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LA VENTE D'LN FONDS

Un homme a-l-il échoué dans les allaires , il vend son fonds le mieux qu'il peut , — • ce qui veut dire le plus cher possible.

S'il a réussi, s'il s'est enrichi, — il le vend excessivement cher.

D'où il résulte que , parmi tous les moyens de se ruiner, un des plus sûrs, c'est d'adieter un mauvais fonds: le plus certain, c'est d'en acheter un — ^ bon.

C'est pourquoi l'homme inlelligent aime mieux le créer. On ne trouv.> pas toujours un acquéreur solvable; dans ce cas, nous recommandons comme spécimen la flouerie suivante :

BIBLIOTHÈQUE POUR RIRE

31"* i'iait iiiarchiiiul ilepuis vingt ans ; le plus clair de sa furtuiie consistait cii deux braiiv ciifaiits, un garçon el une liljf, qu'il a\ait assez bien éie\cs, mais qu'il fallait à présent marier. M*** cherche un gendre, et rencontre un jeune homme de bonne famille qui s'éprend de mademoiselle *'*.

— Je donne à ma fille, dit le marchand, le quart de ma maison, à la condition cpie ^ous apporlerez ime sonmie représentant la même \aleur, mojennant (|uoi vous serez associé avec moi par moitié : mon fojids vaut /iOO,UOi} francs.

C'est donc iOO.OOOtr. que vous apporte ma fdle.

Donnez -moi 100,000 fr., et vous partagerez les bénéfices avec moi.

Le gendre, trop amoureux de la fille pour suspecter la bonne foi du beau-père , lui donne 100,000 fr.

Au bout d'un an, le digue honmie agit de même en mariant son fils : il lui cède l'autre moitié, reçoit de sa bru 100,000 fi-. , et se retire avec une petite fortune de dix mille livres de rentes.

Or, son fonds ne valait que 200 ,000 fr. :

— il les a retirés, s'est débarrassé du

fardeau des échéances, a marié ses en-

\^/ /i "^^'-^ fants, et s'est honnêtement retiré du

^1 Vx. / lî^^ '' counnerce.

Quelquefois il lui arrive de penser à sa petite flouerie, mais il s'étourdit par ce raisonnement : — Je n'emporterai pas mon argent ; il leur re\iendra toujours; ne SOM-ILS pas MES

Il'Exportation.

Tout est bon pour rc\|Kirlation :

l'étranger achète de confiance , — et lorsqu'il reconnaîtra (|ue mes diaps sont faux ttint, que mes indiennes sont fausses mesures, — que mon orfèvrerie n'est pas au litre, que ma soie est /^'^ mélangée de coton ,

/ ; >-\ .^^^^ j'aurai reçu son ar-

gent et me moquerai de lui. Tel est le raisonnement de la lloucrie manufacturière, pour qui l'exportation n'est rien autre chose que le moyen d'écouler ses marchandises vieil- / 1 ' jI ^* lBteî< ' i a liv™'^"^ les, laides et défec-

tueuses. Alais le fabricant floueur se ... ... trompe; l'exporla-

lion est encore bonne à quelque chose, elle sert i)arfois à flouer le fabricant lui même.

Kxemple :

M. Benoît jouit à Paris d'une bonne réputation, sa maison de comuussion est, sinon respectable, du moins rcspeciée ; il a /oujours fait hotmcur à ses emiufjcnunts. Notez bien ceci- car cest le grand cheval de bataille d'une foule de coquins, et cela me fait souvenir d'un anci.n charcutier de la rue Sainl-Jacqnes nui avait assassiné sa femme. - .\ux débats, alors que tout venait coniirmer les charges de l'accusation, l'assassin interpellait cliamie témom et lui disait : N'ai-je pas toujours fait huniieur à ma signature'

— Oui, disait celui-ci. — lié bien ! monsieur le président, vous le voyez, j'ai toujours fait honneur l\ ma signature; et vous voulez que j'aie assassiné ma femme?

M. Benoit, disions-nous, a toujours fait honneur à ses en- Hiiijnmnts, le monde n'en demande pas davantage; mais je vais vous (lire, moi, parcpiels moyens M. Benoit conserve son crédit.

I)e temps en temps il fait une affaire d'exportation, caché derrière un iMèle-noiii, un homme de paille, autrement dit un gérant responsable.

