‹ L'étudiantChapitre 242 sur 243 · I.E DANQUIER. — Vousaveziiii moyen... roniboiirsoz · texte numérisé non relu

I.E DANQUIER. — Vousaveziiii moyen... roniboiirsoz

Le GliKANT. — .Vvec quoi? — Vous m'avez (loiiiiO jOy.OOÛ IV. ;

sortons les 250,000 fr. ([iii me revenaient, il n'est resté à la société que 3i9,000 fr.

Le DANQiMER. — Parfaites la somme avec vos 250,000 fr. , il restera toujours pour vous UiO.OOO fr. ; cela vaut mieux que rien. »

Le nér.TUt , ifTrayé par l'imminence de la faillite et la possibiliié d'un \ilain procès, remboursait au pair; le banquier accui-ail avoir vendu à 50 pour 100 de perte, et il réalisait encore 200,000 fr.

Le jour prédit par le bon sens arrivait, — il fallait liquider. — Le gérant levait le piedel faisait un voyage d'aniément en Belgique, emportant avec lui les rêves des aclionnaircs, leur argent et le sccrcl (lu procidi'.

Il n'est pas besoin d'un grand nombre d'aflaircs de ce genre pour enrichir un liomme; aussi le banquier floueur arrivait vite à la forlime.

i:t iorsciue le vent tourna conire les sociétés en commandite, notre lionnne n'opéra plus que derrière Macaire ou Wormspire , partageant avec eux les bénélices, mais leur laissant la responsabilité une et indivisible.

Un banquier de cette classe a fait dans le temps un mariage dont on a beaucoup parlé , et qui méritait en effet les honneurs de la publicité.

Il avait demandé la main d'une fort belle et fort aimable personne dont le père était immensément riche. La demoiselle avait dn goùl pour un autre et de l'aversion pour le financier. Cependant celui-ci , ayant satisfait aux exigences du père sous le rapport de la fortune, allait toujours, se préparait au mariage, s'iuquiétant fort peu (les dispositions de la fille. La pauvre enfant n'avait encore vu le monde que par la fenêtre de son pensionnat, et jugeait du cœur de tous les hommes par le sien et celui do son cousin; elle crut doue faire merveille eu imaginant une ruse qui devait, selon ses petites idées d'homiéte fille , réussir à coup silr. Elle feignit

d'avoir oulre-passé les l)ornes d'un amour platonique , et s'accusa,

l'innorente enfant, d'une faute qu'elle n'avait point commise. Tout en confessant ce crime imaginaire, son bel œil noir suivait à la dérobée les mouvements |)li\sionomiquesdu prétendu, et cherchait l'expression d'horreur et d'indignation attendue... Elle ne rencontra que celle de la joie : .son futur souriait et se frottait les mains. Pourquoi'? C'est qu'il trouvait dans cette confidence un bénéfice de cent mille francs.

En effet, le i)ère, dupe du stratagème de sa fille, et fort heureux de la tolérance du prétendant, consentit h augmenter la dot d'une centaine de mille francs , ce qui , dans les idées des deux hommes d'affaires, établissait le compte ainsi :

De l'amour en plus De l'argent en plus

d'un côté. de l'autre.

Balance.

Anaïs (donnons un nom h celte jeune fille, cela sera plus commode pour le lecteur el pnur nous) s'éliiit trop avancée pour pouvoir reculer; d'ailleurs, plus elle voyait son futur, plus elle aimait son cousin. Anaïs persista dans ses refus. Aux nouvelles instances de son prétendu , elle répondit par un aveu complémentaire du premier. « Monsieur, lui dit-elle, puisque vous m'y forcez par votre insistance, je dois tout confesser; vous comprendrez enfin qu'une barrière infranchissable existe entre nous... Ma faute ne sera bientôt plus un mystère pour personne : je — vais — être — mère... » Cette foislebanquier bondit sur sa chaise et se précipita dans le cabinet du beau-père.

La jeune imprudente riait et s'applaudissait; mais, iiélas! il reparut bientôt ; la dot était doublée, et sa philosophie, grandie de 200,000 fr. , était de taille à franchir toutes les barrières : il fallut céder : la i)auvre Anaïs devint madame ***.

