CHAPITRE IV
Où l'on prouve que si le lézard est l'ami de l'hommet l'homme est l'ami de la femme.
cpuis un temps immémorial le lézard jouit , dans les meilleures sociétés , — même d'histoire naturelle , — de la réputation d'être un ami de l'homme, — oh ! mais un véritable ami , d'uu commerce aussi sûr qu'agréable !
Les nombreuses éludes de mœurs auxquelles nous nous sommes livré dans le jardin du Luxembourg , et dans les campagnes des environs de Paris, nous ont prouvé que, si le lézard était l'ami de l'homme, de .son côté
r.M'rrriDiANT.
riioiiinif , et smtout le joiinc lininiiu' , alTeclioiiiie beaucoup la foiiime, —ce qui pioiiN e btati((mp(riiij;i,ilitu(lc piiiir le paiiM e lôzaril. Mais eriliii, ([n'y faire ? le cœur liiiiiiaiii a été ainsi ort;aiiisé ; acceptons les faits accomplis, et ne cherchons pas «i contrarier les vues et les vœii\ de la nature.
Or, dans celte alleclion que le cceiir masculin porte pour la femme, nous avons nniaripié, — toujours f^ràre Ji nos pruriiiidcs études, — que l'honimc aime surtout la femme (juand elle est jeune et jolie , — sans doute la natm e a eu encore ses raisons pour cela I tnlin , quoi (ju'il en soit , nous devons admettre en principe ipie ce goùl n'a lien de <lépiavé.
Le cœur de l'étudiant commence à parler presque dès son arrivée à l'aris, et ce ca'ur|)arle, mais très-haut, (ju.md il rentonlie des beautés & l'œil noir, ou à l'œil bleu , ou à l'œil fjris, escorté d'un nez prec, romain ou carthaginois; bref, dès qu'il rencontre un œil de n'imjiorte quelle nuanre, et un nez de n'imporl(! (piclie nation, pourvu (pie ces organes soient jeunes et du sève féminin.
C'est d'ordinaire dans le jardin du Luxembourg ipie l'étudiant commence ses premières armes amoureuses ; et il lie conversation avec les petites bonnes, qui, remplius des plus nobles sentiments, mettent tant de soins à garder les enfants (pi'on leur a confiés, qu'elles ne peuvent plus garder en même temps leur propre vertu. O bancs du Luxembourg, vous êtes bien coupables! et pourtant
il faut bien vous pardonner et vous laisser en place , car si l'on vous destituait , il fuidrait vous remplacer par des chaises, et cela reviendrait absolument au I même.
De la petite bonne , (pii ne lui accorde que la faveur d'accepter des petits gâteaux, — l'étudiant, devenant plus Faublas, se lance dans une classe beaucoup plus libre, qui n'est pas obligée de rentrer tous les jours à sept heures du soir pour all.r coucher le petit bourgeois : — comme la bonne d'enlant est obligée de le faire , à moins qu'elle ne manque à ses devoirs les plus sacrés ; — ce dont elle est immédiatement punie par le ciel et par sa maîtresse , qui la flanque à la porte.
Ces maîtresses sont si ridicules , qu'elles voudraient que pour deux cents francs par an leurs pauvres 'r -ri i/fi~*'' / fesH"'" 111 ''*"'"*^s s'cntrelins>.cnt de tout, de 1' i<^!^«ir A fl^S^- I 1 ™'^''s. fie jupons, de bonnets, — et 1 mèniedevertu! — Çan'apasdenom!
-v"*/r f «..i. *»< -^ « La grisette , en général, n'est pas
My^^I/^^Î/i^^^^M I aussi esclave de la société; elle peut
accepter les billets de spectacle, ei rentrer à l'heure que bon lui semble : — pourvu que cène soit pas fasse ■■"') méiivit , comme l'a prévenue soo ! portier; — maisalorselle ne rentre pas du tout, cequiarrangetoutlemondo.
La première connaissance de grisette se fait invariablement par l'in- ; termédiaire d'un ami ou d'un para- . pluie, — car le vénérable parapluie de famille joue très-souvent un rôle fort immoral ; et son taffetas vertueux rougirait de servir d'abri aune Virginie de la rue Saint-Denis, s'il n'avait pas déjà pris le parti de rougir depuis longtemps pour une tout autre cause.
M. Dupin le savant a calculé que chaque orage à Paris faisait faire environ trois cent quatre-vingt-sept nouvelles connaissances; car,
lorsqu'on a commencé à jouer le rôle de Paul ei Virijinic, on continue cette pastorale pendant imitjom's au moins: seulement le dénoûment n'est pas aussi lugidire, et la vertu ne finit pas par se noyer dans la mer: — pour deux raisons : parce qu'à Paris il n'y a pas de mer, et qu'il n'y a guère plus de vertus.
Aussi toutes les fois ipie l'iiori/iin se rouvre de nuages — ( nous ne |)ailons pas poliliipie, styd-Coiistitulionncl) — on voit une foule de sédueleurs se mettre en course avec leur rillard sous le bras, et ils cherchent de toutes parts les jeunes vierges qui ont couru abriter sous ime porte cochére leur vertu et leur bonnet 5 rubansroses; — car elles tremblent tonjoms. .. pour leurs rubans roses.
Alors le dialogue suivant ne man(pie jamais de s'établir : — Mademoiselle, acceptez mon parapluie, je vous en supplie! — {Tout en se mettant sous (e para/ituic. ) Monsieur, je ne puis pas ; car, enfin , je ne vous connais pas... — Ah , mademoiselle I le ciel n'est pas plus pur que le fond de mon cœur ( le firmament en ce moment est noir comme te fond d' une ér.ritoire). Acceptez mon
bras, je vous en supplie Je .serais désolé de vous voir mouiller
l)lus longtemps. — {La demoiselle acceptant te tiras.) Non, monsieur... je ne puis pas... — Ah! ne craignez rien... Vous apprendrez îi me connaître... Plutôt que de vous oITenser, j'aimerais mieux vous laisser mon |)arapluie à vous seule... si vous l'ordonnez... dusse je être trempé comme im potage et rentrer chez moi avec l'amour dans le cœur et une fluxion dans la poitrine... — {La demoiselle se mettant en route avec iemonsicur.) Vraiment, je ne sais si je dois...
Et tout en disaiit qu'elle ne veut pas accepter le parapluie orné d'un bras, la jeune i)ersonne auxruimns roses se laisse reconduire jusqu'à sa porte — et quelcpiefois au delà.
Puis, une fois la connaissance faite, la politesse exige une visite pour le lendemain, ne fût-ce que pour s'assurer si la vertu n'a pas attrapé un rhimie de cerveau... — Puis de politesse en politesse, on finit par faire une connaissance beaucoup plus complète que celle de Paul et Virginie , et on mène une existence émaillée d'amour et de pâtés de veau froid.
Puis, comme on s'est juré amour pour la vie, on est totalement brouillé au bout de quinze jours, — à moins que ce ne soit au Iwut d'une semaine.