Ce géianl, il le choisit jeune, ambitieux et inexpérimenté. De préférence il le |)rend dans la classe des commis de grande maison ou des hommes qui ont de bonne heure échoué dans le commerce. 0 Mon garçon , lui dit-il, vous végétez à Paris; voulez- vous ten- ■> ter la fortune? Je vais vous aider à composer une belle cargaison » et vous envoyer aux Antilles. »

Quel est le pauvre diable qui ne change pas volontiers un présent besoigneux contre l'avenir pailleté d'un voyage eu Amérique?

Le marché se conclut et l'opération commence.

« Voici la liste des articles recherchés dans les colonies ; courez Paris, visitez toutes vos connaissances et obtenez le plus de marchandises possible aux meilleu- ■es conditions et aux plus longs termes que vous pourrez; ces marchandises seront consignées chez moi, et je vous donnerai 30 p. 100 comptant sur le montant des factures. »

Le jeune pacotiileur fait feu des quatre pieds, se recommande de iM. Benoît, par qui , dit-il, il est commandité. M. Benoît ne garantit rien, il ne prend pas d'engagements; mais il répond aux questions des fournisseurs que le jeune homme est parfaitement honnête et qu'il a toute .sa confiance.

Sur de tels renseignements, les marchandises sont livrées, le pacotiileur fait aux fabricants des billets à un an de date, et les caisses et ballots sont consignés par lui chez M. Benoît ; les 30 p. 100 servent à payer ses vieilles dettes et à festoyer largement tous ses amis d'estaminet. Cela va bien !

Voici la cargaison prête ; le consignataire dit au jeune homme : » — J'ai reçu pour 200,000 fr. de marchandises, je vous ai donné 60,000 fr. ; vous allez suivre l'expédition et surveiller la vente de de notre pacotille ; vous partirez par la Bellc-Carolinc , à bord de laquelle je consigne les caisses. Arrivé à la Martinique , le capitaine opérera la vente que vous surveillerez, il me rapportera les fonds, et nous réglerons nos comptes. »

Les choses se passent ainsi. Le navire arrive; mais les colons , sachant que le vaisseau ne peut pas faire un long séjour, ne poussent pas les enchères; la venie ne produit que 50 ou GO p. 100 du montant des factures, soit 100 — ou 120,000 francs.

Or, après le prélèvement des 60,000 francs avancés, de l'intérêt de cet argent, d'une prime de 12 p. 100 convenue, des frais de port, consignation , etc. , etc. , il ne reste rien au pacotiileur, nour payer ses 200,000 francs de billets, rien que ressource d'une faillite.

LE FLOUEUR

Quant à M. Boiioît. il coiiliiiuc son commerce, cl f'ail toujours honneur à SIS engagements.

LU TAiLLixii nrs iii.s m; tAMiLi.i:.

La nourrie que nous \c'Uoiis d'iiKliqucr est li' recOlé sous fonnc do consignation. — Voici lo iccclc' pur et r(['duit à (les proporlions qui, |iiiiu' iMrc plus nusquiiii'S , n'eu fout pas moins la forltuio de quelques (loueurs d'un lAWi secondaire.

Près la jilace de la bourse, au |ireniier étage d'une grande ei belle maison , loge un tailleur bien connu.

Il n'a pas d'atelier, n'occupe pas un seul ouvrier en ville; et cependant ses magasins i-ont encombrés d'habits tout neufs qu'il vend h moitié des prix ordinaires.

Ce tailleur ])cut délier liumann , lîerciiut , Barde et Buisson de confectionner mieux que ce qu'il ollVe à ses pratiques ; et cela est croyable, car tout ce qu'il possède vient précisément de chez Humann, Berchut, Barde, Buisson et autres tailleurs à la mode.

Vous ne comprenez pas? Oh! mon Dieu! c'est cependant bien simple.

Quand un fils de famille a épuisé la bonne volonté paternelle, quand il a usé et abusé de la liberté des lettres de change , quand il n'a plus la confiance de son carrossier, quand l'usurier lui-même devient |)our lui intraitable, il est encore un crédit (jui lui demeure ouvert, un homme qui lui reste fidèle... Cet homme , c'est son tailleur.