Qu*arriva-l-il de l'amoureux platonique? L'histoire ne le dit

pas, il monta sans doute au grade d'ami de la maison.

Quoi qu'il en soit, *** donne aujourd'hui des bals magnifiques dont Anaïs fait les honneurs avec beaucoup de grâce. Dans les embrasures des fenêtres vous entendiicz bien tout le monde rire un ' peu de l'amphitryon et se conter

^ ^^ •= à l'oreille l'histoire de son nia-

^«=s.-o! « ^= — ^- fti- ,-j,-|ge, niais bah!! — que lui importe! il est po.^se^seur d'une belle fortune et d'une jolie fenmie ; il est membre de la Légion d'honneur, personne n'a le droit de dire qu'il manque d'honneur.

lie Faiseur.

Dans le temps de la coiniuandite, — cet âge d'or de la flouerie , — le faiseur était le dieu , le sauveur de toutes les industries atteintes d'une maladie incurable.

Un commerçant était- il en danger imminent de faillite, il courait

LE FLOLELR.

au faJM-ur cl lui criait en tendant les bras : Seigneur, je suis mort , saui'e:-moi' Le faiseur lui disait : l.evez-i'Ous cl marchez ! et le moderne Lazare marchait en ell'et... (Hicl(|ne temps.

Comuieiit s'opérait ce miracle ?Oli! mon Uicu! tout siuiplemcnt par la f;ràce du prospectus et la toute-puissance de l'annonce.

Le faiseur créait une société par actions, — constituait Lazare gérant de l'entreprise, faisait des iirospeelus les plus ronllants possibles, promettait de» dividendes fabiileuv, chaulfait l'annonce, et tout était dit. — Il passait h une autre opération. — Souvent la troisii-ine n'était pas lancée , que la première était en déconfiture ; mais cela ne le regardait pas, il s'était défait dis trente ou quarante mille francs d'actions i|u'il avait reçues pour sa peine , et il laissait Lazare se débattre cette fois dans son linceul comme il l'entendait.

C'est au faiseur que nous devons l'invention des aflTiclies monstres, des bénéfices anticipés et de tous ces leurres auxquels devaient nécessairement se |)rendre et se prenaient en effet les badauds.

Ce fut lui qui imagina plus tard celte annonce mirobolante :

Le gérant prend formelîcmcnt l'etu/agemettt de rembourser dans un an toutes (es actions si leur valeur n'est pas quintuplée.

Le gérant! ce pauvre diable qui , pour quelques pièces d(? cent sous , accepta les fonctions dangereuses d'administrateur comme il aurait accepté celles de garçon de bureau ! ou bien ce malheureux industriel qui s'était accroché aux branches de la commandite comme un noyé s'accroche au plus mince roseau !

Ce fut un faiseur qui lança la fameuse alTaire du Phjsionotype, que le Charivari baptisa du nom de l'hysiono-trap|.e.

Bien que depuis celle-ci une myriade de floueries en action aient édifié Paris, rien encore n'a fait oublier la Sociélé-mére , la Société-modèle dont nous parlons.

Mais d'abord savez-vous ce qu'était le Physionotype? C'était un instrument nouveau et fort ingénieux à l'aide duquel on prenait instantanément l'empreinte de votre visage, sans le barbouiller d'huile et sans le couvrir d'une couche épaisse de plâtre comme on le ferait encore .lujourd'lnii s'il vous prenait fantaisie de distribuer des fac-similé de voire masque. C'était un progrès ; — la commandite est parvenue h le tuer.

Le fondateur de cette brillante exploitation appela un capital de plusieurs centaines de mille francs et loua un magnifique local dans le quartier le plus beau et le plus cher ( rè^le générale : un beau

local est la première condition pour obtenir un beau capital).

Il céda ensuite , moyennant quelques vingtaines de mille francs , h des sociétés secondaires le droit de physionotyper les masques de tel ou tel département. — Les actions se plaçant, les droits d'exploitation secondaires s'achetant, l'opération obtint bientôt le brillant succès que les gens sensés avaient pressenti. Dès le premier jour... le fondateur mit la clef sous la porte.

