L'HOMME DE LOI
IS
naiics français ont ilè fondées, dirigées, gérées, fondues par des lioiiinies de loi.
Toiiks les entreprises lonilies et lioileuses , annoncées dans les rues par de petits placards, deniamlant des commis avec caulionncinents, des cuisinières, des portiers, etc. , sentent l'homme de loi d'une lieue.
Un pauvre diable arrivant de son village avec l'espoir fallacieux de faire fortune à Taris, et (piin/.e francs dans sa poclie, vient trouver le placeur rt lui (Icm.indc une |)!ace.
L'hoiiinie commence par lui faire dé|niser cinq fiancs poiu' fiais d'inscription sur les registres, avec promesse de lui procurer une place ou de lui rendre son argent. Au bout de (pielques jours, le jobard revient , on lui a liouvê une place!... il ne se sent pas de joie!... Il .se rend chez son nouveau m;iilre, cpii le comble d'égards pendant (jualorze jours et le met à la porte le (|uin/,ième.
Le nigaud revient trouver le placeur et lui dit: — Dites donc, mon luaitrc m'a renvoyé.
— Dame! ça ne me regarde pas, il |)araîl que vous n'avez pas pu lui convenir. Ce n'est pas ma faute. Voulez- vous <[ue je vous cherche une autre place 7
— Ah ! je veux bien....
— Déposez cinq francs.
— Coriuiient ! encore cinq francs !
— Est-ce que vous croyez (|ue nous allons courir pour le roi de Prusse?
— Mais les premiers cinq francs?
— Nous les avons gagnés , vous avez eu la place , pourquoi ne l'avez-vous pas gardée?
— Vous avez , ma foi , raison. . . mais c'est tout de même coûteux !
— Aimez-vous mieux rester sans place... à manger votre argent sans rien faire?
— Ma foi non...
F.t l'imbécile, pour ne pas manger son argent lui-même, le fait mani;er à un escroc.
On l'envoie chez un autre maître qui le garde trois semaines et le renvoie toujours sous le prétexte qu'il ne convient pas; le premier le trouvait trop bète, celui ci lui trome trop d'esprit.
Si le client a de la patience et des pièces de cinq francs, ce jculîi peut durer longtemps. Les prétendus maîtres sont des compères de l'escroc en chef qui partagent avec lui les bénéfices, de telle sorte que c'est eu réalité le domestique qui paye des gages à son maître.
Le placeur se charge aussi de placer des nourrices, de fournir des hommes de confiance et des remplaçants militaires.
En un mot, l'honnue de loi étudie les lois comme un empoisonneur étudie la médecine et la chimie !
Cil MM THE \VI.
Le JuriacoDïulte Je Iia tulle det Pat -Perdus.
i le hasard ou votre mauvaise étoile vous
ont j.iniais conduit dans celle grande
■^^^1, »,, "T salle nue (lù les plaideiiis |H'rdi lit leurs
' hJOT^.^ÊÊ^t'^ l'""" *'' M"'"" appelle la salle des l'asl'erdus, vous avez pu remartpier au pied des dix piliers (pii soutiennent la voûte, de petits biiieaiix noirs, devant les(|uels sont assis de vieilles ligures famélupies et caves qui vous regardent passer, (le sont là des jurisccnisnlies.
On <es voit arriver le maiiii à neuf iieures, alors que la grand' sille est encore déserte; ils portent dans un cabas un morceau de pain et une pomme pour la soif ; l'hiver ils ajoutent II ces prov isions un vieux pot fêlé garni de braise, un bonnet de coton noir, et une espèce de houppelande garnie d'une vieille fourrure dont Uullon ne pourrait reconnaître l'origine , car l'animal devait êlre au moins antédiluvien; — et les lunelles relevées sur le front ils attendent les clients.
Ils s'installent à leur i)iiieau et aitenrfcnt les plaideurs novices et can)pagnards. l'our deux sous ils leur indiquent où est la première chambre , pour quatre sous ils les conduisent ii la quatrième, ou à la cour d'appel on an parquet, — Pour douze sous ils les conduiraient jiisciu'au Jardin des l'Iniiles.
Ils dressent des plaintes , des pétitions , le tout à juste prix et avec embellissemcnls de traits de plume et de fautes d'orthographe.