Dans la circonstance susdite , le fils de famille commande un ou plusieurs habillements complets : habits de chasse, lKd)its de ville, habits habillé. — Iluiiiann les fournit, et le tailleur des environs de la place de la Bourse les reçoit immédiatement sous bonification de 75 pour 100 de remise sur le mémoire de Ilumann. Ce jeu-là conduit un jour le fds de famille h Clichy , — quelque-

fois à la septième chambre. Dans ce cas, c'est l'affaire des huissiers

et des juyes correctionnels. Mais s'il va jusqu'il la cour d'assises, il y rencontrera un ju^e 'a cheval sur la probité, un juré qui le condaiuuera sans circousiances aiténuanies : ce juré, c'est le tailleur des environs de la place de la Bourse.

Li;S ÉTCDIANTS |)|; LA CAYLlIMi.

Dans le ipiartier des écoles , existe un .'slaniiiii'l coiuiu sous le nom de la Carême ; c'est le point de réunion (le tous les étudiants hors d'âge, de tous les fruits secs du droit et de la médecine. Là , se rencontrent ces élèves qui mangent leur |)airiinoiue par antici|iatiou , et ceux qui, l'ayant dévort satisfont encore leurs appétits de dépenses à l'aide de tours d'écoliers que le Code pénal (pialifie vols et escroqueries.

Entrez dans la Caverne à toute heure du jour, vous y verrez pratiquer sur une grande échelle ce précepte évangélique : Donnez à {foire à ceux qui ont soif. — La bière , le punch et l'eau-de-vie coulent sans interruption ; boit qui veut : ami. élrangcr, inconnu , tout le monde. — (Jui pave donc? — le commerce , en général, et parliculiéreinent le commerce d'édilion.

Du reste vous allez en juger ; voici un commis-libraire qui entre; écoutez :

( Il saisit le premier verre venu , boit , et s'écrie : ) — Quel est celui qui n'a pas encore fait un classi(|uc latin?...

— Moi ! répond un joueur de picjuet.

— J'en ai besoin tout de suite.

— On y va! après la partie.

Le commis boit encore, et part en disant qu'il va revenir. Un autre commis lui succède, boit, demande un autre ouvrage, et, sur la même réponse faite par une autre voix, il boit de nouveau et part.

Bientôt les joueurs, sans quitter la table, écrivent, l'un à .M. Panckouke, l'autre à MM. Paulin et Dubochet, ou à toute autre victiiue, une lettre dont voici la substance : « Monsieur,

» J'ai reçu de mes parenis l'argent nécessaire à l'achat des classi - (pr(s latins; mais le carnaval m'ayanl entraîné à quel(|ucs déjienses e\tra-lé gales, je me trouve nu peu à court aujourd'hui , et cependant je voudrais bien posséder cet ouvrage, dont j'ai besoin pour mes études. Si vous consentiez, monsieur, à me le vendre payable par tempérament de vingt-cinq francs tous les mois, ou contre un billet à terme raisonnable, vous obligeriez infiniment votre trèshumble serviteur, » * * *

t Fil* de M ••*, médecin» ••*, éiudiaut, rue **♦..

BIBLIOTHÈQUE POUR RIRE

Vous dc'\incz le reste: M. Panrkmike est volé; son livre est donné pour le dixièmi' de sa valeur, et , (piand il se décidera à poursui\re le préicndn éiudiant, il n'aura devant lui (in'iin jiilier d'eslaniinei crihlé de dettes, et ne possédant pour tout meuble que sa pipe culottée et des tessons de bouteille.

Ij' Actionnaire.

Oui , monsieur l'actionnaire, nous vous donnons une place dans la l'/iysioiogic (lu poueur. — Ne vous plaignez pas , vous sirez certes en belle conip:iguie ! Voyez : des princes , des ministres, des diplomates, des députés, de liants fonciiorinaires, des négociants csiiniés, des publlcisies en renom , des banquiers: et si nous ne vous présentons pas les agents de cliange, les notaires, les avoués, une partie du barreau et de la magistrature , c'est que noire local in-qnarto ne |)eut contenir toutes les notabilités de la Ilouerie parisienne.

Vous avez longtemps joué le rôle de dupe; et comme à ce jeu l'on finit souvent par devenir autre chose, vous êtes devenu, sinon malin, du moins malicieux.

Les gérants vous volaient h l'aide de protnesses dorées, vous les dépouillez à votre tour à l'aide de menaces correctionnelles.