L'actionnaire bon garçon dil : — Je suis fait, n'en parlons plus. Etil usadesestitres au premier besoin... d'allumer son cigare.

Le grognon demanda des comptes. — On lui fit des comptes d'apothicaire dans lesquels l'annonce , l'aniche et le prospectus obligés jouaient un si beau rôle qu'il dut s'estimer fort heureux qu'on ne lui demandât pas une nouvelle mise de fonds.

Le criard s'enroua tout de suite et se tut.

M. Gogo voulut savoir pourquoi une affaire (|ui lui avait donné tant d'espérances filait un si vilain coton. — Il demanda comment le fonds de roulement se trouvait sitôt épuisé. — La réponse fut pleinement satisfaisante : — il était épuisé parce qu'il n'avait jamais existé.

— Mais, repartit M. Cogo, que ^ont devenus les fonds produits par le placement des actions?

— .Monsieur (Jogo , répliqua le fondateur, votre (luestion paisC toutes les bornes ! Vous n'avez donc pas lu l'acte de société î

— Ma foi I non.

— Lh bien ! monsieur, lisez-le, et vobs ne vous pcnnctlrez plus de vous immiscer dans les choses (|ui vous sont entièrement étrangères.

' .Vrlicle **. Le capital social revient de droit et en toialité au fondateur , pour prix de brevet d'invention doal il cède la propriété à la Société. »

— Mais c'est mon.strueuxl vous avez acheté ce brevet de M. Sauvage pour mille francs, et vous le ven

— Mille francs ! dites-vous? Apprenez , monsieur, que je l'ai payé

10,U00 fr en actions On n'atlaiiue pas l'honneur d'un

homme avec cette légèreté.

.M. Gogo fut cons])ué, — comme de contuiue, et la société li- (]iiida. — C'est le terme consacré pour dire coula , se réduisit à l'état liquide de l'eau claire.

Ce()endant (pieli|ues mécontents parmi les actionnaires de province— ceux-là sont plus coriaces — menarèrent des^««i du roi. Il fallut à tout prix les endormir. Les uns furent bercés de btilea promesses, les autres reçurent quelque argent, et le plus grand nombre consentit h échanger ses actions du Physionotype contre celles de la Socié'é sanitaire ou de toute autre entreprise donnant toujours les plus ùeltcs cspiirances.

Tout Paris coniiait un faiseur dont la fortune s'éleva dans un an au cliill're lie (JOO.OOO francs, grâce h l'appui que prèiait aux sociétés en commandite un journal industriel cpi'il avait créé dans ce but. Paris , qui l'a perdu de vue , le croit riche et retiré comme un honnête bourgeois. — Il est ruiné de fond en comble , et ruiné par une société en commandite.

A force de prédire aux niais des bénéfices inouïs, ce banquiste finit par y croire lui même, et fonda pour son propre compte une affaire en parlicipalion dans laquelle il se risqua corps et biens. 11 ne s'agissait de rien moins que d'exploiter un soi disant duché de Normandie , de Navarre ou du Berry. — Il acheta une propriété d'un million, piya d'abord 600,000 francs, et s'engagea pour le reste; puis il se mit à construire des usines, des fonderies, des moulins, des manufactures, etc., etc. — Le faiseur parisien se croyait le plus habile de France et de Navarre ; — il ignorait encore quelque chose : — c'est que le propriétaire campagnard peut toujours en revendre aux plus roués floueurs de la capitale.

En effet, les constructions achevées, la gène commença, et le paysan prit si bien son temps pour pousser son débiteur qu'il le culbuta , l'expropria , et se fit adjuger pour les ùOO.OOO francs non payés la pro|)riété sur laquelle il avait déjh reçu 600,000 francs, et dont la valeur était augmentée par 800,000 francs de bâtiments.

Ilumilions-nous, mes frères, devant cette vérité de l'Évangile :

Celui qui se sert de l'épée périra par l'épée.

