CHAPITRE III
Ou cigare considéré dans ses rapport! avec le Code cîvit.
lest écrit dans les lois... de la nature que le cigare doit contribuer au bonheur de l'homme en général et de l'étudiant en particulier. — Seulement la nature n'avait pas ordonné que les cigares de la Havane seraient confeclioiinés dans 'établissement colonial du Gros-Caillou, — colonie qui n'est même pas située extra muros.
Enfin n'importe! — • Du moment qu'on paye ces cigares vingt centimes pièce, on doit s'i*aginer qu'il*!
BinLIOTIIÈQUE POUR RIRE.
sonl bons ; — cl comme loiit gil dans rima^iiiatjon , tout est pour le mieux. — Ce (|tii n'empêclie pas poiirlaiit (piede temps ou liiiips des fumeurs, furieux de ne pouvoir allumer ces petilos niacliiiics confectionnées a\ee des feuilles Ac cal/us, ne fassent des vœux pour que IVtablissemrnl national et royal du Gros-Caillou devienne un jour susce|ilible d'être lui-même roulé en cigare , — ce (|ui est une manière allégorique et délouniée de souhaiter que cul établissement soit bientùl à bas.
Tous les éiudianis fument, mais tous ne fiunent pas do la même manière. Uexisteunefoidede nuances dans toutes ces nuées tabacalcs qui planent sans cesse conune des nuages au-dessus du quartier latin.
Il est des degrés dans le tabac tout comme dans le crime, sans
autre comparaison.
Le jeune étudiant qui débute dans le Code civil ( titre premier, jouissance des droits civils) couunence par jouir de ses droits de citojen en achetant un cigare de quatre sous , le plus gros et le plus noir qu'il peut trouver; — mais, hélas! les efTcls les plus prompts et les plus déplorables prouvent au néophyte que le tabac n'est pas seulement une plante narcotique! Aussi est-ce avec un air
d'envie que l'ap prenti- fumeur admire les exercices de l'étudiant de septième année , qui fume vingt-trois cigares dans sa journée-! — .Jugez de la stupéfaction du novice , ([uand il voit son maîire fumer par le nez , — et même par les oreilles! — Le jeune adepte-fumeur est obligé d'aller graduellement , et de se mettre d'abord aux petites cigarettes formées avec des fouilles de rose, ou autres plantes qui n'ont pas une action directe et immédiate sur le cœur et sur reslomac. C'est humiliant , mais c'est de rigueur ! — Quand l'étudiant arrive vers l'article 390 , qui traite de Vcmancipation , il se risque à se lancer dans le véritable cigare de la régie.
Et une fois qu'il arrive à l'article hSS , qui déclare formellement qu'à vingt et un ans on est capable de tous les actes de la vie civile, noire jeune Français achète décidément une pipe, qu'il s'occupe à culotter avec tous les soins que mérite ce travail important.
Bref: à mesure que l'étudiant avance dans le Code civil, il découvre quelque nouvelle manière d'employer le tabac; et s'il n'est pas encore arrivé ii le mâcher, à l'instar des marins et des tambours de la garde nationale, c'est que le Code civil n'a que 2,281 articles , — et c'est fort heureux I
Qu'on dise encore que l'étude du Code civil ne même à rien ; — TOUS voyez (|ue cela conduit à passer au moins bachelier en cigares ei licencié ês-pipes.
L'étudiant en médecine prend ses degrés bien plus pniniptcinent encore (|ue rétudianlcn droit, attendu que les études auatoniiqiies, SI elles ont mi charme , n'ont pas du moins celui de charmer l'odorat, et le tabac remplace avantageusement l'eau de Cologne.— Aussi l'éludianl en médecine , obligé de se parfumer presque du malin au soir , méprise-l-il souverainement le chai latanisnie du cigare, bon tout au pluspour des rhi toi iciens du des femmes de lettres ! Ce qu'il lui faut, à lui , c'e-t une bonne et va^le pipe , qui engloutisse dans ses larges nanrs un demi-kilogramme de tabac de caporal. Avec un ustensile pareil on peut fumer lran([uillement depuis le d(j.uner jusf|u'au diner, et qudt|ucfois même le déjeuner et le dîner sont-ils compris dans cette pipe monstre , — surtout du 20
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au 30 de chaque mois, quand les fonds sont excessivement rares, et (|u'on n'a plus crédit que chez les marchands de tabac. — C'est une manière de prendre ses repas en reniflant I
Dans toute fête donnée par un étudiant , le cigare joue le premier lole ; — três-souvciit même il arrive qu'il joue tous les rôles, et (pi'il compose à lui seul les diverses classes de rafraîchissements. Aussi, en général, les dames et demoiselles qui fréquentent ces
soirées nocturnes ont reconnu ' la nécessité de se familiariser au moins avec le cigare , et tonte étudiante pur-sang fume son petit cigare de manière à faire envie aux femmes de lettres les plus célèbres.
Les lionnes du quartier laiin ont aussi admis en principe d'hygiène que le tabac est excellent pour la conservation des dents; .seulement, au lieu de s'en frotter lé^^èrement les gencives, elles le fmnent complètement : voilà toute la différence. — Mais le gouvernement n'y trouve rien à redire, — au contraire !
De tous les auteurs classiques la grisclte latine ne connaît guère que deux vers qu'elle cite volontiers toutes les fois qu'elle allume un cigare : —
' Quoi (|u'cn ilise Aristoque et sa docte cabale, » Le l.iliac est divin, il n'est rien qui l'égale. •
Vous voyez (|u'cllc écorche un peu les noms propres, et Arislote ne se reconnaîtrait peut-être pas dans Aristoque; mais le cœur n'y est pour rien.
Cela tient absolument à ce que la grisette latine n'emploie jamais les noms propres; — elle ne connaît que les Léon, les Auguste, les Alfred, et autres célébrités du calendrier.
Pour elle la famille n'existe pas. — Cela tient peut-être à une habitude d'enfance; — car, la plupart du temps, elle-même ne
se connaît que sous le nom de Fanny, d'Angélina et rarement de Virginie!
O tabac de la régie , consolation de l'invalide, agrément de l'étudiant, orgueil du rhétoricien , passion de mon ami Pliilipon , et ornement de la femme de lettrqs ! — mon âme se sent disposée J l'aflèctionner; mais par malheur, mon cœur ne pcut-il pas te souffrir ? — Cela prouve victorieusement f(ue les estomacs délicats ne peuvent pas digérer les feuilles de chou, n'importe sous quelles formes elles se déguisent I