Cela est peu moral , mais cela est parfaitement naturel.

Malheur vraiment au directeur d'une société en commandite dont la gestion prête un peu le flanc h la critique du parquet! L'actionnaire saura mettre la terreur à profit pour se faire rembourser ses actions au pair, s'il les a atlielées ii 50 pour 100 de leur valeur nominale; — au double , s'il les a achetées au pair.

Il avait l'étiiffe d'un actionnaire, ce brave marchand dont les journaux parlaient ces jours derniers , qui , ayant surpris un commis dérobant une aune de calicot, lui fit souscrire plusieurs billets de mille francs, en le menaçant du commissaire de police.

.M. de L .engagé dans une adaire qu'il avait crue excellente

et qui tournait mal, voulut pour sauver l'honneur de son nom, rembourser intégra'einenl tous ses actionnaires : il pensait être accueilli par des témoignages de reconiiaissaucc. Personne ne voulut du remboursement au jiair; tout le monde demanda, qui moitié , qui un tiers en sus de la somme versée. Ses amis — seuls — se contentèrent de 125 pour 100. Ce fait s'est représenté dans toutes les occasions du même genre.

Une affaire est elle bonne, vous allez croire l'actionnaire satisfait? Allons donc! 11 a acheté son action I.Oi'O francs, elle a produit un dividende de cent pour cent, — sa valeur décujile, elle se cote h la Bourse 10,000 francs. — Le dividende néanmoins reste à 1,000 francs, et l'actionnaiie reçoit toujours cent pour cent de son versement. Mais il part de la valeur attuclle de son litre et dit : mon action vaut 10,000 francs, je ne reçois que 10 pour 100 de mon argent. Je suis volé !

Dernièrement , dans un procès dirigé contre un gérant , les actionnaires disaient : — A telle époque , vous nous avez distribué un dividende supposé, — ce di\idende avait élé |)ris par vous sur le fonds social. >ous devez nous le rendre. — .Mais, répliquait le malheureux , si j'ai eu tort de le prendre sur le fonds social , vous ne l'avez pas moins reçu et gardé. — C'est vrai , mais vous n'aviez pas le droit de nous le donner, — vous devez nous le rendre.

Au reste, quiconque observe un peu, avait jugé l'actionnaire bien avant la réaction opérée contre les gérants.

Une opération sage , basée sur des principes vrais e! dirigée par un galant homme qui ne promettait que des gains raisonnables, ne liouvait parvenir h réaliser le quart de son capital ; tandis ([u'uiie entreprise folle , conduite par un sauteur, connu pour tel, mais

annonçant des bénéfices hors de tonte probabilité, trouvait h l'instant même tout l'argent (pi'elle demandait. Qu'en fallait-il conclure si ce n'est que le succès des voleurs n'était dû qu'à l'ardente cupidité des volés? Il se passait, en effet, dans les régions de la grande et de la petite propriété , précisément ce que nous fait voir le vol à Vamcrirttiiic dans les derniers rangs de la population. Un garçon de caisse, un paysan porteur d'un sac d'argent, un

pauvre diable qui vient de toucher une somme à la Banque est abordé par un prétendu Américain qui baragouine le français cl demande la direction du Musée, du Palais-National ou de tout autre lieu : il craint , ditil , de s'égarer et il offre au porteur de sacoche une guinée s'il veut bien le conduire. Celui-ci se détourne aussitôt de son chemin pour gagner la pièce d'or. L'Américain paraît ignorer la valeur respective des guinées et des écus de cinq francs ; il voudrait changer la monnaie de son pays et il manifeste l'intention de la troquer contre un nombre égal de ùctlcs pièces Manches.

C'est un coup de fortune, pense le nigaud , je vais voler ce noble étranger; et il se liàle d'échanger son sac pour des rouleau-c d'or.

L'américain disparaît et le j(]bard reste. — lia reçu et accepié des cailloux enveloppés, des ardoises en rouleau , des lingots de plomb ou toute autre monnaie équivalente. Alors le désir de la vengeance se réveille dans son cœur; il crie, il maudit les voleurs , dépose sa plainte et court toute la ville pour retrouver le scélérat qui a abusé de sa bonne foi. S'il le rencontre, il le traîne en justice et le fait condamner — pour l'exemple.

Faits divers.