I<e Fabliclste.

Pierre soutient, cette année, une thèse [contraire à celle qu'il

soutenait l'an passé. — Paul passe brusquement d'un journal pa-

BIBLIOTHÈQUE POUR RIRE

iriolo dans les rangs opposés. — Jacques ne déserte pas tout siul , il eiilraîne sa compagnie et livre son drapeau ; c'est-h-dire qu'il change son journal du ronge au blanc sans changer ses rédacteurs. Pierre , Paul et ^acues sont assurément des (loueurs , mais des (loueurs communs, des ' s sans originalité, dont nous ne nousocr opérons pas nouspj' • .s seulement du llonenr économiste.

L'EcoMomisic est en général un ancien élè\e de Konrier ou du père Enfantin , qi.i a jeté ,ux orties sa robe modeste de disciple et s'est un jour délivré à lui-inèmc le brevet de docteur es économie politicpie.

Voici comment il opérai, sous le dernier gouvernement.

S'élaborait-d un projet de loi sur im emprunt , sur les chemins de fer, sur les canaux , sur les douanes et les tarifs, la troisième (Wge de certains grands journaux se couvrait d'une énorme tartine plus ou moins feuilletée, (jne l'iuileur intitulait : A\raj»it'ji du projet de loi. (/était une sorte de plumpudding littéraire , un mélange de sucre et de sel sur lequel se précipitaient les intéressés.

Personne n'était satisfait , — personne n'était mécontent. L'auteur ne s'était pas encore prononcé sur l'opportunité de la loi , sur le mérite des compagnies rivales ou le danger dont l'industrie est menacée : cet examen était renvoyé aux |)rocliains numéros.

Aussitôt pleuvaient chez le rédaricur en (jnestion les invitations à dîner , les lettres de recoumiandatioii , les cartes de visite , etc. Un rat de r.\cadéniie royale de musique lui écrivait : 0 Mon chair Barnabe,

» Nez rinlé pa le projai danprun , je vous an pri , vou ine férié le plus gran tore, kar mon ban que au ait sou missionnaire. Je conte sur votre amitié corne vous pouvé conté sure la mi( ne.

I) El;PHRASI[^. »

Vn grand seigneur lui adressait le billet suivant :

<■ Le comte de *** l'iie le savant économiste, monsieur Michel, de vouloir bien lui faire l'iiomieur d'accepter son invitation à dîner; il se trouvera en compagnie de plusieurs notabilités de la chambre qui désirent causer avec iuî de l'importante question des sucres , sur laquelle il peut jeter tant de lumières ,

Il Son très-affectionné. »

Mais les recommandations, les invitations, toutes les vaines politesses échouaient contre les principes rigoureux du publicistc.

Le second article paraît, l'examen annoncé commence, et tout le monde remarque qu'il froisse les intérêts des plus grandes compagnies, des plus riches capitalistes, et vient en aide aux plus pauvres.

Le ministère n'y comprend rien, il a payé Michel pour soutenir le projet.... Mais, en revanche, les capitalistes comprennent, et ils payent .Michel.

Deux jours après , Michel s'écrie dans son troisième article :

• Certes ! oti ne nous accusera pas de dissimuler une partie des » motifs avancés contre le ministère et contre les grandes compa-

• gnics , nous les avons tous déduits avec autant de chaleur que 0 pourraient le faire les intéressés eux-mêmes : nous allons facile- » ment prouver h peu de solidité de celle argumentation, et établir i> que le iniuislfc c manquerait à ses devoirs s'il n'accordait pas la . préférence aux riches capitalistes. »

La conversion est coniplèle; Michel gagne noblement son argent, et l'abonné n'a pas cessé de trouver sou journal parfaitement indépendant , juste cl logique.

Direz-vons que la flouerie n'excelle pas ?

Par imitation de l'érononiiste opérant en grand, nous avons les journaux industriels, qui travaillent en petit sur les compagnies d'assurances, les tontines, les banques commanditées, etc. Celuici prône les assurances à primes, celui-là soutient les assurances mutuelles, et Ions deux puisent leurs raisons dans le principe même (le la société qu'ils défendent : tous deux reçoivent une subvention, l'un h titre de prime annuelle, l'autre à titre d'appui mutuel.

