‹ L'étudiantChapitre 235 sur 243 · ESPACE · texte numérisé non relu

ESPACE

à lui faire

PAIBKS

ESTIMATION DE l'espace PARCOIRU

d'un créancier ordiuairc.

parcourir

pour le lasser.

de souliers qu'il usera.

par le globe terrestre.

par le temps.

1" degré de patience.

300 lieues.

1 paire.

Le 2lt' du glol)e.

1 an.

Le 8* —

S ans.

Le 1/4 —

5 ans.

Le 1/î —

6 ans.

La 1/2 —

10 ans.

Le tour du globe.

20 ans.

Ainsi vous pouvez dire indifféremment : — Mes créanciers ont fait trois cents lieues; ou bien : ont usé une paire de souliers; ou bien : ont parcouru le vingt-quatrième du globe; ou encore : ont attendu un an.

11 ne faut pas se mêler d'avoir des dettes si l'on n'est pas en état de faire faire le vingt-quatrième du globe h son créancier.

Mais une considération qui doit surtout encourager le débiteur, c'est que cette première année est la plus rude. Il est bien plus dilTicile d'obliger un Cl éanciir à filer les trois cents premières lieues que les six mille .sept cents autres. C'est la première paire de souliers qui coûte, parce que, dans les moments voisins de l'origine de la créance, votre persécuteur a toute son énergie et n'a rien perdu de SCS espérances.

Maintenant, le |ircmier coop de feu est fait , continuons, sans ra'li.ince de la citation et de r(rn|)iuiit.

Les vieux troupiers disent que la mitraille respecte les braves; ce fait peut être appUcabIc aussi aux combattants sur le terrain de la dette. Disons au conscrit :

— Jeune lioniiuc, ne fuyez jamais, à moins que la grosse artil-

lerie de la procédure ne fasse des feux trop meurtriers et que l'obus

de la contrainte ne soit direc-

tement sur votre tête.

Dés les premières escarmouches, si vous battez en retraite , l'ennemi avancera sur vous ; si vous avancez , il résistera , quelquefois même il reculera....

L'imporluuité du créancier est devenue presque proverbiale : battez cet axiome en brèche , faites que ce soit le débiteur qui importune le créancier... et vous verrez l'effet... Opérez comme je vais dire.

Suivez votre créancier à la

piste, comme il devrait vous suivre s'il faisait son métier. Si votre créancier prend sa demi-tasse au café voisin, entrez en

même temps que lui , cl entretenez-le longuement de votre désir

de le payer prochainement...

— Permettez que je prenne ma demi- tasse... Si le créancier lit sa Gazelle des Tribvnaux , tâchez de saisir

le moment où il tombe sur une belle affaire capitale... Arrivez, et parlez de votre désir de payer prochainement...

— C'est bien , c'est bien , jeune homme , dira le ci éancier.

Quand le créancier fait sa partie h quatre aux dominos, courez sus... avec la formule ordinaire... le premier

mouvement d'impatience se manifestera.

Si vous rencontrez au quai aux Fleurs le créancier qui marchande un pot de réséda ou un géranium en concurrence avec un autre amateur, courez à lui; vous le tirez par le pan de sa redingote :

— Monsieur Duroc. .. bonjour. ..je pense h notre petite affaire...

Mouvement d'impatience de M. Duroc, qui commence à éprouver déjà le désir de vous rencontrer moins fréquemment.

liedoublez , frap|)ez le grand coup...

A cinq heures du matin en été, à sept en hiver, quittez votre édredon, transportez-vous au domicile de votre créancier, et sonnez comme on a le droit de sonner chez un débiteur.

On ne répond pas... récriez-vous... les voisins sortent... murmurez entre vos dents... frappez du pied en vous retirant, et développez tous les symptômes de la mauvaise humeur.

Quand M. Duroc ouvrira sa porte, tous les voisins le regarderont malicieusement :

— Il est venu quelqu'un vous demander, monsieur Duroc.

— Ah!

— Il n'avait pas l'air content... il a carillonné... il a mis sa carte de visite dans la serrure... On se dit tout bas : — Il paraît que M. Duroc a des dettes.

M. Duroc volt le mauvais effet de la visite matinale de son débiteur, et descend rapidement diinner le signalemciit du réveille-maiin au concierge , et lui dit : — Je vous défends \x l'avenir de laisser monter ce monsieur chez moi.