— Doucement!

doucement! s'écriait tout à l'heure le célèbre Anberl, vous me donnez de la matière pour dix Phi/Kiolojies.

Eu style d'imprimeur et d'éditeur, le manuscrit, fiit-il de Chateaubriand, de lord Byron ou de Trissotin , c'est de la matière, rien que de la matière.

Lancez donc votre génie dans le ciel de la poésie , — creusezvous donc la cervelle pour produire laborieusement un chef-d'œuvre, votre éditeur n'y verra toujours (]ue de la matière !

— Tenez, Aubcrt, voici un chapitre que nous allongerons d'une

lieue, si cela est néccs.saire, — un chapitre que vous couperez,

comme une ficelle, tout juste à l'endroit oij finiront vos seize pages.

C'e.st un chapitre de faits délacliés. — .l'en ai dans mon .sac

LE FLOUEUR

autant qu'il en faudrait pour riinplir loulc voire tollccliuu. —

Vous n'avez qu'il parler.

*** , inventeur des primes on loterie , des bénéfices anticipés, des actions par dnplic.ila , fondateur de la Société typographique en actions , de la Société des Vocabulaires , de celles des Vlédailits et de VU-

nii'ers iiUcraitc , était arrivé , ù force do bi'illanles alïaires , à ne pouvoir plus faire aryint de sa signature.

— Ab, s'écria-t-il , les bauciuiors ne veulent plus esconi|)ter mon papier ! c'est bon ; je vais l'esconiplcr nioi-uiênie.

Et il créa la Banque industrielle ; ca|)ital social : six MILLIONS. Mallieureuscineut parut , au moment de cette philanthropique entreprise, le |)remiei

lie|Jiisc, II; |iii:iijin -^c-

numéro de la série ^-— ^

caricaturale des Robert-Macaire, et les actions de la banque ne

'pmmfij^^^lgg^ se placèrent plus :

le moucheron vint à bout du lion.

Le même spéculateur avait précédeuuiicnt fondé un journal littéraire au capital de ql'el-

QUIiS CliNTAINES DE MILLE FIÎANCS , le

capital se réalisa en entier , et l'habile administrateur se bâta d'organiser sa publication.

A cet effet, il p ui -splendide appartement au premier étage,

sur les boulevards, — d'une valeur de 10,000 francs par an ; acheta deux magnifirpies chevaux pur-sang , et fit faire une voiture de la plus grande élégance pour porter à la poste le service futur du journal égaleuiejit futur ;

La livrée des garçons de bureau était du nieilliur goiit ; ils étaient dorés .'■ur toutes les coutures.

Des traités furent passés avec tous les mavci^hau.v tic.

la tillcralurc;

Et la société , représentée par son directeur, donna immédiatement des concerts artistiques, des matinées dansantes et de-, bals littéraires.

Et le journal, on ne le fit donc pas? — One diable! attendez, on ne peut pas tout faire à la fois I Quand la société eut bien monté .sa maisiin , quand elle eut donné un bon nombre de concerts, quand elle eut bien fait manger la littérature, — douée d'un fort

bel appétit, — (piand elle eut bien fait danser les rédacteurs et le fonds social , elle se mil en de\oir de publier son premier innnéru.

Mais , par unesingulaiité diflicile il s'e)ipli(|uer, elle n'a\ait plus d'argent!.... Que \oulii'z-vuus (pi'elle fît?

Elle licpiida. — Mais il est juste de diie que sous ce rapport elle ne laissa rien l\ délirer : poui' les actionnaires aussi bien (|iie pmir les fournisseurs, la licpiidalion fut si complète, (ju'elle se chauyea en un parfait bouillon.

L'Iiistoire de définit Figaro nous revient en mémoire h propos de journal littéraire.

Figaro, le malin petit journal de la restauration, devait avoir

sa part du gâteau de 18.'iU. — Il eut plus que sa part : il fut nommé préfet, obtint un pii\ilégc de théâtre , deux ou trois décorations de la Légion d'honneur, et une foule d'autres friandises, tant et si bien qu'il en mourut de réplétion.