Plus bas, dans la bouc du journalisme, se trouvent les trafiquants d'ignominie, ces journaux, heureusement ignorés et peu nond)reux, qui rançonnent les gérants des sociétés commerciales, les volent à main armée et à l'aide de violence morale en les menaçant d'articles diiïamatoires.

C'est encore dans cette hideuse catégorie que se place le journaliste mendiant , dont la feuille compte trente ans d'existence, vingtquatre abonnés , et emploie — bon an , mal an — une rame ou deux de papier. Le pauvre homme! direz-vous... — Le pauvre homme a gagné quarante mille livres de rente à son petit métier. Quarante mille livres de rente à demander l'aumône! Il est vrai qu'il la demande l'escopelte au poing , sur ce chemin de la gloire oii la vanité et la misère poussent tant de malheureux artistes.

EMTREÉ?:iO

N'eût-il reçu qu'un maravédis de chacun des acteurs qu'il a dû voir débuter pendant ces trente années , sa fortune pourrait être assez ronde ; mais un mendiant de qualité ne se contente pas d'une obole. Vous en pourrez juger par quelques anecdotes.

LES œUFS DE LA MÈRE DESIÎROSSCS.

Madame Desbrosses allait quitter le théâtre de l'Opéra-Comique , sur lequel elle avait joué bien longtemps. Une représentation d'adieux, une représentation à bénéfice, était annoncée, et la bénéficiaire n'avait pas encore rendu au journaliste eu question la visite qu'il attendait de tous ses tributaires ; elle n'avait pas payé par anticipation la dîme du pauvre, qu'il prélevait sur les recettes extraordinaires.

— C'est singulier ! disait-il , Desbrosses n'est pas venue... Je vais la travailler dans le numéro de demain... — Et il écrivait :

<i Madame Desbrosses quitte enfin le théâtre... Bonheur!

» L'Opéra-Comique donne ce soir une représentation au béné- • fice de la Desbrosses... Four complet. »

Ce style vous étonne. C'était pourtant là toutes les ressources de notre Quinola ; c'était là ces méchancetés qui faisaient trembler le

monde dramatique. Vraiment, cela fait souvenir de ce fameux

LE FLOUEUR

bandit iiiii ai rèiait les diligences avec un fusil de bois , n'ayant pour complices que d'inon'ensifs mannequins.

Le journaliste en était au Four complet, lorsqu'on lui remit de la part de madame Dcsbrosscs un panier cacliel»^ ; sa |)lume se rele\ a.

— A la bonne heure. Jcanueton ! ouvrez ce pauier, cl dites-moi ce qu'il couiient.

Jeanncton obéit, et montre aux regards étonnés de son niaiire... des œurs !

— Des œufs ! des œufs ! Ah ! Desbrosses , tu te fiches de moi parce que tu vas quitter le théâtre : attends ! attends ! et il se remet à écrire.

« La vieille Dcsbrosscs, cette pitoyable chanteuse.... »

— Monsieur ! monsieur! il y a sons les œufs un beau service de coquetiers en argent.

— Que diable ! aussi , je disais : Klle est donc folle ?... • Allons , allons, soit/noiis-(a , cette chère amie.

« Madame Desbrosses , cette piquante actrice , toujours jeune ,

• toujours jolie, toujours adorée du public, quitte la scène

" Déses|x)ir.

» L'Ojiéra Comique donne ce soir une représentation au bénélice

• de madame Desbrosses... Queue d'une lieue. »

LliS BONS COMPTES FONT LES RONS AMIS.

