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CHAPITRE Vil

Lea femmei débiteur» et oréanoieri.

e n'est pas moi qui viendrai contredire ce que MM. Demoustier, Bouilly , Dupaty , l'J ^a\ \f3" Scribe et autres ont rimé, chanté et im- • *PL' J^JIW primé touchant la plus belle moitié du I ^jK^vQk'l genre humain. Je le répète avec ces mcs- \\ mM^^L-ï^^^ sieurs : La femme est une rose, une vio- \M I^Bff^;«î»- î/T»«J lette, un jasmin, un œillet; elle est surtout un tournesol et un volubilis; le règne entier des fleurs s'épanouit sur son visage ; c'est un parterre complet.

Mais ces aimables poètes ont examiné la femme telle que l'a faite la nature et non telle que l'ont contrefaite les aiïaires.

Dans une femme d'affaires, il y a deux êtres bien distincts; la femme-débiteur et la femme-créancier , c'est-à-dire la femme-chatlc et la femmetigresse.

Dieu vous i)réserve de l'une et de l'autre '. Lorsque votre mauvaise étoile veut ipi'une femme vous doive de l'argent si vous tenez à ce que votre argent vous rentre , oh ! alors préparez-vous à une lutte perpétuelle : lutte du fort contre plus fort que lui ; lutte de la fermeté contre la ruse , d'une grosse voix contre uue voix douce, d'un visage sévère contre un visage souriant, de gros yeux bien méchants contre de grands yeux sup|)liaDlset doux, lit vous croyez pouvoir résister? Mais vos forces viendront se

BIBLIOTHÈQUE POUR RIRE

briser lii-coiiiif , cornmo un houlel de raiioii coiilro un rompait (io matilas.

Tentez donc l'assaut, et arrivez cluz votre débitrice : d'aiionl elle fira défendre sa jiorte; une femme ne reçoit pas ainsi sans y être préparée, et surtout un créancier. Vous serez obligé de lui demander un rendez-vous, et, pauvre bomme désarmé, vous vous présenterez conire un ennemi armé de toutes pièces. On vous recevra comme un anj;e, comme on reçoit (pielquefois un amant; on vous offrira le meilleur siège et la nuilleiue place au feu ; on toussera léyérenienl, on aura mal h la tôte... Voyez-vous déjà votre grande colère ([ui est tombée h moitié?... Vous vouliez parler bien haut, vous parlez à mi-voix; vous vouliez demander l'acquit d'imc dette, vous réclamez un service... vous aviez accordé un niois de délai, une mèche de clie\eu\ change de place, et vous attendrez deux mois... un cordon (pie l'on dénoue vous coûtera un mois de plus... un fichu que l'on rejette en arrière vous fera paiienter tout un semestre .. loule une éternité.

Vous cliangiz de rôle; au lieu d'avoir une femme-débiteur, vous avez une femme-créancier... oli 1 alorsl... alors!...

Après le choléra et l'accordéon , je ne connais rien de plus affreux que la femme-créantier.

Le reflet du vil métal a bronzé sa peau , (pie l'appât du gain et la peur de perdre ont sillonnée de rides précoces; ses lèvres minces ressemblent à deux pains à cacheter superposés ; son nez long et pointu est aplati sur les côtés, et les soucis ont fait élection de domicile sur son front plissé. Rien n'est femme chez cette femme. La coquetterie, cette seconde nature, n'a pas la moindre prise sur elle ; elle porte les modes d'il y a dix ans ; ses chaussures sont

phénoménales, ses chapeaux terribles et ses robes problématiques. Ne soyei pas poli avec elle, elle ne b'ea apercevrait pas; ne lui

adressez pas un compliment, elle ne l'entendrait pas; elle ne voit en vous que l'argent que vous représentez à ses yeux; vous êtes |K)ur elle un billet de banque, deux, trois billets de banque: hors de h , pour elle, il n'y a rien.

Un homme-créancier est exigeant, quelquefois même dur et inluimaiii, la femme-créancier est féroce; cette douce pitié que Dieu a |)lacée au c(rur de la femme , comme un rayon de sa divinité, elle en est coiiipléiement déshéritée.

C'est une femme-créancier qui un jour se leva de sa stalle, au théâtre du Vaudeville, et apostropha en ces termes un acteur enrhumé :

— Au lieu de tousser, vous feriez bien mieux de me payer les trois douzaines de ganls que vous me devez 1

Vous entendez les gémissements de la femme-créancier du bas de l'escalier; il n'est pas jusqu'à votre sonnette qui, agitée par elle, ne rende un son qui ressemble à un glas funèbie. Elle se présente avec un mouchoir à la main, dont elle essuie constamment ses yeux constamment secs... chaque syllabe qu'elle traîne est une note plaintive... — Je n'ai pas dîné hier, vous dit-elle... ma blanchisseuse me garde mon linge pour six francs que je lui dois... tous mes pauvres effets sont en gage... le propriétaire va retenir mes meubles si je ne lui donne pas d'argent le 15... Elle finit par vous demander cent sous sur ce que vous lui devez.,, elle descend jusqu'à trois francs, jusqu'à vingt sous, et, si vous refusez, elle vous priera au moins de lui donner six sous pour prendre un omnibus.

Depuis Dufréni, qui acquitta par le mariage le mémoire de sa blanchisseuse , on a vu quelques affaires contentieuses réglées à l'amiable avec des femmes-créanciers. Un homme de lettres, trèsconnu de Paris, fut enfermé il y a quelques années à Clichy à la requête d'une femme d'affaires très-riche. Il imagina d'écrire en vers à son incarcératricc. Après avoir humblement demandé pardon de sa conduite, — Apollon n'est pas fier, — il terminait ainsi :

J'en conviens sans home et sans crainte. Avec vous j'eus de bien gran(ts torts; Alals fallait-il une conirainle Pour vous donner prise de corps?

La femme-créancier prit l'allusion poétique au sérieux , et bientôt M. le maire du deuxième ariondissemenl prononça contre le débiteur une prise de corps à vie.

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