CHAPITRE I
Avant-propoi philosophico- médical.
1 y a longlcinps qu'on a clùfini le médecin en CCS icinics : « Ln liomnie ^0(ll de noir, niellant des drogues qu'il ne connaît guère dans un corps qu'il ne connaît pas. » Celle maxime, pour être vieille, n'en est pas moins désdlante, — et surlout n'en est pas moins juste. Car après tout , depuis Hippocratc , la science médicale a beau faire chaque jour des pas de géant , il se trouve que ces pas se font de telle manière, qu'après avoir marché pendant longtemps le médecin , se croyant enfin arrivé au but, s'essuie le front, respire d'un air de satisfaction, puis couvrant ses yeux d'une paire de lunettes pour mieux voir où il se trouve, reconnaît qu'il est arrivé tout justement au point — d'où il était parti. Au lieu de faire son chemin en ligne droite, il n'a fait que suivre un cercle excessivement vicieux. Ce qui fait que les médecins, plus que personne, auraitnt le droit de prendre pourdevisc la célèbre phrase de Slontaignc : — Que sais- je ? Du rcsle, les médecins vériiablement savanls et surtout vérilablemcnt de bonne foi reconnaissent franchement qu'à la fin de leurs éludes les plus opiniâtres ils sont enfin parvenus à savoir qu'ils ne savent rien.
Malgré loutes les plaisanteries que l'on s'est permis de faire jusqu'à ce jour, et malgré celles que nousnous permellons encore de commettre dans le présent article sur le corps re-peilable, mais peu respecté, de messieurs les médecins , il faut reconnaître qu'ils ren-
dent de véritables services à l'humanité souffrante , non pas précisément par le résultat de leur science , mais par l'aplomb avec lequel ils se vantent de posséder cette science. — Ln malade qui a le corps faible a l'esprit plus faible encore; et quand il voit arriver à son chevet un honmie qui , après lui avoir talé le pouls avec beaucoup de sang-froid et lui avoir fait tirer la langue avec un sérieux imperturbable , déclare à haute voix qu'il se charge de le guérir ,
— ill'a, par ce fait seul , déjà guéri à plusde moitié. C'est ce qui explique parfaitement pounjuoi ^K les médecins deve- !y^-^ nus célèbres par "^ l'une des causes ■; ; que nous expii(iuerons plus loin , voient la nature sauver infiuiment plus de malades entre leurs mains
qu'entre les mains de leurs confrères obscurs et craintifs, qui n'arrivent auprès de leurs clients qu'avec l'air d'un croqur-mort qui vient prendre mesure pour le dernier paletot réscr>é à l'homme. L'important chez un médecin, c'est donc d'a\oir toujours l'air bien sûr de son fait , — ei il faut reconnaîlre (pie les médecins du jour ne se font pas fauie de suivre cet aphorisme, qui cej)en*
llIliL10111L;<JUE POUR RIl\E.
dani , je crois, n'avait pas éié incntioniic par Ilippoctaic. Le second point non luoius iuipurtaut , c'est de n'avoir pas l'air trop étonné
quand , malgré les remèdes, la iialiiro, par un de ces mystères aussi admirables qn'inexplica lifts, vient à g.iérir un malade qui semblait destiné à partir sous peu pour l'autre monde que l'on dit meilleur; — le médecin doit ton jours s'attribuer le mérite de cette cure étonnante , — il le peut même d'autant plus impunément que la nainrc est imc bonne personne qui ne réclame jamais.
Après cela il faut locouuaîlre encore que les médecins du jour savent pareillement mettre en pratique ce second aphorisme qui continue h n'être pas d'ilippocrate.
Enfin il est un troisième conseil qu'il serait totalement superflu de donner nu\ Ilippocratcs contemporains : — à savoir , de se faire Valoir les uns aux dépens des autres. — Car, s'il est une justice i rendre aux inédccius , c'est qu'ils se détestent tous du plus profond de leur coeur.
Nous n'entreprendrons pas de retracer les systèmes imaginés par riiomme depuis qu'il a entrepris de lutter contre la mort , athlète qui en défniilive est toujours le liius fort; — il faudrait tous les énormes volumes de V Encyclopédie elle-même pour contenir toutes les idées gravement baroques ou baroqucment graves émises par ces raillicrsde docteurs qui tous ont eu la prétention d'avoir seuls raison.
D'ailleurs ce serait à s'y perdre au milieu de ce labyrinthe de fioles et de cataplasmes, qui tous ont éié plus ou moins réputés connue admirables par lijr inventeur. Nous n'avons pas l'intention de nous établir juge du tournoi ou plutôt du duel \ériiablequi s'est établi tnliela saignée cl la sangsue, — l'eau froide et l'eau chaude, — Icscon-
tagionistes et les non-contagionistes , etc. , etc. Nous sommes de l'avis de Sganarellc, avec une petite variante néanmoins, et nous
dirons : — Entre la saignée et (a san//- =£- stieil ne faut pas mettre le doiyt'.
Nous voulons seu- ^i loment passer en rc- ''■' vue quelques-unes des principales phy- ^ siononiicsdecet être nudtiface compris ""^ sous le nom de mé- ^ decin! — et nous / / nous permettrons de rire des principaux moyens de charl.Ttanismc employés par les rivaux de Fonlanarose. Après cela, si nous
montrons un peu d'irréférence envers la f;\riil;é, il ne faut pas croire que ce soit un parti pris de notre part de tourner tout en ridicule, même ce qu'il y a de plus rcspcclacle, h Dieu ne plaise. — Nous savons trop ce que l'on doit à la science et au désintéressement:— aussi pensons-nous que l'on ne pourra jamais rendre trop d'honneur au médecin véritablement philanthrope qui passera ses jours et ses nuits au chevet du pauvre et qui l'aidera de ses conseils et de sa bourse ! — Nous-méme nous nous empresserons de lui vouer noire estime et notre admiration, — quand on l'aura trouvé! Mais il faut croire que jusqu'à présent on n'a pas bien cherché, car on n'en trouve pas souvent 7 Quant aux médecins qui tuent leurs malades , nous les vouons aux remords et aux cauchemars nocturnes.