Le critique susdit ( nous l'appelons critique pour ne pas répéter trop souvent le titre de notre physiologie) recevait de Nourrit une subvention de 2,000 fr. ; car Nourrit lui-uiême n'avait pas osé s'af-

f.aochir de ce honteux impôL Duprez , venant remplir les mêmes

rôles, crut dc\oir accepter les mêmes charges; mais, soit qu'il ignorât le chiffre du tribut pa\é par sou devancier, soit cpi'il le trouvât trop lourd, dans la visite qu'il rendit au journaliste , il ne lui offrit (jii'uu billet de mille francs. «

l'ii liouune de gont , Dupnz avait placé .son billet sur le coin de la du minée et sous le chandelier, cuiliuie ou fail pour toute somme ipii lie peut èlre ni dtmiiée ni acceptée sans rougir. Comme on fait aussi pour une auuiùne.

Le iiiliijiu alla droit au chandelier, le >ouleva ostensiblement, déplia le billet, et, le trouvant seul , le rendit effrontément à l'artiste en disant : •■

— .Monsieur Dupiez , je ne puis accepter mille francs , j'y perdrais trop.

— Kt moi aussi , répliqua Duprez saluant son interlocuteur en reniellaiit le billet dans sa poche.

Celle réponse a fait, comme ou le pense, le plus grand tort h Dupiez... dans le journal eu question ; mais elle a établi dans le monde sa réputation d'esprit et de bon sens.

lie savant.

Le corps savant se divise eu deux classes : Les savants pour de rire.

H les saNau'.s /im.. .«. i r.n.

Ces derniers sont ceux dont nous n'avons pas à nous occuper. Passons.

Quoi! dans le corps savant lui-même on compterait des lloueurs?

ÎSon , on ne les compte plus , mais on compte ceux qui ne le

sont pas; c'est plus tôt fait.

Les savants pour de rire sont d'abord i à peu d'exceptions près) les professeurs titulaires de langues archimortes , comme :

Les commentateurs des poêles et historiens de l'antiquité la

plus fabuleuse ;

Les traducteurs de chinois , de mantchou , d'hindoustanien ,

d'arménien ,

Et autres langues que tout le monde ignore aussi bien ((u'eux ;

— Les archéologues payés pour déchiffrer les inscriptions indéchiffrables, pour inventorier, et, au besoin, inventer les monuments phéniciens, druidiques et autres;

— Enfin , certains chargés de missions, — certains conservateurs de médailles et bibliothèques, et cette foule de savants dont tous les titres se composent de la réimpression d'un livre peu connu , de la traduction d'une vieille chronique ou d'un manuscrit volé b quelque trépassé.

Dans l'impossibilité de passer une aussi grande revue sur la petite place qui nous est réservée, nous vous présenterons seulement quelques moustaches de l'armée scieniiGque, et vous dirons leurs plus brillants faits d'armes.

Par forme d'introduction , permetlez-nous de vous narrer une

BIBLIOTHÈQUE POUR RIRE

pelile liislniio lélrospcciivc qui se lie inlimcinciit au sujet dont nous nous occupons.

\!/ Il

Vers le commpnccmcnt de la restauration, un nié(l(cin dûirna par hasard , dans la poussière dos manuscrits oublies à la Bihiiollicquc ro)aIc, une grammaire chinoise; il était homme d'esprit, et devina tout de suite le parti qu'il pouvait tirer de cette découverte. L'exemplaire de la liihliotiièqtie royale était le seul qui existât en Eumpe, peut être éiait-il le seul qui fut au monde : le docteur le copia , le lit imprimer ( t le produisit comme sien. Ce livre fit sensation ; — il fit plus, il fit noujiner le docteur conservateur des manuscrits chinois de la Bibliothèque royale — qui ne possédait pas de manuscrits chinois. Tout allait pour le mieuv dans la meilleure des places possibles; le médecin , à force de lire su fjrammaire, devenait tous les jours de moins en moins médecin et de plus en plus chinois; iiersonne, lui .seul excepté, ne doutait de .sa science, — lorsque trois satanés marchands de ihé de Canton, trois mérhanis Pikins, conçurent l'idée infernale de visiter l'Ianope. On ne descend pas de l'Emiiire Céleste sur cette partie du globe .sans venir se promener en France , sans venir voir les merveilles et curiosités de Paris, et la première merveille qu'on dut montrera des Chinois était sans contredit le savant sinologue qui avait réinventé la langue de Confucius.