Si vous savez votre créancier en bonne fortune, c'en est une pour vous. Est-il en téte-àtéte à la Tourelle Saint-Mandé, ou dans un

LK CKÉANCIEU V.T LE DÉBITEUR

Saisissez le

cabiiiPî pariiciilier de hi Tôtc-Noirc de Sainl-C.loud, nioinoiit où il niti-'ouMi- la jimlo et cric :

— Garçon! beignets pour deux , — alois paraissez, au ristniiMle

Hius faire couper eu deux par la |)ortc, et dites :

— Monsieur Duroc...

soyez traïupiille... je pense à notre petite affaire.

Oh ! jiour le coup la iiialédictiou (le voire rréaiuier ne peut vous échapper.

Vous serez sa bête noire, son anyo terrible ; il n'y aura plus de paradis terrestre pour lui ; il vous appréhendera à chacpiu instant de ses joies, et, si le respect humain ue le retenait , il vous enverrait franc de port son acquit; mais du moins s'il cons( rve votre titre , vous pouvez être silr qu'il ne s'en ser\ir.i pas pour \ous poiirmiirrc.

J'ai vu quelcjoefois tirer un très-bou parti du créancier. Voici comment procédait le débiteur, que le défaut d'espèces privait depuis quelque temps du plaisir de la correspondance porlée h domicile.

Le créancier arrivait le matin ù l'aube naissante. Le dialogue suivant s'engageait immédiatement :

— Mou pauvre monsieur Duroc (même nom que ci-dessus), je suis vraiment désespéré de n'avoir pas d'argent à vous donner.

M. Duroc baissait la tète.

— Cependant, continuait le créancier, j'ai un espoir : je viens d'écrire huit lettres à des amis ou à des amies... et si vous voulez porter mes lettres, discrètement, sans insister près de ceux qui seront sourds à mon appel... nous partagerons.

M. Duroc souriait , emportait les lettres dans lesquelles il n'était nullement question de demande d'argent ; il arpentait tout Paris,

prenait des omnibus à ses frais et il revenait les mains

vides.

— Nous n'avons pas été heureux aujourd'hui , disait le débiteur; nous recommencerons demain.

Et le lendemain le créancier se mettait de nouveau en route et faisait l'oflice de groom.

'jCt exercice dura plus d'un mois.

\)uclquefois le débiteur , pour stimuler le zèle du créancier, fei- , nitde croire qu'il éludait les courses.

-Monsieur Duroc, je crois ((uc vous trahissez vos propres iiilérêts en restant chez vous au lieu de porter les missives.

— Ah! monsieur, vous doutez de moi?...

Et le débiteur faisait des excuses, et les courses coinmen-

çaicnl de nouveau. Ce fut le débiU-ur et non le créancier «lui se

lassa.

La victoire du débiteur sur le créancier dépend quelquefois d'un mot niagiiéliqiie , d'une alloriition iiist.intanée à kupielle il n'y a pas de ré|)li(|ue possible. Lors(|irun créancier demanda en public à feu Talleyraiid :

— Quand me payerez -vous?

Et que celui ri répondit :

— Vous êtes bien curieux ! le créancier n'eut rien de mieux à faire

I que de prendre hoiileusemcut la fuite. ~ C'est re (|ui dut arriver encore au ' restaïu-aieur de Clich\, (|uand riluici cherchant à atteudiir son débiteur, notre spirituel ami II... , il lui dit :

— Je n'ai pas uu sou dans mon comi)toir.

— Conuueiit, dit II... , vous avez sollicité le privilège de vendre des comestibles à cent ciiiquaule bouilles caplives Irès-aiïamées, et vous osez avouer (jue vous n'avez pas le sou?... mais vous avez donc abusé de la bonne foi de M. le préfet!... vous êtes donc nn malhonnête homme 1... retirez-vous, et que personne n'entende ce triste a\eu I

Que vouliez-vous que répliquât cet autre créancier qui disait à son débiteur, le même que ci-dessus :

— Je ne vous demanderais pas d'argent si vous aviez de la famille et des enfants à nourrir;

Et aiupiel le déi)iteur ré|)on(lit :

— Alors, nioiisieur, laissez-moi tranquille, car j'ai pour enfants mes vices , cl je vous prie de croire qu'ils sont plus exigeants et plus difficiles à contenter que tous les enfants du inonde...

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