Trois ans se passent , le nom de Figaro apjiarteiiait à l'iiistuire : il était tombé dans le domaine public : un monsieur le ramasse, constitue une .société au capital (le troix cent mille francs , et s'attribue CENT MILLE FRANCS pour l'apport du tilie de Figarol

Les actions se placent et le journal paraît trois mois , au bout desquels il s'éteint doucement dans les bras de son nouveau créateur. Le voici donc mort encore une fois , c'est sans doute la bonne ? pas du tout. Le iiièine monsieur, prenant goût ii la chose , revend à un autre la dépouille immortelle du barbier de Séville ; le nouvel acquéreur reconstitue une autre société, qui bientôt tourne en liquidation ; et le nom de Eigaro , — ce nom qui apjiartient h tout le inonde depuis longtemps, — est vendu une troisième fois. Convenez qu'en présence de cette facilité ù réaliser des capitaux par certains procédés, il faut avoir l'honnêteté bien chevillée dans le cœur pour ne pas la laisser choir.

Un éditeur est député; il profite de sa position toute ministérielle pour obtenir du gouvernement cent souscriptions à un ouvrage qu'il vend 2,000 francs, et cet ouvrage n'est que la réimpression de vieilles planches achetées h vil prix dans une vente publiipie.

N'allez pas croire que nous fassions allusion au Py... avec lequel ce fait a malheureusement quelques rapports.

Le gouvernement a dépensé plusieurs millions à produire un monument gra|)lii(|ue sur des aiiti(|uités, — sur l'Egypte moderne, — ou sur tout autre sujet d'une vaste étendue.

Quelque jour , n'en doutez pas, il se trouvera un éditeur qui, au moyen d'un pot-de-viii donné convenablement, se fera autoriser à tirer sur les planches de cet ouvrage. Dans ce cas, il pourra vendre sa réimpression, ù fort bon marché, et gagner sur son livre ou sur son atlas quatre ou cinq cent mille francs.

L'ouvrage du gouvernement sera avili , c'est vrai ; mais deux millions de gaspillage ne paraiiront pas sur la quantité de millions gaspillés , et personne ne le saura.

Puisque nous en somme sur le compte de l'éditeur , citons encore qoel(|ues-unes des (louerics qu'il pourrait |)rali(|uer.

Jl piiiirinit niiiioncer un Uictioiinaiie des sciences médicale; en trente volumes , recevoir les souscriptions et pnu.sser sa collection à

BIBLIOTHÈQUE POUR RIRE

»0 \oluiiies, de telle sorte que le sousciiplcur, qui n'a cru dépenser qu'une soniiiie donnée , se trouverait forcé de débourser trois fois |)lu$.

Il pourrait , après la riche récolle produite par ce livre , en faire une réduction , un abrégé en 20 ou 25 voliniies, et récoller une seconde fois; — seuli'Mient vous payeriez alors cent francs le résumé du fatras que votre voisin aurait payé dix fois plus cher.

Il pou\ait, avant la Républi |ne (s'il était député ministériel, la chose était très-facile), obtenir le droit d'imprimerie Dictionnaire de l'Académie et de le vendre h siiu profit , sans rembourser .'i l'Ktat les 15,000 francs (jue ce livre lui avait coûté pendant 30 ans, soit 450,000 francs.

Il pourrait bien d'autres choses encore!

Savez-vons , bons électeurs de province , comment se faisait la pot-bouille légi>iative , autrefois'? Kcoutez:

M. U*** était nommé rapporteur de la commission choisie pour examiner le projet de loi sur tel chemin de fer. On savait que le rap- |iort devait èire fait dans un sens qui blesserait les intérêts de telle compagnie, dette compagnie eflrayée dépêchait aujirès de .M. D*** un de ses directeurs. Celui-ci, après les premières banalités ordinaires entre gens qui n'osent aborder de front nue question embarrassante, glissait adroitement au rapporteur l'offre d'une cinquantaine d'actions ; — cela est dit en termes assez clairs pour être bien compris, assez obscurs pour ne pas demander de réponse catégorique. — Peu de jours après. M. l)'" faisait le rapport : sa conclusion était, à la vérité, négative pour la compagnie; mais les motifs, les considérants se trouvaient arrangés de telle façon qu'ils tournaient tous pour l'aflirinaiive.

