peu virginale ,
et va prêter ser.neat entre les mains d'un premier président qui . au moyen d'un ébouriffant coq-à-l'ànc, lui fait sentir toute la dignité de sa profession d'avocat
Remar(|uoiis ici, entre deux parenthèses , qu'un serment se prête et ne se donne pas, — ce qui explique bien des choses jusqu'à ce jour inexpliquées.
Rentré chez lui , l'ex-héros de la Grande-Chaumière se pose devant sa glace, croise les bras, se regarde avec satisfaction et se dit:
— Je suis avocat !
Plus d'études, plus de travail!... Je n'ai plus qu'à cueillir les fruits dorés de l'instruction que J'ai acquise, je n'ai plus qu'à faire l'applicaiion de ce que je sais, de ce que j'ai appris.
El, récapitulant d'un coup d'œil tout son fonds de science, il reconnaît avec stupeur et stupéfaction qu'il ne sait rien et qu'il n'a rien appris.
Pour la première fois il se demande :
• Mais qu'ai-je donc fait pendant les trois années que je viens de franchir, sous le litre studieux d'étudiant? »
Anssilôl une ronde infernale passe devant les yeux de sa mémoire : ronde composée de cotillons degrisettes, de culottes de débardeur, de culotles de pi|)e, de carottes filiales, de parties d'âne, de mélodrames, dedotible-six, de deniitasses, de cornets à piston — le tout illnminé par la lueur sataniipie d'un bol de punch monstre et des trois quinquels huileux d'un billard d'estaminet.
Ce retour sur le passé l'amène à cette conviction peu consolante,
Savoir :
Que c'est précisément au moment où ses éludes viennent de finir, qu'il doit comiiieiicer à étudier.
Il se fait donc admettre en qualité de stagiaire chez un avoué, ami de sa famille. — Il apprend à peu près , à cette école pratique, ce que c'est (|iie les alî.iircs; il liuillette quelque peu son Code, assiste à quehpics audiences, et finit par s'acclimater à l'atmosphère de la chicane.
A l'expiration des trois années de stage , il demande à être inscrit au tableau des avocats , ce que le bâtonnier lui accorde volontiers, après toutefois qu'un des membres du conseil a fait au jeune néophyte une visiie, non de politesse, mais dans le but de s'assurer qu'il a un domicile certain et des moyens d'existence — conditions exigées par la loi pour être à l'abri d'une prévention de vagabondage.
Après ces formalités remplies. M' Blaguenville est fraîchement décoré du titre d'avocat à la cour d'appel, qu'il a le droit de conserver jusqu'à la fin de ses jours ;
Il est avocat ;
C'est-à-dire autorisé à manipuler le caoutchouc de la loi devant les cours et tribunaux;
A interpréter, à expliquer le texte évangélique du Code;
A éclairer par sa lumineuse discussion les vétérans de la magistrature qui siègent depuis dix, quinze ou vingt ans, sur le cuir ou le velours du fauteuil judiciaire;
Il est autorisé à acquérir une nombreuse et lucrative cientèle
Pour cela , il n'a qu'une chose à faire : — c'est de trouver des clients.