Le cornac des trois iiiagots n'eut donc rien de plus pressé que de

les conduire auprès du conservateur des manuscrits chinois. Il était en ce moment occupé à traduire , pour l'Académie des belles-lettres, une inscription trouvée sur un bâton d'encre de Chine.

— Monsieur, lui dit le cornac, voici trois cousins-germains du céleste empereur Fa-Ke-l'i-Fo-Eu, qui seront flattés de trouver un homme capable de les entendre.

— Fort bien , répondit le savant. Et il se mit à parler de la façon la plus chinoise du monde.

Les trois voyageurs ouvraient de grands yeux , s'entre-regar-

daient, regardaient le répon-

savant et ne daient pas.

Le savant eut besoin de se moucher, et les Chinois saisirent cette occasion de glisser quelques mots; à son tour, le savant les écouta sans répondre, mais en clignant les yeux comme un homme qui n'est pas dupe d'une malice. Puis, se tournant vers le cornac, il lui dit avec gravité : — Ces hommes ne connaissent pas la langue chinoise, ils ne nie comprennent pas. Et il se remit tranquijlement à traduire son inscription.

Echappé à ce danger, notre conservateur croyait sa réputation h l'abri de nouvelles atteintes. Hélas ! tout n'est qu'heur et malheur en ce monde ; les Anglais trouvèrent dans l'Inde un second exemplaire de la grammnire chinoise du père Préniare, l'iniprimèreiit sous le nom du véritable auteur, et il fut démontré par A plus B qu'elle avait été littéralement copiée par le moderne savant. . Néanmoins, la science est redevable à cet infortuné conservateur de l'impulsion donnée chez nous à l'étude de la langue chinoise, pour laquelle le gouvernement avait judicieusement fondé une chaire. Le professeur a fait un élève : et cet élève, qui fut longtemps un des beaux sapeurs de la garde nationale, fait aujourd'hui le plus grand honneur à son maître , au(iuel il a succédé dans sa chaire.

Mais n'allez pas juger de tous les cours de langues oiienlales par celuici ! Tous ne sont pas aussi suivis : i'hin-

doiistani , par exemj)le, se prêche dans le désert, aiuM que l'ancien persan et le turc d'autrefois. Seul entre tous, le professeur A' arminien est parvenu à se composer un auditoire en la personne de son vieux domestique, presque idiot et tout à fait sourd.

11 n'est question , vous l'entendez bien, que des langues éteintes ; quant au persan, au turc et à l'arménien actuels, c'est-à-dire aux langues dont on a besoin , elles ne font pas partie de la science , les savants les méprisent et flétrissent du nom d'interprètes ceux qui ont la petitesse de les enseigner.

La position d'orientaliste est fort douce, très-lucrative, et par conséquent extrêmement enviée. Dire toutes les petites ruses qu'on emploie pour y arriver, tous les efforts que l'on fait pour s'y maintenir, serait difficile, parce qu'ils varient suivant les temps, les hommes et les nécessités du moment.

Nous ne citerons qu'un fait. — Ab uno disce omîtes. Un orientaliste, professeur d'une chaire, en convoitait une autre, car les chaires d'orientalistes peuvent se cumuler sans inconvénient, — il est tout aussi facile de ne pas faire deux cours que de n'^in pas faire un. • — La chaire convoitée allait devenir vacante par la mort du titulaire — du moins ou l'espérait — et chacun dressait à l'avance ses échelles d'escalade. Un jeune homme, qui avait pris au sérieux le métier de savant, traduisait et apprenait /xjwrrfe rrai: cela dit assez qu'il était un peu simple d'oprit; mais ce qui le prouve irrévocablement, c'est qu'il alla consulter l'orientaliste dont nous parlons , le pria d'appuyer sa demande et de lui indiquer le

LE FLOUEUU.

moyen d'airivor. — Vous s;i\i'/. , lui dit-il, que j'.ii bcniicoun tr;ivaillc et que j'ai quel(|iies didits i remplacer M. "* SI NOUS AVONS lE MALiii;i II de: i.i: ri;ni)iii:.