C'est une bien belle chose que la philanthropie ! Demandez à M. ***. Pendant dix ans, il a couru les bagnes et les maisons de correction , écrivant à tort et à travers sur les pauvres prisonniers , et réclamant pour ses chers protégés plus de douceurs qu'ils n'osaient en espérer eux-mêmes. Leurs chambres étaient trop obscures, leur nourriture trop peu succulente ; si on l'eût écouté , on eût fait de tous lesfau.ssaires, banqueroutiers et assassins, autant de bons gros chanoines.... On prit le parti le plus sage, — on le fit inspecteur des prisons. — Rien ne changea , mais tout fut bien; sa philanthropie se trouva satisfaite.

Cependant , il est une institution philanthropique qui se distingue parmi toutes les oeuvres humanitaires! C'est une société, une sorte d'académie .Monthyon , dont le but est d'encourager le bien et de glorifier le courage. Un homme se précipitc-t-il dans l'eau ou dans le feu pour sauver son semblable, la société lui décerne immédiatement une médaille, sur laquelle sa belle aciion est inscrite!

Et ce morceau de bronze précieux , la société lui en fait don à perpétuité , — pour la bagatelle de 25 francs.

Certes! voilà un hommage rendu à la venu 1 Voilà une société vraiment utile, morale et philaiithropicîiic !

Pour vingt actions de ce genre, vous pouvez avoir vingt médailles; vous pouvez même eu avoir davantage . et, au besoin, il suffira que vous ayez eu l'intention de vous distinguer — et l'atleniion de payer vos médailles.

Saint-P*** fonde un journal. C'est une entreprise qui exige impérieusement un fort capital ; Saint-P*** n'a pas le premier sou. N'importe! son journal paraît, grâce au crédit risqué par l'imprimeiu-. Au bout d'un mois, celui-ci ne voyant pas venir le payement promis, cesse l'impression. Mais il reçoit aussitôt de Saint- P*** une assignation dans laquelle, attendu que le sieur **' refuse d'imprimer sous de vains prétextes , et par ce refus compromet tjravement les intérêts du demandeur, il le somme d'avoir à lui payer la somme de 10,000 fr. dédommages-intérêts!

M. le duc d'A*** avait promis à une compagnie de banquiers de lui faire obtenir un privilège de théâtre, et la compagnie s'était engagée, en cas de réussite, à lui payer une somme de 300,000 francs. — Le privilège est accordé , et les banquiers s'empressent d'apporter h M. le duc les 300,000 francs convenus. — Seulement, au lieu de billets de banque, ces messieurs lui présentent 300,000 fr. de ses propres lettres de change , qu'ils ont achetées sur la place à 30 pour 100.

M. d'A*" a noué le gouvernement, les banquiers ont (loué M. d'A*", c'est dans l'ordre !

M, M*** est grand fondateur d'académies. — C'est donc un grand savant? — Pas si bête ! c'est un spéculateur.

Il crée l'académie de zoologie , — ou de géographie , — ou de toute autre science.

Il s'intitule lui-même président à vie.

Ses fonctions sont gratuites, — il est seulement logé, chauffé, éclairé par la société; c'est bien le moins qu'on puisse accorder cela

au président d'un corps savant 1 — et il prélève la somme de

pour ses frais de bureau.

Quiconque est géologue, géographe, ou bien se propose de le devenir , est appelé, — et tout le monde est élu... moyennant une modique rétribution annuelle.

Personne n'est floué, car, pour une faible rétribution, chacun reçoit son diplôme, en véritable parchemin , signé du président,

M***, et de son valet de chambre , Secrétaire perpétuel.

Ce qui donne le droit d'ajouter à sa signature le titre de membre de la Société de géologie , — ou de géographie , ou de n'importe quoi.

Un homme de lettres , bien connu , livre un manuscrit à son éditeur, et celui-ci veut , en le payant, retenir une somme que l'auteur lui doit. — Plaisantez-vous, mon cher! s'écrie l'homme de lettres, je n'ai pas besoin de la somme que je vous dois, mais de celle que vous me devez; payez-moi tout , et restez mon créancier.

Au reste, les beaux jours de la commandite en actions vont revenir, vous pouvez tous les jours saluer aux annonces légales la constitution de telles et telles sociétés intitulées à juste titre Caiifor- ^liciines, car elks exploitent une vraie mine d'or — une mine

inépuisable — une mine où il n'y a qu'à se baisser la niaiserie

des actionnaires.

TvrocRirHiK n.o\ frères, rie de vucrRiRD, 3c.

FIN nr FLOIIEI'R.

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