Les plus finauds s'entendent avec certiins avocats du diable pour leur procurer des clients. Il est convdiu que l'entremetteur aura récompense proportionnée aux honoraires de l'avocat ; aussi chauffet-il l'affaire, quand il rencontre un plaideur qui a ce qu'on appelle une bonne i/oulf.
— Mon brave homme, dit-il au plaideur, votre affaire est mauvaise, je tremble pour vuus... je vous conseille de prendre un avocat.
— On m'en a indiqué un...
BIBLIOTHÈQUE POUR RIRE
— (ioniiiu'iil r.i|i|H'loz-vous.-
— C'est M' «la 'olanl.
— Ml!...
— Vous lp connaisse/.?
— Paibldi !
— Et, (lilos-nioi, fsl-il hou?...
— Ti'i's-l)on. .. pour perdre une affaire.
— Que me dites-vous là?... mais on m'avait dit...
— Parbleu! moi je suis au Palais depuis quarante ans; je peux vous en parler... je l'ai vu débuter... Il n'a pas gagné une ranse en sa vie.
— Ouais! diable!... c'est qu'il ne me prenait pas cher....
— Je le crois bien...
— Et en connaiiriez-vous quelque autre... mais là... de fameux?
— J'en connais dix qui vous gagneraient votre alT.iire à la puinte de leur langue.
— Et le meilleur des dix?
— Le meilleur? Attendez... Ma foi ! c'est M" Fricandeau.
— M' Fricandeau ?
— Oui.
— Et il me gagnera mon procès ?
— A coup sûr.
— Oui-da! El il coûte?...
— Ah! dame, un honmie de, ce talent ne se paye pas comme votre maître lîlagol.ird. Il faut èire raisonnable.
— Et combien qu'il me prendrait pour ça 7
— Ab ! ah !... Mais une cinquantaine de francs.
— Diantre ! saperlotte ! Ah mais...
— Puisqu'il vous fera gagner votre cause...
— Vous avez raison... Eh ben, allons, j' lui donnerai trente francs pour n'en plus parler.
— Il ne plaide jamais à moins de cinquante.
— >Iazette ! C'est donc un bien grand avocat !... Allons , je lâche les cinquante. Je lui doimerai vingt-cinq francs d'avance et les vingtcinq autres après.
— Non , non , cette espèce de méfiance le blesserait , et il refuserait de se charger de votre cause...
— Allons! va! Je lâcherai donc les cinquante. Où ce qu'il est, ce M' Fricandeau ?
— Eh ! mon Dieu ! il plaide aujourd'hui trois affaires à la cour d'appel. Je vais vous le chercher... Mais, tenez, c'est le ciel qui nous l'envoie... le voici !
— Ce grand blindasse qui a une figure si b;He !
— Il ne faut pas le juger sur la mine.
— Mais il a une robe toute déchirée.
— C'est un original... Eh, maiire, pardon! M' Fricandeau, voici un brave homme qui voudrait vous prier de vous charger de son affaire.
M' Fricandeau , qui llanait par là en laissant l'affaire se uiilonner, s'approche et regarde le client dans ses yeux pour y lire ses moyens pécuniaires.
Le courtier souille à l'oreille de l'avocal: Cinipiante francs.
L'avocat, ùas. Fameux!
Le courtier , ùas. Part à deux !
L'avocat bas. Convenu.
On aperçoit encore dans la salle des Pas-Perdus des juriscon- SLilles femelles : des dames en chapeau de carlon et en b.isicles vertes qui reçoivent les confidences féminines et les secrets que des oreilles d'Iiomme ne comprendraient pas si bien. Leur a'tirail judiciaire se compose d'un cabas, d'un Code et d'un chat.
Et quand il s'agit d'une consultation importante, cette femme de loi fait comprendre h la cuisinière ou à la dame de la halle qui l'honore (le sa confiance, qu'elles sont très-mal dans la salle des Pn- Pivdus |i()ur tiaiter une affaire aussi délicate; — en conséquence ou passe dans le cabinet — d'un marchand de vin , où on compulse les pièces à loisir, tout en mangeant plusieurs côtelettes aux cornichons.
Ces côtelettes aux cornichons sont les épiées de la justice ; il est bien entendu que cela n'empêche pas de payer les honoraires de trois francs à quinze sous, selon la générosité des personnes.