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CHAPITRE IX

I<et portieci*

ous vivons à l'époque du carnaval , occupés de nos projets et de nos fêtes, sans fiiie un seul retour charitable sur les tribul.itions d'une classe nombreuse dont les membres sont les ilotes de celte époque de joie.

S'il est un être bii)ède (p'i appelle de tous ses vœux le carême, et qui lui demande le cordon avec instance , afin d'entrer se leposi r dans son sanctuaire, c'est l'honiine (pii veille à la porte cochèie du domicile privé. Le concierge, puisqu'il faut l'appeler par son nom, doit être par sa nature l'ennemi du bal masqué. Je parle ici du concierge qui regarde le cordon comme une fonction de paix et de retraite, du concierge-type qu'on découvre encore aux environs de la place Royale et dans l'île Saint-Louis.

J'en connais un (ju'aucun argument n'engagerait ou forcerait à tirer le cordon passé minuit. Heureusement la maison qu'il gouverne est habitée par de paisibles locataires qui rentrent à onze heures; mais, une fois, il est arrivé qu'un retardataire est revenu au logis après l'heure fatale soimée, et le dialogue suivant s'engagea entre le locataire et le concierge.

Le Locataire, frappant à lourde, iras cl appelant k se rompre le larynx. — Êtes-vous donc sourd, père Bernard!

Le Portier. — Il n'y a pas de père Bernard à cette heure-ci. Je suis couché, ma femme aussi, bonsoir.

Le Locataire. — Mais vous ne me reconnaissez donc pas! Le Portier. — Après minuit , je ne reconnaîtrais pas môme mon fils.

Le Locataire. — Je suis Ladurcau , l'employé h la Ville. Le Portier. — C'est possible.

Le Locataire. — Ouvrez-moi.

Le Portier. — Non.

Le Locataire. — Pourquoi î

Le Portier. — Parce que... supposons un moment que vous soyez M. Ladurcau.

Le Locataire. — Mais, oui, je le suis. Le Portier. — Supposons un moment que vous soyez monsieur Ladurcau ; naturellement vous me direz en entrant : — Merci, père Bernard, de voire complaisance ; cl dans quelques jours, quand vous serez en société , vous vous direz : — Le père Bernard m'a ouvert une première fois, il m'ouvrira bien une seconde, une troisième, une quatrième fois... Pour éviter cela , je n'ouvre pas,

— Mais, malheureux, il fait un froid atroce!

— Ce n'est pas ma faute.

— Vous allez me faire attaquer, piller, égorger.

Le père Bernard était déjà rentré dans Sa cellule , et le patient locataire se résigna à aller chercher un refuge chez un ami.

Le concierge, dans les quartiers plus civilisés , a bien quelquefois de ces boutades, mais il fait des concessions plus larges aux locataires.

Nous en connaissons uiî niKOWKtni a se relever toutes les nuits,

fuiii.ioi iifvQUK pour, luniv

pourvu qu'nn alloue ii sa complaisance une piiuiu de cinq francs, qui b'au^int'nlc de riiKiu.inlc ccnliinc» par quinze niinuli-s ; moyennant celte taxe, vous axez le druii d'aller au bal masqué tous les

siiirs : mais ci'lui ijui refuse l'impôl trouxcra le cordun paralysé, et il faudra ([u'il se résigne à bivouaquer.

Puisque nous sonuncs sur le cliapiire du couci'ige, c'est pi ul-êlie le lUdiiieiil de dimiier épiMHli(jiieniiiit connais>ancc au lecteur d'un type rural avec ecpiel il n'csl |ias encore familial isé.

Vous savez , lecteur, que les entrepreneurs parisiens o!il iluslré les rivages plus ou moins lointains de la Seine de petits liaincaux bourgeois aux(|iiels ils ont donné le nom italien de r(7/(/. On ne va plus S sa maison de campagne maintenant , c'est à sa villa que le marchand va passer ledimanelie, pécher le goujon et cultiver le dahlia.

La plupart de ces oasis ont un concierge (|ui appartient à tout le hameau, ou, pour parler plus.corrcctcmcnt , à qui tout le hameau a|)parlicnt. La concieigerie n'est pas héréditaire; elle est élective, connue l'était la vieille monarchie de Pologne.

Voici conuneut on procède à l'installation d'un portier. Tous les propriétaires des maisons composant la villa ont droit de suffrage. Le concierge est nomiué au conuuencement de la colonisation; et il prend possession de sa maison , près de laquelle se trouve naïurcllemcnt la frontière ou , si vous l'aimez mieux , la grille du hameau.

Bientôt un propriétaire vend sa maison , un second propriétaire fait de même... Un troisième, un quatrième ont des successeurs... La population se renouvelle ; chaciue nouveau colon s'habitue à voir le concierge et ne pense pas à demander de qui il relève.

Bientôt les petites dissensions viennent troubler la paix de la colonie. C'est le sort de tous les états naissants. Le concierge prend parti pour un des camps, et quelijuefois il forme un camp isolé et tente une usurpation en .>-on nom. Comme il sait qu'il n'a à redouter que les foudres de la majorité, il prend ses victimes dans la minorité ; oh! alors, il se donne du despotisme à cœur joie. Il passe à côté d'une fraction de propriétaire sans se découvrir , sans ôter son feutre, ai le locataire revient tard de Paris, le concierge de la villa se

couche de bonne heure et le laisse à la grille , sans même descendre au refus motivé comme le portier de la cité.

La fraction de propriétaire assemble les membres de la république ; sur vingt-quaire il y en a quinze qui dédaicnt que le portier de la villa est plein d'égards et de préve/iauces, et qu'on lui devrait plutôt un obélisque que des reproches. Reste donc neuf victimes que le portier de la villa garde pour les menus plaisirs de ses petites vengeances. S'il y a désunion entre lui et un de ceux qui votaient |)our lui , vite il opère uu rapprorhemcut avec on de ceux qui votent contre, et il tient toujours sa majorité. Bien des iiommcs d'État i)ourraient aller avec fruit h l'école chez le concierge de cette villa, qni est près du pont de Grenelle. Mais revenons aux concierges àe Paris. U y en a qui exercent un

tel despotisme sur le locaiaire hahilué au joug, que celui-ci n'ose pas se permettre plus d'un bal mas(pié par semaine. J'ai entendu une poriièro dire à un clerc de notaire :

— I\lonsieur Kdoiiard, si vous avez un bal cette semaine , arrangez-vous pour qu'il soit le nuinli , parce ([ue les locataires du secoiid et du troisième en ont uu ce jour-là, et je ne suis pas d'humeur h aitjuilre une autre nuit.

Le locataire timide est obligé d'adicsscr une pétition à son portier s'il veut avoir deux ou trois vacances nocturnes dans une huitaine.

Le locataire orgueilleux ue dit pas îi sa portière: — ,Ic vais au bal ; il dit : — Je ue rentre pas ce soir ; et h deux heures du malin il va se jeter dans les bras d'un fauteuil, chez un aiui, ou d'autres s'étendent sur le tissu d'un tapis Sallandrouze , et

D'un Vu plus il«ii\ ils l'èU'iil le duvcl.

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