— Sans doute, lui npoudil le savant, mais '"est moins inahde qu'on ne le dit, et vous avez le temps de vous préparer. Si vous voulez m'en croire, vous traduirez telle chrouii|uc; c'est un magnifique ouvrage, parfaitement inconnu, el ce travail rendra vos droits incontcsiahles.

— Merci , repartit le jeune liomme. Et il se mit au travail.

La besogne était rude, elle dura iiUiT ans. Quand elle fui faiie, l'innocent la présenta au vieux renard cpii s'élait emparé de la plae ■ pendant (pie son conipélileur piochait à coups de dictionnaire. — C'est bien, très biiii ! lui dit le prof.'ssiur, persuiine ne peut piu^ vous disputer la chaire d'hébreu, vous l'aurez sûrement... h ma mon. Une chaire d'orientaliste vint cinq nulle francs, c'est un prix fait comme celui des petits pâtés. I) ux chaires représentent (loric un a.ssez joli revenu; mais nous axniscoimu un savant envers qui la patrie a élé bit n plus juste encore. A litre de |irofesseiu- au collège de France, De directeur des archives, De membre de l'Insiiiut , De membi e de telle et telle commission , Il touchait 2:1,000 franis par an.

25,000 fr. de traiicmenl! c'est le trône de la science.

Il est vrai que cet homme illustre a fait de grandes choses et un gros volume in (piano , inipriiiié |)ar l'Impriuierie royale , lequel volume a pour but d'établir d'une manière assez positive que la statue de Memnon u'a jamais parlé, ainsi que le prétendent les anciens historiens.

A propos de l'Iiiiprimerie royale , il se pratiquait une petite

chose qu'il est bon d'apprendre au public.

Une commission est appelée à décider quels ouvrages sont dignes par leur importance ou leur utilité d'être imprimés aux frais de l'État. Cela est juste ! et comme les membres de celte commission sont tous des savants distingués, des orieiitalisies, des conservateurs de n'importe quoi, il esteucore parfaitement juste qu'ils décrètent l'impression de leurs propres ouvrages.

De plus , il est de toute justice que l'auteur reçoive 500 exemplaires du livre dont il a généreusement accordé l'impression au gouvernement; — et comme ce livre est presque toujours im payable, — par conséquent invendable — le savant faisait hommagi d'un exemplaire à chaque potentat de l'Europe , qui reconnaissait cette galanterie par des croix, des pensions, des tabatières , etc., etc. Il nous resterait à |)arler :

Des examinateurs de livres classique.-., "([ui approuvent leurs propres ouvrages et se font ainsi des revenus princiers;

Des savants envoyés en mission par le ministère de rinstruciion publique, el promenant aux frais de l'État leur famille tout eiiiière en Suisse, en Italie, en Cièce, etc., eic.

De ceux (pii ajoiilent h leur mission scienlifique les bénéfices d'une mission moins honorable diiiit les honoraires sont pris .sur la caisse des fonds secrets, et de bien d'aulies savants sur le com|)te des(iuels nous nous proposons de revenir dans un ouvrage ad hue.

lie commerçant.

Nous serons obligé d'écourtcr ce chapitre , (pii demanderait à lui seul plus de place que l'éditeur n'eu met à notre disposition ; attendu que clia(|ue industrie, chaque profession compte ses (loueurs el fournit des genres parliridiers de floiierie. Depuis le marchand de cannes de jonc , qui vend des bàions de sapin recouverts d'une écorce de roseau ; Le marchand de bijoux à 29 sous, conlr()lés par la 'MoinKiie, qui vend des liaguesren)pli(S(!e plouib; La laitière, qui vend du lait d'amidon ;

L'épicier, qui débile du sel mêlé de craie blanche et du sucre en poudre mêlé de farine ;

Jusqu'au manufacturier qui exporte des draps et des élolTes à fausses mesures, tout le corps des marchands, fabricants'el négociants, est infecté|de volcries. Celajdit d'une façon générale, mais! non absolue, nous esquisserons quelques-uns des caractères saillants descelle cla.sse .

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